16 – 31 MARS 2009
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LaGrandeÉpoque
2International
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Amérique du Sud : la Terre aux natifs
Une décision de la CourSuprême brésilienne, adoptée àune majorité écrasante le jeudi19 mars, maintient la protectiond’une réserve indienne dans laprovince de Roraima, au Norddu pays et implique que les pro-priétaires terriens cultivant leriz dans la région devront par-tir. Quelques jours auparavant,la Bolivie avait annoncé la redis-tribution aux populations indi-gènes de milliers d’hectares deterres appartenant à de grandesfamilles de propriétaires. Deuxmouvements de protection despeuples premiers qualifiés d’his-toriques dans chacun des deuxpays, avec en filigrane consé-quences sociales et politiques.
LA RÉSERVE
brésilienne de RaposaSerra do Sol couvre plus de 1,7 millionsd’hectares le long de la frontière vénézué-lienne. Elle est la terre de près de 20.000indiens d’Amazonie et, depuis 2005 et unedécision du président brésilien Luiz InacioLula da Silva, est devenue pour eux unezone réservée. Les tribus Macuxi, Wapi-chana, Ingariko, Taurepang et Patamonasont ainsi officiellement chez elles et lespropriétaires terriens et orpailleurs diverspriés de se rendre ailleurs.Les autorités de l’État de Roraima etles producteurs de riz installés depuis ledébut des années 90 ont choisi la voielégale en avril 2005, considérant que lacréation de la réserve était inconstitu-tionnelle. Après trois années d’instruc-tion, les délibérations de la Cour Suprêmebrésilienne ont commencé en août 2008,mais ont été suspendues par deux fois.En décembre 2008 par exemple, un des juges a demandé un ajournement de ladécision – alors que 8 de ses collèguesavaient déjà voté en faveur du maintien dela réserve indiennes.Plus de 3.000 indigènes était rassem-blés le 19 mars pour entendre la déci-sion de la Cour, certains à Brasilia, lieude son siège, d’autres à Boa Vista, capi-tale de l’état de Roraima. Par 10 voix sur11, la Cour Suprême a refusé le 19 marsque la réserve conserve des « îles » surlesquelles les grands propriétaires locauxse maintiendraient. Les quelques 600 fer-miers qui n’ont pas encore quitté la régionont donc maintenant jusqu’au mois de maipour le faire avant d’être expulsés.Pour Gilmar Mendes, président de laCour Suprême, la décision doit poserune jurisprudence pour les droits à la ter-res des indiens, et doit contrebalancer cequ’il considère être le manque de considé-ration de la part du gouvernement brési-lien vis-à-vis de ces populations.
« Nousavons établi un statut qui doit s’appliquer non seulement au cas de Raposa Serrado Sol case, mais aussi à d’autres »
indi-que-t-il, cité par la BBC.La décision de la Cour Suprême pourra-t-elle mettre fin aux tensions entre grandspropriétaires et indien ?
« Il n’y a pas desolution pacifique »
croit Nelson Itikawa,président de l’association des produc-teurs de riz, cité par le service de pressedu gouvernement brésilien.
« Parce qu’il est possible qu’il y ait un conflit – certaines personnes perdront leur contrôle ».
La police fédérale brésilienne a déjàenvoyé 500 agents sur place pour garan-tir la sécurité après l’annonce. Durantles trente dernières années des centai-nes d’indiens ont été blessés ou tués parles hommes de main d’orpailleurs et deranchers. L’association de défense despeuples premiers Survival Internationalaffirme qu’avec le soutien de politicienslocaux, les exploitants refusant de quit-ter les terres ont tué au moins dix indiensdepuis avril 2008, et brûlé des pontspour empêcher l’accès à leur terre. Desséquences filmées sur le site de l’associa-tion montrent des attaques au fusil d’as-saut et à la grenade par les hommes demain de propriétaires locaux.L’annonce de la Cour pourrait donc êtreune véritable libération :
« Les riziculteursutilisent des engrais chimiques qui conta-minent l’eau potable, le sol et les rivières,empoisonnent les oiseaux et les poissonsdont dépendent les Indiens pour vivre. De plus, les mineurs ont commencé à draguer en six nouveaux points la rivière Máu. Lemercure qu’ils utilisent pour séparer l’or augmente dangereusement le niveau de pollution. De grandes quantités d’alcool sont également introduites dans les com-munautés indiennes où les maladies serépandent, propagées par les mineurs et les soldats installés à Uiramutã, à la portemême du territoire makuxi. Ils échangent régulièrement de l’alcool et des objets de pacotille contre des relations sexuelles,ouvrant la voie à la prolifération rapide demaladies sexuellement transmissibles »
explique Survival France.Le Brésil comporte 488 réserves indien-nes qui couvrent 12 % de son territoire.D’après la Fondation Nationale Indiennedu Brésil (FUNAI), sur tout le territoire 26tribus vivent encore sans contact avec lemonde développé ; et 123 nouvelles ter-res indigènes sont en cours d’identifica-tion.Les militaires brésiliens s’inquiètent parcontre déjà de la démarcation qui pourraitse créer entre Raposa Serra do Sol et lereste du Brésil ; la perte de contrôle surla zone pose, pensent-ils, un problème desécurité sur cette zone qui est frontalièreavec la Guyane et le Vénézuela.
LA BOLIVIE AUSSI
Quatre jours auparavant, en Bolivie,le président Evo Morales renforcé par laréforme de la constitution, a égalementcommencé les redistributions de terres.Dans une cérémonie avec forte présencemilitaire, le président Morales a offert38.000 hectares de terres aux indiensGuarani de la région Chaco, au Sud dudépartement de Santa-Cruz – l’eldoradobolivien.C’est dans l’Alto Parapeti, au Sud-Ouestdu pays, l’endroit le plus symbolique à lafois des grands propriétaires latifundisteset de leur résistance au gouvernement,qu’Evo Morales a fait son annonce. Dansla ville de Caraparicito plus précisément.Les terres sont reprises à quatre grandspropriétaires terriens, les familles Larsen,Chavez, Malpartida and Curcuy – accu-sées d’avoir réduit à un état proche del’esclavage 50 familles Guarani. Ellesdeviennent propriété guarani en applica-tion de la réforme agraire bolivienne.
« La propriété privée sera toujours res- pectée, mais nous voulons que ceux qui ne sont pas intéressés par l’égalité chan-gent leur pensée et se focalisent plussur le pays que sur l’argent »
, a déclaréMorales à la presse locale.
« Aujourd’hui,depuis ici, nous commençons à mettre finaux propriétés géantes en Bolivie. »
L’année 2009 sera celle
« de la libé-ration du peuple guarani et de la fin del’esclavage
» poursuit, emphatique, levice-ministre des Terres, Alejandro Alma-raz. Celui-ci a d’autant plus de raisons dese satisfaire qu’il a été en 2008 accueillipar des tirs de carabine sur les terres desLarsen, avant d’y être retenu de force pen-dant 24h.
« Ils me visent parce que je suis améri-cain »
répond Ronald Larsen, un citoyendu Montana, à l’Associated Press.
« Maisnous n’allons pas partir comme des mou-tons ».
En 2004, indique la famille Larsen auNew York Times, le géant pétrolier fran-çais Total a découvert sur leurs terres l’undes plus grands gisements de gaz naturelde Bolivie. Ceci expliquerait, croit Larsen,l’intérêt du gouvernement pour la redistri-bution des terres. Car le président Moralespourra se passer de l’accord de la pro-vince de Santa-Cruz – qui lui est farouche-ment opposé – en ayant sur les terres desmarunis favorables au gouvernement.Amnesty International rappelle quel’Organisation internationale du travail, leHaut-commissariat aux droits de l’hommedes Nations unies et la Commission intera-méricaine des droits de l’homme affirmentque plus de 167 familles sont contraintesau travail des champs par les dettes ouà d’autres formes similaires d’esclavagedans les exploitations agricoles du terri-toire d’Alto Parapeti.La nouvelle constitution bolivienne,effective depuis février après le succèsdu référendum national de janvier, limiteà 5.000 hectares la taille maximale despropriétés, et impose des normes socialesplus strictes aux grands propriétaires. LeCongrès National Bolivien, paralysé pen-dant des mois par l’opposition de plusieursprovinces, a finalement ratifié les réformesen octobre 2008 après qu’Evo Morales aitaccepté en retour de ne pas se représen-ter aux élections présidentielles après cel-les de décembre 2009.
LES « BONS INDIGÈNES »… ET LESAUTRES
La défense des peuples natifs ne sem-ble par contre pas inclure leurs repré-sentants pensant pouvoir s’opposer auprésident Morales. La famille de VictorHugo Cardenas, un Aymara comme Mora-les et ancien vice-président, en a fait lesfrais. Après que Cardenas ait déclaré sacandidature aux élections présidentiellesde décembre 2009, le 7 mars un groupearmé s’est attaqué à sa maison sur lesrives du lac Titicaca. Sa femme et son filsont été battus si violemment qu’ils ont dûrester plusieurs jours à l’hôpital. La familleest maintenant bannie de la région, sansque la police ni les juges aient jugé utiled’intervenir. Pour Evo Morales, laconique,
« Les boliviens n’ont pas de tolérance pour les traîtres, et ils ne leur pardon-nent pas ».
Le « traître » Cardenas, un professeurd’université, a emmené sa famille pour lamettre en sécurité à La Paz. Défenseurardent des droits de peuples natifs, Carde-nas s’est distancé du « Mouvement versle Socialisme » de Morales dont il pensequ’il crée une nouvelle discrimination enexploitant des rancœurs anciennes. Lanouvelle constitution va, d’après lui, con-centrer le pouvoir au sein d’un gouverne-ment de gauche en pleine radicalisationplutôt que d’aider à la démocratie.
A
URÉLIEN
G
IRARD
Les Indiens et la défense de l’Amazone.
VANDERLEI ALMEIDA/AFP/Getty Images
Inde : nouvelles tensions entre chrétiens et hindous
Dans l’État d’Orissa, au Nord-Est de l’Inde, des rebellesmaoïstes ont assassiné le 19mars un leader hindou, Prab-hat Panigrahi. Les appels aucalme se multiplient pour évi-ter un embrasement compa-rable à celui de 2008 dans larégion. À l’approche des élec-tions générales d’avril et avecle raidissement des positionsnationalistes, le risque de ven-detta est réel.
L’ASSASSINAT
a eu lieu dans le districtKandhamal, le même qui a vu en 2008 deviolents affrontements après l’exécutiond’un autre leader hindou du parti VishwaHindu Parishad (VHP), Swami Laxmana-nanda Saraswati.Prabhat Panigrahi était le responsa-ble local du parti Rashtriya Swayamse-vak Sangh (RSS.) Il avait été arrêté pourson implication dans les violences de2008, durant lesquelles plus de 25.000chrétiens avaient dû fuir pour éviter leslynchages. M Panigrahi avait été libérésous caution le 14 mars.Les membres du Sangh Parivar,l’union des partis nationalistes hindous,accusent déjà « les chrétiens » d’êtreresponsables de l’assassinat, malgré lefait que celui-ci ait été revendiqué pardes maoïstes indiens. Quinze guérillerosmaoïstes ont, d’après la police locale,planifié et réalisé l’opération.
« La police a reçu des indicationssérieuses d’une implication des naxa-lites dans l’assassinat de Pravat Pani-grahi à Kandhamal »
, indique le chef de la police locale Manmohan Pra-haraj à la télévision indienne ZNL.Les naxalites, maoïstes indiens dontle mouvement a fait suite à la scissionentre communisme soviétique et commu-nisme chinois sont considérés comme laplus grande menace à la sécurité natio-nale du fait de leur influence grandis-sante dans tout le grand Est indien. Legouvernement indien a initié en févrierun ensemble d’opérations anti-terroristescoordonnées contre eux.
« Les maoïstes arrêtés pour l’assassi-nat de Saraswati [en 2008] ne sont pasdes chrétiens. Il n’est donc pas justifié deconclure que les chrétiens sont respon-sables »
, ajoute M. Praharaj.Une explication qui ne convainc pas leparti d’extrême-droite Bharatiya JanataParty (BJP), membre du Sangh Parivar,dont le représentant Prakash Javade-kar a indiqué à la presse locale :
« Nousavons des doutes sur le fait que lesassassins soient des naxalites ou plu-tôt des chrétiens déguisés en naxalites.Panigrahi a été éliminé car il connaissait la raison de l’assassinat de Saraswati ».
Sarawasti, un moine de 80 ans, mili-tait contre l’évangélisme chrétien et avaitreçu plusieurs menaces de mort liées àcette activité avant son exécution. Deschrétiens auraient, affirment les partishindous, payés des maoïstes pour trans-former la menace en action. Les repré-sailles hindous ont fait, entre août etseptembre 2008, 127 victimes et conduità la destruction de près de 5.000 mai-sons et plus de 250 églises.
A
URÉLIEN
G
IRARD
Vers de nouvelles violences anti-chrétiennes ?
RAVEENDRAN/AFP/Getty Images
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