Une des principales dates de2009 pour l’Europe sera sansconteste le nouveau référen-dum sur le Traité Européensimplifié, prévu en Irlande aumois d’octobre. La ratifica-tion de ce traité, dit de Lis-bonne, reste une préoccupationmajeure dans l’Union et condi-tionne la poursuite de la cons-truction politique de l’UnionEuropéenne. Les Irlandais, quiont rejeté en juin 2008 cetteversion bis d’un premier traitéqu’avaient déjà refusé les élec-teurs français et hollandais,seront donc à nouveau con-sultés sur la base de garantiesnouvelles. L’obtention espéréede leur Oui devrait être l’unedes ultimes étapes – avec levote des Tchèques et la signa-ture des présidents allemand etpolonais – dans la constructiond’un bloc politique européen.
TOUT
juste après la fin d’une présidencetchèque anticipée comme « euroscepti-que », les Irlandais rejoueront donc àquitte ou double l’avenir de la construc-tion européenne. Le « Non » clair donnépar les Irlandais lors du premier référen-dum sur le traité simplifié de Lisbonne le12 juin 2008 a ébranlé l’ensemble des26 pays de l’Union, d’autant que la ratifi-cation en était quasiment finalisée dansl’essentiel des autres pays. La ques-tion que tous se posent aujourd’hui estdonc : la donne sera-t-elle différente en2009 dans un contexte de crise écono-mique mondiale et de présidence démo-crate aux États-Unis ?Dans les deux camps ont est au moinsd’accord sur le fait que certains élémentsont eu un rôle clé dans le 53 % / 47 %en faveur du Non. Parmi celles-ci et qua-siment en première place, l’idée que leTraité aurait pu forcer l’Irlande à accepter la légalisation de l’avortement. Ont suivila crainte d’une perte de la neutralité mili-taire irlandaise – associée à la possibi-lité d’une conscription européenne – etune perte d’autonomie fiscale – traduitepar une homogénéisation européenne.Ce point d’indépendance est crucial pour les Irlandais car le bas niveau de taxationdonne toute son attractivité au pays pour l’implantation d’entreprises étrangères.Les anti-Traité ont en Irlande comptéaussi bien les catholiques traditionnalis-tes et les conservateurs que l’extrême-gauche et les nationalistes du Sinn Fein,ce qui a permis d’opérer un rassemble-ment large parmi les votants inquiets.Si le Non Irlandais a semblé inac-ceptable ailleurs en Europe du fait quel’Irlande a été l’un des premiers bénéfi-ciaires des aides européennes, celui-cis’est en fait justement expliqué par lacrainte que le Traité de Lisbonne éloigne-rait l’île des réglementations européen-nes qui ont jusqu’à aujourd’hui défendul’emploi en Irlande. Ajoutés à tout cela leferment des déclarations catastrophistesdes leaders du camp noniste et la mol-lesse des répliques du gouvernement duFianna Fail (parti républicain) et du Pre-mier ministre Brian Cowen, et l’Irlandes’est transformée en l’espace d’une jour-née électorale en dramatique grain desable anti-européen.Lorsque la présidence française aremplacé la présidence slovène à la têtede l’Union en juillet, le président NicolasSarkozy a immédiatement tenté de con-cevoir avec Dublin un plan pour sauver leTraité de Lisbonne et préparer un secondvote irlandais en 2009. La France, dontle Non référendaire à la première ver-sion du Traité en 2004 avait donné uncoup d’arrêt à la création d’une Constitu-tion européenne, se sent probablementaujourd’hui responsable d’impulser unereprise du processus. C’est égalementdans cet esprit qu’elle a provoqué avecl’Allemagne l’accouchement du nouveautraité dit « simplifié » en 2007.Durant l’automne, Brian Cowen afait le tour des capitales européennespour obtenir des concessions qui per-mettraient de resoumettre le traité auxIrlandais avec une bonne chance de suc-cès. Car avec un nouveau Non, l’Irlandes’isolerait et mettrait sévèrement à malla tentative de l’Union de réformer sesstructures décisionnelles.Les défenseurs du Traité avaient en2008 affirmé pouvoir obtenir des décla-rations européennes sur les questionsde taxation, défense européenne et éthi-que nationale, argument que les nonis-tes avaient désamorcé en exigeant desprotocoles formels annexés au Traité – impossibles à obtenir sans des moisde discussions entre partenaires euro-péens.Les chefs d’État de l’Union ont peut-être trouvé une réponse lors de leur sommet à Bruxelles les 11 et 12 décem-bre 2008 : la garantie de l’ajout dansle futur traité, en 2010, de dispositionssur les questions de neutralité militaireet de taxation. Ce nouveau traité, quisera exigé pour l’adhésion à l’Union dela Croatie, demandera la ratification par tous les États membres et sera donc unengagement ferme de tous les partenai-res de l’Union.Les bases sont donc présentes pour un succès. Reste que les partisans duOui devront en 2009 mener une cam-pagne moins timorée qu’en 2008. Mal-gré le soutien de tous les grands partisd’opposition, le gouvernement irlandaisn’a pas su expliquer le Traité et prouver qu’il n’affecterait ni la neutralité, ni l’indé-pendance fiscale, ni l’éthique irlandaise.Il n’a pas su non plus convaincre que lacharte des droits fondamentaux renfor-cerait les droits des travailleurs au lieude les diminuer ; ni rétablir le fait quela réduction du nombre de commissai-res européens irlandais a été décidée en2001 lors du Traité de Nice, et n’est pasliée au Traité de Lisbonne.Face à eux, le multimillionnaire DeclanGanley, leader du camp eurosceptique,se prépare au combat et veut transfor-mer son mouvement « Libertas » en partipolitique, se liant à l’extrême-droite pour les élections européennes de juin 2009.Les derniers sondages en Irlandebalancent du côté du Oui, ce qui ne per-met en aucun cas une satisfaction anti-cipée – à quelques jours du vote en juin2008, les sondages irlandais annon-çaient également une victoire du Oui.Les partisans du Non pensent toujoursavoir de quoi moudre leur grain en créantdes peurs sur le mystérieux texte et encultivant la méfiance des électeurs vis-à-vis du monde politique et des « techno-crates européens ».Cette fois pourtant, les partisans duOui devraient être plus vigoureux car ilsse battront non seulement pour l’Europe,ce qu’ils ont fait mollement en 2008, maisaussi pour leur survie politique. L’anciencommissaire européen Padraig Flynn,cité par
The Irish Times
, veut croire quetous les efforts seront faits par BrianCowen pour donner une cohésion aucamp du Oui et structurer un messagecompréhensible :
« De nombreuseserreurs ont été faites. Les gens n’ont pas compris. Ils voulaient que les cho-ses soient précisément clarifiées. Il n’y a pas eu la coordination que j’aurais aimévoir dans la promotion du traité de Lis-bonne. Mais je pense que cela passeracette fois, si la campagne est organiséedifféremment et que toutes les clarifica-tions nécessaires et déclarations sont faites pour qu’il y ait une compréhensioncomplète des implications ».
Un facteur qui pourrait affaiblir le campdu Non est la perspective d’un retour aupouvoir des conservateurs au Royaume-Uni en 2010, rendue palpable par leshauts et bas de popularité du Premier ministre Gordon Brown. Dans une tellesituation et en l’absence d’un traité deLisbonne ratifié d’ici là, l’Irlande euros-ceptique se trouverait mécaniquementrapprochée d’un Royaume-Uni en possi-ble renégociation des conditions de sonadhésion à l’Union. Ce risque de retour dans le giron britannique serait une vic-toire au goût étrange pour Sinn Fein etles nationalistes qui forment le cœur del’opposition au Traité de Lisbonne.
LES BONS POINTS MARQUÉS PARL’UNION EN 2008
Par ailleurs, l’année 2008 a cependantpermis à l’Union de montrer une vraieprésence politique et de sortir de sonimage de pouvoir technocratique.Pendant le premier semestre, la petiteSlovénie a, malgré la taille limitée deson équipe diplomatique, su en tant queprésidente de l’Union mener avec raisonla reconnaissance de l’indépendance duKosovo, tempérant les dissensions euro-péennes et apaisant la Serbie. Cinq payseuropéens refusaient de reconnaître l’in-dépendance du Kosovo par crainte decréer un précédent pour d’autres mou-vements séparatistes. De plus, à l’appro-che d’élections parlementaires serbesen mai 2008, la décision pouvait aussicréer un mouvement anti-européen. Cecin’a pas eu lieu, probablement du fait dela décision de signer un accord dit destabilisation et association avec la Ser-bie. C’est en conséquence une majoritépro-européenne qui a été élue en mai etgrâce à laquelle, en quelques semaines,le criminel de guerre Radovan Karadzica été livré au tribunal pénal internationalaprès 12 années de cavale.Les deux événements majeurs dusecond semestre 2008 – la guerrerusso-géorgienne et le crack boursier de l’automne ont fortement augmenté lavolonté de cohésion européenne et illus-tré ses capacités d’action. La missionde Nicolas Sarkozy à Moscou au nomde l’Union et l’obtention d’un cessez-le-feu entre Russie et Géorgie ont illustrél’importance d’avoir une présidence del’Union forte (ce que prévoit le traité deLisbonne, qui doit donner au présidentdu Conseil de l’Europe un mandat dedeux ans et demi, et ainsi garantir plusde continuité à son action et plus d’auto-rité européenne dans les affaires étran-gères).Une autre démonstration de la valeur d’une Union forte a été montrée avec leplan de sauvetage du système bancaireeuropéen proposé par Nicolas Sarkozyet Gordon Brown. La Banque centraleeuropéenne a également été très pré-sente pour fournir des liquidités au ban-ques en difficultés, y compris en Irlandeoù l’on a pu mesurer l’impact de ce sou-tien à l’aune de la situation désastreusedans laquelle se retrouve aujourd’hui,hors de l’Union, l’Islande.
« Avec les sui-tes de la crise économique, les avanta-ges de la Banque centrale européenneet d’autres institutions européennes sont devenus clairs »,
commente PadraigFlynn.Enfin, et probablement aidée par levide de la fin du mandat du présidentaméricain George W Bush, l’Europe a sunégocier un accord sur les changementsclimatiques et se positionner commeforce motrice dans le domaine.Ces résultats honorables suffiront-ilsà convaincre les électeurs irlandais en2009 ? Dans le cas contraire, la cons-truction politique européenne ne pour-rait probablement rester bloquer par lepositionnement d’un pays de quatre mil-lions d’habitants. Quelle que soit la solu-tion applicable à ce moment, elle seraitdésagréable et continentaliserait l’Eu-rope. À Bruxelles comme à Strasbourg,on préfère penser que cela ne peut pasarriver.
A
URÉLIEN
G
IRARD
LaGrandeÉpoque
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1 – 15 JANVIER 2009
3
3International
www.lagrandeepoque.com
L’année 2009 et la construction européenne
« Non c’est Non » dit la banderole. Sauf si ??
DOMINIQUE FAGET/AFP/Getty Images
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