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Selon les chiffres avancés par le gou-vernement, environ 30 personnes seraientmortes dans les manifestations, mais lesorganisations de défense des droits del’homme affirment que le nombre de victi-mes est beaucoup plus élevé.Le réformiste Mehdi Karroubi a envoyéune lettre à l’ayatollah Ali Akbar HashemiRafsanjani, président de l’Assemblée desexperts, affirmant avoir des preuves queplusieurs prisonniers, hommes et fem-mes, ont été abusés sexuellement parleurs geôliers.Même certaines des personnalités con-servatrices au sein du régime iranien ontsoulevé la question des tortures et desdécès de manifestants détenus, incluantle législateur Hamid Reza Katouzian etl’ex-dirigeant des Gardiens de la révolu-tion et candidat à la présidentielle MohsenRezaei, signalant des tensions aux plushauts niveaux de l’ordre établi.Les groupes d’opposition dénoncentégalement la diffusion des confessionspubliques de personnalités réformistescomme Mohammad Abtahi, affirmant quecelles-ci sont forcées, avec comme but deréprimer le mouvement.
Le mouvement réformiste
Le mouvement réformiste en Iran, qu’onassocie maintenant à la couleur verteadoptée par le clan Mousavi, a attiré l’at-tention de la communauté internationaleavant les élections du 12 juin et davan-tage par la suite avec l’effervescencepopulaire.Kazem Kardavani, un éminent sociolo-gue et écrivain iranien et ancien membreexécutif du Writer’s Association of Iran,croit que la vague de sympathie vient dufait que les gens à l’extérieur de l’Iran ontsoudainement vu un grand mouvementrevendiquant des droits et libertés dans unpays projetant normalement l’image rigidedu fondamentalisme.«
Ce que les gens en Occident et dansle monde voyaient de l’Iran était l’Iran et lesIraniens dans Ahmadinejad et la négationde l’Holocauste et autres choses du genre.Soudainement, un grand mouvement civil cultivé est apparu en Iran
», explique M.Kardavani.Ce genre de mouvement s’est vu unefois auparavant lors de l’élection prési-dentielle en 1997, bien que d’ampleurinférieure, lorsque le religieux réformisteMohammad Khatami a été élu.«
Malgré tous les efforts des conserva-teurs à cette époque, tout comme ce qui arrive à M. Mousavi aujourd’hui, la majoritédes gens ont voté pour M. Khatami. C’est ainsi que s’est créé le mouvement réfor-miste à l’intérieur du régime.
»Mojtaba Mahdavi, professeur adjointdes sciences politiques à l’université d’Al-berta et spécialiste de l’Iran, mentionneque le mouvement réformiste doit êtreabordé à deux niveaux. Le premier estcelui de l’État, ce qui implique essentiel-lement les luttes de pouvoir au sein del’establishment, et le deuxième est social,avec une population qui possède une lon-gue histoire de quête de démocratie et deliberté.«
Le mouvement réformiste est loin enavant des politiciens réformistes en cequi a trait à ses demandes
», explique-t-il, mais la jeune génération «
n’aime pas laviolence, ne veut pas faire la révolution et pèse le pour et le contre.
»«
On sait qu’il y a un grand nombre de personnes qui sont simplement en désac-cord avec tout l’ordre établi de la Répu-blique islamique d’Iran et ne croient pasau concept de Velayat-e Faghih
(jurispru-dence religieuse),
et qui se souviennent encore de ce qui s’est passé durant la première décennie de la République isla-mique – le massacre de gens, la torture –mais je parle de la jeune génération, qui est née après la révolution et dont certainsne se souviennent pas de l’ayatollah Kho-meini : eux veulent juste avoir leurs liber-tés sociales.
»Durant les premières années de l’Iranpostrévolutionnaire, la politique était plusou moins un
one man show
, grâce au cha-risme et aux qualifications religieuses deKhomeini, affirme Mojtaba Mahdavi. Maismême à cette époque, les débuts desdeux factions au sein du régime avaientvu le jour : la gauchisante Majmae Roha-niune Mobarez (Association des clercscombattants), qui a cru graduellement àune interprétation plus ouverte de la cha-ria et des enseignements islamiques, et laconservatrice Jameh Rohaniate Mobarez(Société du clergé combattant), reconnuepour son interprétation rigide de l’islam etdu Velayat-e Faghih.Dans le camp gauchiste, il y avaitdes gens qui sont par la suite devenusdes personnalités éminentes du mouve-ment proréformiste d’aujourd’hui, commeMohammad Khatami et Mehdi Karroubi ;dans le camp conservateur, il y avaitHashemi Rafsanjani – un des personna-ges les plus influents de la Républiqueislamique – et plusieurs ayatollahs conser-vateurs et traditionnels comme les mem-bres du Conseil des gardiens.Après la mort de l’ayatollah Khomeini en1989, les choses ont changé.«
Vous aviez le nouveau dirigeant,l’ayatollah Khamenei, à qui manquait clai-rement le charisme révolutionnaire et lacrédibilité religieuse de l’ayatollah Kho-meini. Grâce à cela, il y avait plus d’espace pour différentes factions politiques, car lesgens pouvaient remettre l’ordre établi enquestion, mais toujours au sein même decet ordre
», indique Mojtaba Mahdavi.Durant les huit premières années sousl’ayatollah Khamenei, pendant lesquellesRafsanjani occupait la présidence, la fac-tion conservatrice dominait plus ou moinsl’arène politique.Cependant, lors des dernières annéesde Rafsanjani, un schisme est survenuau sein de la Rouhaniate Mobarez conser-vatrice et une nouvelle faction a émergé,appelée Kargozarane Sazandegi (Lescadres de la construction).«
Ces gens étaient des technocrates qui croyaient en la construction de la Républi-que islamique et ils étaient plus ou moinscentristes, modérés et de droite et avaient comme père politique Rafsanjani
», pour-suit M. Mahdavi.«
Ils ont contribué à une plus grandeouverture sociopolitique qui est surve-nue après la période Rafsanjani.
» Aprèsla fin des deux mandats de Rafsanjanisuite à l’élection présidentielle de 1997,une coalition de Kargozarane Sazandegiet Rouhaniune Mobarez – qui se quali-fiaient maintenant de réformistes – avecd’autres petits partis réformistes ont vuleur triomphe dans l’élection de Khatamiet dans l’exclusion de la société conserva-trice Rouhaniate Mobarez.Toutefois, pour un certain nombrede raisons différentes, Khatami n’a paspu amener le changement espéré. «
Lanature de l’État a contribué à son échec,car dans la République islamique d’Iranla part du lion du pouvoir va au côté nonélu : le Vali-e Faghih [dirigeant suprême],le Conseil des gardiens et autres. Le côtéélu a pratiquement un pouvoir minimum
»,ajoute M. Mahdavi.Lorsque les deux mandats consécutifsde Khatami se sont terminés, plusieursproréformistes ont boycotté la présiden-tielle de 2005 et l’ex-maire de Téhéran,Mahmoud Ahmadinejad, a été élu. Le pro-fesseur Mahdavi affirme qu’Ahmadinejadest le représentant du nouveau conserva-tisme en Iran, une faction qui a débuté sonascension un ou deux ans avant l’électionde 2005.«
Ces néoconservateurs sont représen-tés par des gens comme M. Ahmadinejad,des gens des Gardiens de la révolution, et maintenant nous devrions dire qu’avec lesrécents évènements, l’ayatollah Khamenei s’est clairement associé à cette faction
»,spécifie-t-il.Malgré toute la rhétorique de gauche etles câlins avec le président vénézuélien,Hugo Chavez, les néoconservateurs sontun mouvement de droite. Ce qui les distin-gue de l’organisation conservatrice Rouha-niate Mobarez est qu’ils sont associés deprès aux Gardiens de la révolution et ontainsi des origines militaires.
« Après les évènements postélecto-raux, il y a maintenant deux camps biendéfinis : d’un côté, les néoconservateurset, de l’autre côté, une très grande coali-tion souple de réformistes qui inclut Raf-sanjani, Khatami, Mousavi, Karroubi, des partis politiques réformistes et même desconservateurs traditionnels modérés prag-matiques comme Nategh-Nouri »
, expli-que M. Mahdavi.
La « mafia »
Le sociologue Kazem Kardavani affirmeque le véritable pouvoir en Iran est dansles mains d’une mafia militaro-économiquequi a pris le contrôle de toutes les ques-tions économiques en Iran.«
Ahmadinejad lui-même n’est pasimportant, Ahmadinejad est le représen-tant d’une large section de la mafia
», men-tionne-t-il, ajoutant qu’une grande partie decette mafia se trouve chez les Gardiens dela révolution haut placés.Les Gardiens de la révolution ont étéétablis peu après la révolution islamiquede 1979 en tant que force dévouée à l’or-dre clérical devant fonctionner en paral-lèle à l’armée régulière. Les Gardiens dela révolution sont devenus de plus en pluspuissants ces dernières années et possè-dent un immense réseau de pouvoir éco-nomique et politique en Iran.M. Kardavani affirme qu’ils sont ceuxqui, même durant la présidence de Kha-tami, étaient en charge de toutes lesconstructions majeures de routes et debarrages, possédaient les banques etopéraient le service des douanes, contrô-lant ainsi la grande majorité des produitsimportés au pays. Aujourd’hui, sous la pré-sidence d’Ahmadinejad, ils sont devenusencore plus puissants.Quant à la raison pour laquelle l’ayatol-lah Khamenei a décidé de se ranger deleur côté, il y a deux opinions, fait remar-quer Kardavani. Certains disent que Kha-menei est l’homme derrière tout cela,tandis que d’autres affirment qu’en fait, ilest sous leur contrôle.
« Une page de l’histoire del’Iran a été écrite »
Kardavani mentionne que même si lastructure politique en Iran n’a pas été tota-litaire dans le vrai sens du terme commedans le cas de l’Union soviétique ou de laChine communiste, il semble que le régimeiranien en ait pris le chemin.Toutefois, dit-il, l’histoire de la formationdes mouvements sociaux iraniens et de larévolution est telle qu’une force unique nepourra jamais gouverner pour toujours.«
La réalité est que peu importe ce qu’ilsfont à ce mouvement [réformiste], une page de l’histoire de l’Iran a été écrite. Il n’y a aucun doute là-dessus
», croit-il.«
Je crois que le mouvement iranien va jouer son rôle, et la légitimité de M. Kha-menei a été complètement ruinée. Cerégime n’est pas un régime qui peut con-tinuer ainsi. C’est seulement une questionde temps.
»
K
AMRAN
M
ORADI
Le mouvement vert iranien
Regard sur la création du mouvement réformiste et sur les luttes de pouvoir au sein de la République islamique
Des Iraniens manifestent contre le régime le 30 juillet 2009 dans la capitale pakistanaise, Islamabad. Lacouleur verte a été adoptée par le camp réformiste qui croit que les dernières élections ont été frauduleuses.
Aamir Qureshi/AFP/Getty Images
Les Gardiens de la révolution iraniens.
Behrouz Mehri/AFP/Getty Images
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