LaGrandeÉpoque
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16 – 31 JANVIER 2009
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3International
www.lagrandeepoque.com
Salvador : l’ex-guérilla du FMLN aux portes du pouvoir
POUR
la première fois depuis la fin, en1992, de la guerre civile du Salvador,le Front Farabundo Marti de Libérationnationale (FMLN), parti issu de l’ex-gué-rilla d’extrême gauche du même nom, estle favori tant des élections législatives etmunicipales (le 18 janvier) que de la pré-sidentielle (15 mars). La confirmation par les urnes de ce double pronostic mettraitfin à 20 ans de pouvoir de l’Alliance répu-blicaine nationaliste (ARENA, droite). Cetéventuel renversement historique devraitbeaucoup à la popularité du candidat duFMLN à la présidence, l’ancien journa-liste de télévision Mauricio Funes. Con-verti officiellement à la politique voici àpeine moins de deux ans, son auréole aépaulé la campagne des candidats de sonparti à l’Assemblée législative (Parlementmonocaméral de 84 députés) et aux 262mairies du pays. Les 20 représentants duSalvador au Parlement centraméricainseront élus simultanément. Le résultat deces scrutins auxquels sont convoqués cedimanche 4,2 millions des 6,8 millions deSalvadoriens sera considéré comme unsondage grandeur nature avant l’élection,en mars, du président du plus petit Étatd’Amérique centrale.Douze ans de guerre civile, de 1980 à1992, firent aux Salvador 75.000 morts,8.000 disparus et 12.000 invalides. Lapaix fut signée le 16 janvier 1992 au Mexi-que par le FMLN et le gouvernement sal-vadorien dominé par l’ARENA, parti liéoriginellement à des groupes armés clan-destins d’extrême droite (escadrons dela mort de Roberto d’Aubuisson) forméspour combattre la guérilla. L’objectif deréconciliation proclamé alors n’empêchepas le Salvador d’être aujourd’hui l’unedes nations les plus violentes d’Amériquelatine avec un taux annuel d’homicides, 55par tranche de 100.000 habitants, nourripar les
maras
(bandes de délinquants),l’abondance d’armes, l’impunité judiciaireet surtout une pauvreté frappant 48 % dela population.La diffusion des résultats de sonda-ges est interdite au Salvador durant les15 jours précédant une élection. Le der-nier sondage, publié le 29 décembre2008 et élaboré par l’Universidad Tecno-lógica (UTEC), octroyait au FMLN 40,6 %des intentions de vote aux législatives et38,4 % aux municipales, contre respecti-vement 26,2 % et 26,7 % à l’ARENA.Les autres partis en lice sont créditésde moins de 5 % des voix. Il s’agit de deuxpartis de droite, Parti de conciliation natio-nale (PCN) et Parti démocrate chrétien(PDC), et de deux sociaux-démocrates,Changement démocratique (CD) et Frontdémocratique révolutionnaire (FDR).L’ARENA contrôle actuellement 147mairies et le FMLN 52, dont celle très con-voitée de la capitale, San Salvador. L’As-semblée législative compte 34 députés del’ARENA, 32 du FMLN, 10 du PCN, 6 duPDC et 2 du CD.Quant aux sondages concernant l’élec-tion présidentielle de mars, celui diffusé le15 décembre dernier par l’université cen-traméricaine donnait à Mauricio Funes44,2 % des intentions de vote, soit uneavance de 16,2 points sur son concur-rent de l’ARENA, l’ex-directeur généralde la Police nationale civile, Rodrigo Avila(28 %). Les analystes n’excluent pas unevictoire du candidat du FMLN à la majo-rité absolue dès le premier tour de la pré-sidentielle.
MODÉRATION DU FMLN : RÉELLEOU TACTIQUE ?
Outre la popularité liée à ses 20 annéesde journalisme télévisé, Mauricio Funesutilise comme arme électorale une modé-ration idéologique, réelle ou tactique, quigomme l’image communiste du FMLN.Ponctué du slogan
Le changement au Salvador pour vivre mieux
, le « Pro-gramme de gouvernement 2009-2014 »présenté par l’ex-guérilla et son candi-dat à la présidence ignore totalement, aulong de ses 106 pages, non seulement lemot « communisme », mais aussi ceux de« socialisme », « nationalisation », « boli-varien », « révolution », « lutte des clas-ses », etc.Comme n’importe quel candidat prési-dentiel latino-américain, de gauche ou dedroite, Mauricio Funes promet la lutte con-tre la pauvreté, la corruption, l’inflation etla délinquance, l’amélioration des servicesde santé et d’éducation, ainsi que le res-pect de l’écologie et des droits fondamen-taux. Face à la crise financière mondiale,il offre sa collaboration aux institutionsmonétaires internationales vilipendéesau Venezuela et dans d’autres pays de larégion gouvernés par la gauche radicale.Mais l’un des commandants histori-ques de la guérilla salvadorienne, Joa-quin Villalobos, qui abandonna le FMLNen 1995 au profit de la social-démocratie,affirme dans un article d’opinion publié le15 janvier par le quotidien nicaraguayen
La Prensa
que l’élection à la présidencedu Salvador de Mauricio Funes signifieraitl’avènement d’un gouvernement contrôlépar le Parti communiste, qui domineraitplus que jamais le FMLN.
« Le pire serait d’aboutir à la situation du Nicaragua »,
prétend Villalobos.Sur le même registre, une campa-gne audio-visuelle orchestrée par l’an-tenne salvadorienne de Fuerza Solidaria(Force Solidaire), organisation vénézué-lienne hostile au socialisme du présidentChavez, a mis en garde les Salvado-riens contre ce qu’elle appelle la tactiquede fausse modération de Mauricio Funeset du FMLN. Avec l’aide de militants del’ARENA, cette campagne a souligné lesliens entre le FMLN et Hugo Chavez et arappelé que le président vénézuélien etses homologues de la gauche dite boli-varienne au pouvoir actuellement en Boli-vie (Evo Morales), en Equateur (RafaelCorrea) et au Nicaragua (Daniel Ortega)avaient tous affiché, selon Fuerza Solida-ria, une relative modération pour se faireélire, instaurant ensuite progressivementun populisme autoritaire.La tension politique propre à la campa-gne électorale s’est exacerbée après l’as-sassinat, le 9 janvier dans le départementoriental de Morazan, de deux activistes duFMLN par des inconnus fortement arméset vêtus de noir comme les forces spécia-les de police.À la mi-décembre, des fonctionnairesdu Conseil de sécurité nationale dénon-çaient, photos à l’appui, l’existence d’aumoins 40 groupes armés illégaux s’entraî-nant dans 5 régions du Salvador que con-trôlaient le FMLN pendant la guerre civile.Le chef de la mission d’observation élec-torale de l’Union européenne, le socialisteespagnol Luis Yanez-Barnuevo, a assi-milé cette information à une manoeuvreélectorale. [Autrement dit à une tentatived’intoxication visant à favoriser l’ARENAaux élections ; ndlr]. Le gouvernementsalvadorien d’Elias Antonio Saca, l’actuelchef de l’État, a toutefois annoncé qu’ilenverrait des preuves à l’Organisation desÉtats américains et aux Nations unies.
LatinReporters.com
Mauricio Funes, candidat de l’ancienne guérilla du FMLN à l’élection présidentielle du 15 mars 2009 au Salvador.
Jose CABEZAS/AFP/Getty Images
Nicaragua : bons comptes entre amis
Le vendredi 16 janvier, la Cour Suprême du Nicaragua a inva-lidé la condamnation à 20 ansde prison pour corruption de l’an-cien président Arnoldo Aleman,qui a été reconnu coupable en2003 d’avoir détourné des millionsde dollars de fonds publics pen-dant son mandat, de 1997 à 2002.Un évident coup de balai judi-ciaire commandité par le présidentDaniel Ortega pour débloquer leParlement nicaraguayen, paralysédepuis le mois de novembre par les partisans d’Aleman.
ARNOLDO
Aleman a réalisé l’exploit dese voir classé parmi les dix personnalitéspolitiques les plus corrompues de tous lestemps par l’association Transparency Inter-national. Ce « titre de gloire » acquis durantses années de présidence efface les effortsmajeurs d’amélioration des infrastructuresnicaraguayennes et la croissance économi-que qui ont marqué son mandat.Dans cet âge d’or déjà le dirigeant del’Alliance Libérale – une union sacrée deslibéraux incluant son propre parti, le PartiConstitutionnel Libéral (PLC) – et son« opposant » sandiniste Daniel Ortegatrouvaient des façons de s’entendre : Ale-man achetait la paix parlementaire – ourespectait l’équilibre des forces donné par le résultat des urnes, selon le point de vue – en nommant des sandinistes à des fonc-tions honorifiques diverses. En 2002 encore,lorsque le successeur d’Aleman au pouvoir,Enrique Bolanos – son ancien vice-prési-dent – avait pris la tête d’une véritable opé-ration « mains propres » et mettait en causeplusieurs ministres de son propre parti, lespartisans d’Ortega et d’Aleman se liguaientpour faire face, étrange union de libéraux etde socialistes.Puis, en 2007, le Gouvernement de DanielOrtega a fait voter une nouvelle loi – d’appli-cation rétroactive – qui limitait à 5 ans au lieude 20 la condamnation maximale pour cor-ruption. Cette loi a signé
de facto
la « libéra-tion » d’Arnoldo Aleman ; « libération » entreguillemets puisque depuis sa luxueuse villaoù il était en résidence surveillée mais totale-ment libre de ses mouvements, Aleman res-tait le leader de l’opposition nicaraguayennelibérale. Mais la nouvelle loi ne blanchissaitpas l’ancien président, virginité indispensa-ble à une éventuelle nouvelle candidatureprésidentielle.C’est cette absolution qu’Arnoldo Alemanvient d’obtenir. Il a pu pour cela s’appuyer avec confiance sur le blocage parlemen-taire provoqué depuis début novembre par le résultat controversé des élections muni-cipales nicaraguayennes du 9 novembre :Le budget 2009 n’a même pas encore puêtre voté, le nombre de députés présentsétant insuffisant pour convoquer une ses-sion législative.Dans la ville de Jinotega par exemple,l’ex-sandiniste Jaime Salguera accuse leConseil Électoral d’avoir
« fait disparaîtredes votes, donnant la victoire au candidat d’Ortega »
. Cité par le journal
La Prensa
,Salguera indique que le candidat du PartiConstitutionnel Libéral (PLC) menait par 2.000 voix d’avance alors que 98 % desbulletins avaient été comptés. La fraude ainversé le résultat final, donnant la mairie ausandiniste. Le Conseil Électoral
« a mépriséla volonté populaire, comme dans une dicta-ture totale »,
tempête l’ancien allié de DanielOrtega.
LA LUTTE CONTRE LES FRAUDES
Les fraudes sont multiples, documentéeset outrageusement visibles. Pour rajouter dupiment à la situation, les sandinistes auraientmenacé de mort des députés du PLC, àl’exemple de Wilfredo Navarro et GuillermoOsorno, cités par le site abc.es le 5 décem-bre dernier.Mais, malgré la situation toujours tendueautour des élections municipales, le blan-chiment d’Aleman malgré les 58 millionsde dollars disparus des caisses de l’État aimmédiatement provoqué un retour au tra-vail des parlementaires du PLC.
« Après sept années de justice atten-due, d’humiliations, de violations des droitshumains aux mains du FSLN (le parti san-diniste), justice a finalement été faite »,
écritun Aleman en auto-béatification à la pressecentraméricaine.Réélu de façon inattendue en 2006 avec38 % des suffrages grâce à une modifica-tion de la loi électorale abaissant le pourcen-tage à atteindre pour être élu au premier tour de l’élection présidentielle, Daniel Ortegase trouve donc aujourd’hui en posture dif-ficile : hausse du chômage et de l’inflation,détérioration des relations avec l’Europe etles États-Unis du fait du rapprochement duNicaragua avec la Russie et l’Iran, rupturedes relations diplomatiques avec la Géorgiecomme conséquence de la reconnaissancede l’indépendance de l’Abkhasie et de l’Os-sétie du Sud… et retour aux affaires de sonprincipal adversaire.Après les élections municipales denovembre à travers lesquels Ortega a tentéde reprendre la main sur un Nicaragua oùsa popularité est en berne, États-Unis etEurope ont suspendu leur aide au pays, soitune perte respectivement de 64 millions dedollars et 40 millions d’euros. La Hollande afait de même en supprimant son aide de 12millions d’euros.Enrique Saenz, député ex-sandiniste,ricane de l’effet boomerang des électionsde novembre.
« Maintenant ils sont encore plus mal qu’avant »
, confie-t-il au journalcostaricain
Nica Times
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« Aussi peu de légi-timité qu’ils aient eu avant les élections, ellea maintenant coulé. »
A
URÉLIEN
G
IRARD
Arnoldo Aleman fin 2007.
MIGUEL ALVAREZ/AFP/Getty Images
Daniel Ortega en plein trou d’air.
MIGUEL ALVAREZ/AFP/Getty Images
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