LE 4 DÉCEMBRE
2008, le tribunal espagnolde l’Audience nationale dénommait « rébel-lion » le soulèvement militaire franquiste de1936, mais évitait de qualifier les trois ansde guerre civile, 36 ans de dictature et lescentaines de milliers de morts et disparusqui s’ensuivirent en Espagne. Le 29 jan-vier 2009, un juge du même tribunal a qua-lifié de « crime contre l’humanité », ouvrantà Madrid une enquête contre ses respon-sables présumés, un bombardement israé-lien qui fit en 2002 à Gaza 15 morts et 150blessés.La parabole de l’Evangile selon Luc –«
Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’oeil de ton frère et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton oeil
? » – reste donc d’actualité.Il est vrai que trois semaines continues deplus récents bombardements israéliens sur Gaza, en décembre 2008 et janvier 2009 enreprésailles aux roquettes du Hamas, tuè-rent plus de mille Palestiniens, en blessèrentdes milliers d’autres et favorisèrent proba-blement au sein de l’Audience nationale ledéséquilibre entre ses deux appréciationssusmentionnées.La législation espagnole octroie à cetteinstance pénale une compétence univer-selle en matière de crimes contre l’huma-nité, quelle que soit la nationalité de leursauteurs. Des dirigeants anciens ou actuelsdu Chili, d’Argentine, du Guatemala, du Sal-vador, de Chine, du Rwanda et maintenantd’Israël ont été ou sont encore dans le colli-mateur de ce tribunal qui a fait la gloire, uni-verselle aussi, du juge d’instruction Baltasar Garzon.Las d’entendre l’Amérique latine sedemander si l’Espagne se soumettrait un jour à l’universalité de sa propre justice, le juge Garzon secouait son pays en ouvranten octobre dernier une instruction sans pré-cédent sur 114.266 disparitions forcées qu’ilimputait aux premiers dignitaires du fran-quisme, dont Franco en personne, et qu’ilqualifiait de crimes imprescriptibles contrel’humanité.Aux magistrats et à la presse conserva-trice qui lui reprochaient de poursuivre desmorts, enterrés comme Franco depuis plu-sieurs dizaines d’années, Baltasar Garzonrépliquait que «
déclarer éteinte, pour causede décès, la responsabilité des principaux chefs [de la répression franquiste] n’est pas la même chose que leur octroyer l’im- punité, le pardon et l’oubli judiciaire
». Sou-tenu explicitement par le Comité des droitsde l’homme des Nations Unies, le juge récla-mait l’abrogation de l’amnistie qui effaça en1977, deux ans après la mort de Franco,tous les crimes et délits politiques perpé-trés en Espagne. Cette revendication étaitplus que symbolique, car son aboutisse-ment aurait enfin obligé l’Etat à indemni-ser dignement les descendants de milliersde disparus du franquisme, déterrés peu àpeu à mesure que sont localisées des fos-ses communes.Mais le 5 décembre dernier, l’instructiondu juge Garzon était définitivement paraly-sée par ses pairs. Réunis en séance plé-nière, comme un tribunal au sein du tribunal,les magistrats de l’Audience nationale qua-lifiaient le soulèvement franquiste de 1936contre la République de «
rébellion
», délitqui n’est pas du ressort de l’Audience natio-nale ni donc, à fortiori, du juge Garzon.Sur 17 magistrats de l’Audience natio-nale, à peine trois ont soutenu en vain lapertinence de poursuivre au sein de cetteinstance les crimes du franquisme en tantque crimes contre l’humanité. Parmi euxne figure pas Fernando Andreu. Or c’est lui, juge d’instruction de la 4
e
salle de l’Audiencenationale, qui vient d’ouvrir à Madrid, le 29 janvier, une enquête pour «
crimes contrel’humanité
» visant sept personnalités israé-liennes.Il s’agit de l’ex-ministre de la Défense Ben- jamin Ben-Eliezer, actuellement ministre desInfrastructures, ainsi que six hauts respon-sables militaires : Dan Haloutz, comman-dant des forces aériennes israéliennes aumoment des faits, le général Doron Almog,le président du Conseil national de sécu-rité Giora Eiland, le secrétaire militaire duministre de la Défense, Michael Herzog, lechef d’état-major des Forces armées MosheYaalon et le directeur du Service général desécurité, Avi Dichter.Le juge Fernando Andreu a jugé receva-ble une plainte du Centre palestinien pour les droits de l’homme sur le bombardement,le 22 juillet 2002 à Gaza, qui tua Salah Che-hadeh, dirigeant du Hamas que le magistratqualifie «
d’organisation terroriste
», et 14civils palestiniens, «
en majorité des enfantset des bébés
». Quelque 150 Palestiniensavaient également été blessés lors de l’ex-plosion de la bombe d’une tonne larguéepar un F-16 israélien sur la maison de SalahChehadeh, dans le quartier densément peu-plé d’Al Daraj.Le magistrat a pris sa décision en vertudu principe de juridiction universelle recon-nue par l’Espagne à l’Audience nationaleen matière de crimes contre l’humanité, degénocide et de terrorisme. Dans une «
actionqu’on devine clairement disproportionnée et excessive
», affirme le juge Andreu dans sonprocès-verbal, Israël ne pouvait ignorer «
lesconséquences possibles
» du lancementd’une bombe de «
grande puissance
» sur une zone habitée. Il y aurait donc indice decrime contre l’humanité.Le ministre israélien de la Défense EhudBarak a réagi en affirmant qu’il «
fera tout
»pour obtenir l’annulation de cette enquête«
délirante
». Selon le ministre, «
celui qui qualifie de crime contre l’humanité la liqui-dation d’un terroriste vit dans un monde àl’envers
». Cette colère reflète l’émoi média-tique, politique et diplomatique percep-tible en Israël. Un refroidissement planesur ses relations avec l’Espagne, dont leministre socialiste des Relations extérieu-res, le pro-palestinien Miguel Angel Mora-tinos, invoque l’indépendance de la justice.L’Audience nationale citera bientôt à compa-raître à Madrid les personnalités israéliennesimpliquées. Si elles s’y refusent un mandatd’arrêt international pourrait être lancé con-tre elles et sortir d’Israël les exposerait à ladétention.Visant des faits remontant à 2002, l’en-quête du juge Fernando Andreu est oppor-tunément ouverte, à dessein ou non, onze jours seulement après la fin d’une longueoffensive, meurtrière et controversée, del’armée israélienne dans la bande de Gaza.Pendant trois semaines, ces opérations mili-taires ont fait «
6.600 morts et blessés, dont plus du tiers étaient des femmes et desenfants
», indique le secrétaire général desNations Unies, Ban Ki-moon, soucieux devoir «
les coupables
» poursuivis.A cet égard, l’Audience nationale vientd’ouvrir une alternative à ceux qui redoutentl’incompétence ponctuelle de la Cour pénaleinternationale (CPI), au statut de laquelle niIsraël ni l’Autorité palestinienne n’ont sous-crit. Mais la légitimité morale et même la sim-ple décence de toute action pénale visant deprésumés ou évidents crimes contre l’hu-manité peuvent-elles encore être assurées,depuis la mésaventure du juge Garzon, par la justice d’une Espagne incapable d’assu-mer les siens ?
C
HRISTIAN
G
ALLOY
L
atin ReportersSuite de la première page
Une vision qui peut être contreditepar les tensions perçues au sein du lea-dership de l’organisation et par son inca-pacité d’opposer une résistance effectiveà Tsahal.Selon Gideon Lévy, dont le titre expli-cite de l’article laisse présager la suite (
Laguerre de Gaza s’est soldée par un échec cuisant pour Israël
), les objectifs de l’opé-ration Plomb durci n’ont pas été atteints.En premier lieu parce que les destruc-tions et le bilan des pertes humaines ontprofondément dégradé l’image d’Israëldans le monde : «
Les actions d’Israël ont porté un coup sérieux à l’appui de l’opinion publique à l’État d’Israël. Bien que cela nese traduise pas toujours dans la situationdiplomatique immédiate, l’onde de choc vanous arriver un jour. Le monde entier a vules images. Elles ont choqué tous les êtreshumains qui les ont regardées, même si elles ont laissé froids la plupart des Israé-liens. Ce qu’ils en concluent, c’est qu’Is-raël est un pays violent et dangereux,dépourvu de toute modération et faisant fi ouvertement des résolutions du Con-seil de sécurité des Nations Unies, tout enne respectant aucunement le droit interna-tional. Des enquêtes sont en cours.
»En second lieu, la prévention de la con-trebande d’armes qui circule via les tun-nels qui relient l’Égypte et la bande deGaza, même si la plupart de ces canauxde ravitaillement ont été bombardés,n’aura pas, selon lui, les effets escomp-tés car «
le chef du service de sécurité duShin Bet [service de sécurité israélien] aestimé que la contrebande reprendra dansles deux mois
», en dépit des efforts dela communauté internationale résolue àempêcher l’approvisionnement clandes-tin d’armes dans la région par une sur-veillance accrue.À la perplexité qui entoure cette vic-toire militaire vient s’ajouter la possibi-lité que des chefs d’unités engagés dansl’offensive soient accusés de «
crimes deguerre
», après des témoignages d’«
atro-cités
» perpétrées sur des civils. À ce sujet,une source militaire a révélé que le gou-vernement israélien refusait la publicationde l’identité de ces militaires impliqués,de peur qu’ils soient appelés à comparaî-tre devant le tribunal international. L’ONUmène son enquête et s’apprête à dési-gner une personnalité pour mener à bienune «
mission d’établissement des faits
»visant à dénoncer les violations des droitsde l’homme commises à Gaza.Dans ces conditions peu prometteu-ses, ouvrant la voie au renforcement desextrémismes, il faut espérer que l’arrivéede Barack Obama et la nomination deGeorge Mitchell comme émissaire amé-ricain pour le Proche-Orient, auront desretombées positives et relanceront le pro-cessus de paix, en cherchant à régler leconflit de la manière la plus équitable pos-sible.Au cours de sa conversation télépho-nique avec Mahmoud Abbas la semainedernière, le président Obama a expriméson soutien à l’égard de la populationpalestinienne et a voulu indiquer au chef de l’Autorité palestinienne qu’il n’enten-dait pas faire comme son prédécesseur,George W. Bush, à savoir négliger le dos-sier israélo-palestinien pour ne se préoc-cuper que de l’Irak ou de l’Afghanistan. Ilsouhaite remettre au centre des préoccu-pations politiques américaines les ques-tions relatives au conflit israélo-arabe :«
Je déploierai tous les efforts pour parve-nir le plus rapidement possible à l’instau-ration d’une paix durable dans la région
»,aurait déclaré Obama à Abbas lors de leur conversation téléphonique.
S
TÉPHANIE
K
RUG
Collaboration spéciale
LaGrandeÉpoque
●
1 – 15 FÉVRIER 2009
3
3International
www.lagrandeepoque.com
CONCERTS - CLUB CERNLe concert prévule mardi 17 février 2009est
annulé
CERN MEYRIN
(terminus bus 56-CERN)
entrée B - bâtiment 500amphithéâtreMARDI 10 FEVRIER 2009 20h 30Pascal SALOMON
piano Au programme :
BeethovenBrahms – Ravel Debussy
Entrée libre - collecte
Nos concerts sur notre site :www.concerts-cern.com
et sur les sites :
www.whys.org
Leave a Comment