Accusée d’avoir torturé puisabandonné en pleine mer descentaines de
boat people
Rohin-gyas en provenance de Birma-nie, la Thaïlande commence àreconnaître du bout des lèvres laréalité des faits qui lui sont repro-chés depuis le début de l’année.En pleine lutte contre les musul-mans du sud de la Thaïlande,est-ce une islamophobie officiellequi émerge et dont on été victi-mes les musulmans Rohingyasfuyant la Birmanie ? L’arméedément mais les cicatrices et lestémoignages des survivants par-lent.
IL AURA
fallu un scandale pour sensibili-ser à une situation largement méconnue :la fuite hors de Birmanie et à destinationde la Malaisie de milliers de musulmansbirmans sur des embarcations de fortune.Le phénomène existe depuis les années90 mais a pris une tournure médiatiqueparticulière quand près de cinq cent
boat people
abandonnés en pleine mer par lesautorités thaïlandaises ont pu aborder ;vivants, sur les îles indiennes d’Andamanet sur l’île indonésienne d’Aceh. C’étaitdébut janvier.Depuis cette date, la presse interna-tionale publie les témoignages de survi-vants, qui révèlent avoir été arrêtés findécembre par l’armée de Thaïlande alorsqu’ils en traversaient les eaux territoria-les pour s’échapper de Birmanie. D’abordincarcérés sur l’île de Koh Sai Daeng,412 Rohingyas ont ainsi été placés le 18décembre sur une simple barque et remor-qués jusque dans les eaux internationa-les, les mains attachées dans le dos. Ilsont été abandonnés en pleine mer où ilsont dérivé pendant 13 jours avant que lesgardes-côtes indiens secourent 107 survi-vants parmi eux, en état de déshydrata-tion sévère.Quelques jours après, des pêcheursindonésiens ont trouvé un bateau en boissans moteur dérivant au large d’Aceh avecà bord 198 réfugiés birmans. Ceux-là ontpassé 21 jours debout en pleine mer car la place était insuffisante pour s’asseoir, etportent encore les traces des coups reçuslors de leur passage en Thaïlande.L’armée thaïlandaise a depuis refuséaux observateurs de l’ONU l’accès aux126 Rohingyas supposément en cen-tre de rétention, ce qui fait craindre qu’ilsaient subi le même sort que les deux pré-cédents groupes.Depuis la fin décembre, ce sont au totalprès de 500 réfugiés à la dérive que lesgarde-côtes indiens ont secouru, alors queplusieurs centaines sont probablementmorts en pleine mer.Cité par le quotidien britannique
TheTelegraph
, Ranjit Narayan, de la policeindienne, explique :
« Ils disent avoir étécapturés en mer par des gens de l’ar-mée thailandaise avec des uniformes dela marine. Après leur capture ils ont étéemmené sur une île le long de la côtethaïlandaise, y ont été tabassés avant d’être mis sur des bateaux et emmenésen pleine mer ».« Ceux qui ont résisté ont été jetésà la mer par les soldats thai, ils étaient au moins quatre, pieds et poings liés »,
raconte Mohammad, un survivant de 22ans, à la BBC.
« Ils nous ont laissés avec 10 kg de riz et un peu d’eau en pleine mer.Le second jour il n’y avait plus rien et len-tement nous avons perdu la force de bou-ger ».
Le 5 février, le ministre des Affai-res étrangères thaïlandais a demandéau public de ne pas croire les articlesde médias indiquant que les Rohingyasétaient traités de façon inhumaine enThaïlande. Mais le 12 février, le Premier ministre Abhisit Vejjajiva n’a pu qu’admet-tre les faits. Dans une interview avec CNN,il a ainsi déclaré :
« Les responsabilités nesont pas parfaitement claires. Toutes lesautorités disent que ce n’est pas leur façond’agir, mais j’ai des raisons de croire pour-tant que des choses se sont produites, et si je peux trouver des preuves de qui préci-sément a fait cela, je les tiendrai certaine-ment pour responsables ».
Pour autant, aucun changement n’està attendre dans la politique migratoire dela Thaïlande. Dans le
Bangkok Post
, lePremier ministre martèle ainsi :
« Ceux qui ont accusé la Thaïlande essaient defaire pression sur le gouvernement thai pour changer le statut des Rohingyas »,
insistant sur le fait que ceux-ci sont desmigrants économiques et non pas desréfugiés. Un argumentaire initialementrepris par le gouvernement indonésien,qui a finalement, le 7 février, accepté dereconsidérer les choses et d’offrir le statutde réfugié aux survivants du bateau fan-tôme d’Aceh.
LE CONTEXTE POLITIQUETHAÏLANDAIS
Le commandement de l’ISOC (com-mandement des opérations de sécuritéintérieure thaïlandaises) est d’ores et déjàpointé du doigt comme principal respon-sable. Le groupe militaire, utilisé durantla Guerre Froide comme force d’interven-tion rapide, est revenu sur le devant de lascène en 2006 après le coup d’État mili-taire ayant précipité la chute du Premier ministre Thaksin Shinawatra.Responsable de la sécurité de la côteoccidentale thaïlandaise et au cœur de lalutte contre les séparatistes musulmansdu Sud du pays, l’ISOC considère depuislongtemps que certains de réfugiés rohin-gyas viennent en réalité grossir les troupesdes séparatistes.Le conflit armé au Sud du pays, qui acommencé il y a 5 ans, a fait plus de 3.500victimes, les six dernières ayant perdu lavie dans un attentat et des échanges decoups de feu le 12 février. Les attaquesdes islamistes visent souvent des écoleset des enseignants que les séparatistesmusulmans considèrent comme un moyenutilisé par Bangkok pour imposer le boudd-hisme dans un Sud majoritairement musul-man malais.Le colonel Manat Kongpan, chef del’ISOC dans la province de Ranong, auSud du pays, est aujourd’hui le principalsuspect dans l’abandon – ou la tentativede faire disparaître – les Rohingyas. Déjàtenu pour responsable de la mort de 28musulmans lors du siège de la mosquéeKrue Se dans la ville de Pattani en 2004,il dément toute implication dans les colon-nes du
Bangkok Post
daté du 14 février :
« Cette question est devenue un scandale parce que la presse veut diffamer l’arméeet vilifier la Thaïlande. Toutes ces histoi-res sur le fait que nous frappons les Rohin-gyas sont fabriquées et ont été diffuséestrès rapidement ; je jure que les militairesthais ou la marine ou même les villageoisn’ont jamais torturé ou maltraité les Rohin-gyas. Les Thais ont une haute moralité ».
LES PARIAS BIRMANS
Parakorn Priyakorn, du Centre Islami-que de Thaïlande, parle d’une
« atmos- phère de suspicion »
à l’égard de tous lesmusulmans. Cité par
Al Jazeera
, il indi-que :
« Le simple fait qu’un groupe demusulmans vienne dans ce pays, sur leur chemin vers une vie meilleure, ne signifie pas qu’ils vont combattre le gouvernement thaïlandais. Je comprends que nous ne puissions accueillir tant de migrants, maisnous devons aussi considérer la questiondes droits humains ».
La Birmanie maintient, elle, que lesRohingyas ne sont pas ses citoyens. Leconsul général birman à Hong Kong asympathiquement expliqué au journal
South China Morning Post
que les Rohin-gyas sont
« laids comme des ogres »
etque leur peau
« brunâtre »
n’a rien à voir avec la
« douceur et la lumière »
de cellede la majorité ethnique birmane.Historiquement liés au Bengale musul-man – l’actuel Bangladesh – les Rohin-gyas focalisent les haines du nationalismehomogénéisateur de la junte birmane. Lespréjugés à leur encontre datent de l’ins-tallation dans l’Arakan, la partie Nord-occidentale de la Birmanie, de migrantsbengalis perçus au XIX
e
siècle comme desauxiliaires de la colonisation britannique.« Roms d’Asie », les Rohingyas sontdevenus l’ennemi intérieur birman entre-tenu par le pouvoir pour dévier les regardset les mécontentements. Au début desannées 90, près de 300.000 d’entre euxont dû se réfugier au Bangladesh pour fuir la répression. Si la plupart a depuispu regagner la Birmanie, ils y restent sansnationalité, victimes quotidiennes de laNasaka, une milice de la junte birmane quitue et torture en toute impunité.
A
URÉLIEN
G
IRARD
Suite de la première page
Alors, depuis une dizaine d’années,le plastique est devenu partie intégrantedu régime alimentaire des bovins.
« Lesgens utilisent de plus en plus de sacs plastique pour jeter leurs ordures ména-gères, y compris les restes de fruits et de légumes. Quand une vache sent un résidu organique, elle est incapabled’ouvrir le sac et l’avale en entier »
, expli-que le docteur Jadeja au magazine indien
The Week
.L’Inde est en effet l’un des pays d’Asiequi connaît la plus forte croissance enconsommation de plastique. Avec plu-sieurs millions de tonnes de déchetsproduits chaque année, le système tradi-tionnel de récupération et de recyclage nesuffit plus aujourd’hui à traiter les emballa-ges non dégradables. Pushkar, par exem-ple, ne possède pas de poubelles. Le seulessai de la municipalité n’a pas duré long-temps, puisque les bacs ont été détruits,témoigne Devipal, un instituteur de laville.
« Ce n’est tout simplement pas dansles habitudes, les gens n’en comprennent pas l’utilité »
, explique-t-il. Les déchetssont donc jetés dans les rues et ramas-sés à la pelle par une équipe de canton-niers qui les évacuent dans les dépotoirsen périphérie.À 32 ans, Ajay est l’un des deux vété-rinaires officiels du gouvernement àPushkar. Sa journée commence invaria-blement par une tournée des fermes voi-sines. Aujourd’hui, il faufile habilement samoto entre les
rickshaw
et les piétons quiencombrent les rues commerçantes de lavieille ville.Nous nous rendons chez Ratan Singh,dont la vache est malade depuis plusieurs jours. Lorsque nous arrivons, l’animal estd’une maigreur inquiétante et ne parvientplus à tenir sur ses pattes. Elle a vêlé il y atrois jours, mais reste incapable de récu-pérer.
« Elle ne mange rien »
, explique lefermier, dont l’animal gambade d’habi-tude librement dans les rues du quartier.Ajay palpe l’animal, puis installe une per-fusion et lui injecte quelques doses d’an-tibiotiques et de vitamines, sans trop ycroire. Elle va probablement mourir dansquelques jours, me confie-t-il. La bête deRatan Singh est victime d’une nouvellepathologie qui s’est développée à mesureque le polyéthylène a envahi le pays :l’étouffement stomacal au plastique.À Koutch, dans l’ouest de l’Inde, unvétérinaire a extrait 45 kilogrammes desacs de l’estomac d’une vache. Il y a éga-lement trouvé du tissu, des noix de coco,du câble électrique et une hélice. Unreportage photo de Manmohan Sharmasur cette opération (la ruminotomie) apermis de faire éclater le scandale augrand jour, il y a presque dix ans. Déjà enavril 2000, à Lucknow, au nord du pays,le journal
The Times of India
rapportaitque jusqu’à 100 bêtes mourraient quo-tidiennement de cette affliction. Selon ledocteur Jadeja, même les vaches domes-tiques absorbent souvent des déchets lelong des routes lorsqu’elles se rendentaux aires de pâturage.
« Aujourd’hui, c’est le lait qui est con-taminé par le polyéthylène »
, clameManeka Gandhi, l’une des activistes pour les droits des animaux les plus réputés dupays, dans
India Today.
Plusieurs régions ont lancé de vas-tes campagnes d’interdiction des sacsplastique, destinées à contrôler le fluxdes déchets, avec un succès relative-ment mitigé. Au faible taux d’éducation dupays se superpose une trop rapide crois-sance qui a bouleversé les modes de con-sommation et de distribution en quelquesannées seulement. La notion même dedéchets, non dégradables, et potentielle-ment dangereux, nécessite l’apparition denouveaux concepts au sein de la popu-lation.
« L’idée que le lait, synonyme debonne santé, puisse nuire ; l’idée que lavache, symbole de prospérité, puisse êtredangereuse, semble tout simplement gro-tesque et inimaginable pour la plupart desIndiens »
, précise-t-on dans
India Today.
Paradoxalement le buffle, animal nonsacré, ne souffre pas de ces problèmes.Les bufflesses coûtent moins cher et pro-duisent un lait plus gras et en plus grandequantité. Les propriétaires ne peuvent toutsimplement pas les laisser courir dans lesrues, car ces dernières ne retrouveraientpas leur chemin...
V
ALERIAN
M
ATAZAUD
Collaboration spéciale
LaGrandeÉpoque
●
16 – 28 FÉVRIER 2009
3
3International
www.lagrandeepoque.com
CERN MEYRIN
(terminus bus 56-CERN)
entrée B - bâtiment 500 - amphithéâtre
MARDI 24 FEVRIER 200920h 30
LE GENEVA BRASS QUINTET
Au programme :
ARUTIUNIAN
–
BRAHMSHAENDEL – MICHEL – ROBLEE
STEPHENSON – STURZENEGGER
Entrée libre - collecteNos concerts sur notre site :www.concerts-cern.com
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