LaGrandeÉpoque
●
16 – 30 NOVEMBRE 2009
3
3International
www.lagrandeepoque.com
Faut-il ouvrir en Espagne undébat sur l’identité nationale,comme le fait en France le gou-vernement du président NicolasSarkozy ? « Dire qu’on va l’ouvrirmaintenant n’aurait pas de sens,car depuis plus d’un siècle,depuis 1898, l’identité nationaleest l’un des grands problèmesespagnols et le débat n’a pascessé d’être ouvert », répondl’historien et professeur de philo-sophie Rafael Nuñez Florencio.
I
l était interrogé le 3 novembre par laRadio nationale espagnole, ce quidémontre l’impact au-delà des Pyré-nées de l’actuelle introspection hexago-nale.L’année 1898 citée par Rafael Nuñezest celle de l’anéantissement par la flottedes États-Unis de l’escadre de l’amiralCervera en rade de Santiago de Cuba.L’Empire espagnol subissait ainsi l’esto-cade. Le « Désastre de 1898 », commeon l’appelle depuis, a profondément mar-qué l’évolution politique, économique etculturelle d’une Espagne se repliant alorssur elle-même.Cela favorisa, à la même époque, lerenouveau sous une forme contempo-raine des nationalismes basque et cata-lan, aujourd’hui rescapés endurcis d’uneguerre civile et de près de quarante ansde dictature franquiste. L’actuelle parcel-lisation de l’Espagne en dix-sept régionsdites autonomes ne visait, lors de la tran-sition démocratique post-franquiste, qu’àrelativiser pour mieux tenter de l’endi-guer la spécificité du Pays basque et dela Catalogne.Rafael Nuñez ne retrace pas ce che-minement dans son interview à la radiopublique de son pays. En Espagne, c’estsupposé connu. Mais c’est à partir decette réalité qu’il croit inutile de compa-rer l’Espagne à la France,
« car la Francen’a pas dix-sept gouvernements autono-mes. La France a une tradition jacobine,une tradition centraliste que nous n’avonsévidemment pas. Le rôle central de Parisn’est certainement pas assumé ici par Madrid »
.En France ce sont les défis posés parl’immigration, forte d’environ 13 % de lapopulation, qui semblent justifier le « pourvous, qu’est-ce qu’être Français ? », poséà tous par le ministre Eric Besson. L’Espa-gne, avec une proportion d’immigrés pres-que similaire (12 % fin 2008) place ailleursle débat si l’on en croit Rafael Nuñez.Selon l’historien et professeur, auteurde nombreux livres et analyses politiqueset sociologiques,
« le problème n’est pastant que les immigrants fassent partie dece qui est nôtre, de ce qui est espagnol,car on devrait d’abord définir exactement ce qui est nôtre. Il faut considérer en pre-mier lieu que l’Espagnol ne se recon-naît pas dans des symboles communs.Votre correspondant à Paris [celui de laRadio nationale espagnole, ndlr] parlait par exemple de la langue française. Ici,de nombreux exemples montrent que lalangue est davantage un motif de dis-corde, de séparation, et moins d’union. EnEspagne, nous n’avons pas de symbolescommuns qui nous unissent d’un point devue politique. Il suffit de penser à la con-troverse sur l’hymne, le drapeau, la fêtenationale. La différence [avec la France] est donc fondamentale, comme entre le jour et la nuit »
.Le formidable concert de huées etde sifflets qui salua le 13 mai dernierau stade Mestella de Valence tant le roiJuan Carlos et la reine Sofia que l’hymneespagnol ne dément pas l’analyse duprofesseur Nuñez. Si en France ce sontdes immigrés qui sifflent la Marseillaisedans les stades, en Espagne ce sontdes Espagnols qui sifflent leurs souve-rains et la Marche Royale, l’hymne natio-nal. Le stade Mestella était en effet emplide Basques et de Catalans, officiellementtoujours Espagnols, pour la finale de laCoupe d’Espagne, dite Coupe du Roi, dis-putée entre l’Athletic de Bilbao et le FCBarcelone.À noter aussi que la Marche Royalen’est qu’une musique sans paroles,aucun projet de texte pour l’hymne natio-nal n’ayant fait jusqu’à présent l’unanimitédes Espagnols.
Gauche espagnole et natio-nalismes
« Un autre des grands problèmesest que parler aujourd’hui [en Espagne] d’identité nationale, sans autre adjectif,sans plus de nuance, vous identifie à unetendance politique. Actuellement, quicon-que parle de revendiquer ce qui est espa-gnol est associé à la droite en général, àcause peut-être du poids encore grand dela dictature, quoique Franco soit mort en1975 »,
ajoute Rafael Nuñez Florencio.L’historien et professeur ne sera pasdémenti non plus, sur ce point, par leprésident du gouvernement espagnol, lesocialiste José Luis Rodriguez Zapatero,pour lequel
« le concept de nation est dis-cuté et discutable »
.Rafael Nuñez note qu’en Espagne
« lagauche a fait de la revendication régio-naliste ou nationaliste l’un de ses signesd’identité. Aussi avons-nous le paradoxede mouvements nationalistes revêtus d’unlabel de progressisme qui réellement n’est pas fondé et qui n’existe pas ailleurs »
.
« Ces débats [en France sur l’iden-tité nationale] me paraissent opportunis-tes, liés à l’agenda politique. Si on voulait vraiment les envisager en profondeur,ces débats nécessiteraient un agendatrès différent »,
estime encore RafaelNuñez avant de revenir sur son leitmotiv :
« Comme je le disais au début, en Espa-gne ce débat est présent depuis plus d’unsiècle. Il apparaît et disparaît comme leGuadiana [fleuve du sud ibérique, ndlr] avec plus ou moins de virulence, maisc’est une question que nous-mêmes,comme Espagnols, n’avons pas réso-lue. Il nous faut donc d’abord savoir ceque nous voulons être ou en quoi nousnous reconnaissons pour ensuite voir jus-qu’à quel point nous pouvons demander aux autres qui viennent de l’extérieur des’identifier à nous »
.Et quoique la démarche française sem-ble répondre à une préoccupation simi-laire, la différence demeure dans le faitqu’elle est liée aux problèmes de l’im-migration, mais non à des problèmesautochtones comme en Espagne.
« J’y vois un problème fondamentalement interne que nous n’avons pas résolu »,
confirme Rafael Nuñez Florencio.
« D’un point de vue politique, parlant des autonomies [régionales], nous savonsqu’il y a une tendance centrifuge qu’il fau-dra, je suppose, stopper à un certainmoment. En outre, il y a [en Espagne] undébat idéologique de plus en plus ouvert dans lequel n’existent pas les points com-muns dont nous avons besoin »,
conclutl’historien. Le fossé entre la droite et lagauche semble en effet plus profond enEspagne que dans n’importe quel autrepays européen.Des centaines d’internautes espa-gnols, mêlés d’hispanisants français,réagissaient mardi à l’article sur le débatidentitaire français signé par le correspon-dant à Paris de l’influent quotidien madri-lène
El Pais
.
« Être Français consiste à se poser des questions telles que Pour vousqu’est-ce qu’être Français ? »
écrivait uninternaute. Un autre lui répondait :
« Et être Espagnol, en quoi cela consiste-t-il ? Mieux vaut ne pas nous poser la ques-tion »
.
C
HRISTIAN
G
ALLOY
www.Latinreporters.com
Identité nationale : « L’Espagne en débat depuisplus d’un siècle »
« Actuellement,quiconque parle derevendiquer ce qui est espagnol est associéà la droite en général,à cause peut-être du poids encore grand dela dictature, quoiqueFranco soit mort en1975. »L’historien Rafael Nuñez Florencio
Steven, un immigré du Ghana, travaille dans une serre de productions de fraise à Palos de la Frontera, auSud de l’Espagne. Steven est arrivé par bateau aux Iles Canaries en 2002.
SAMUEL ARANDA/AFP/Getty Images
Une annonce publicitaire pourl’huile de palme malaisiennea été censurée au Royaume-Uni, portant un coup dur à lacrédibilité de l’industrie malai-sienne. Les Penan, chas-seurs-cueilleurs de Bornéo, seréjouissent de cette interdiction :
« Nous ne tirons aucun béné-fice des plantations de palmiersà huile ; elles nous ont juste pri-vés de nos ressources et denotre terre. »
L
es Penan vivent au Sarawak, dansla partie malaisienne de l‘île de Bor-néo. Ils luttent pour empêcher ladestruction des forêts dont ils dépendentet qui sont abattues pour faire place auxplantations de palmiers à huile. SurvivalInternational appelle le gouvernementmalaisien à mettre fin aux plantations et àl’exploitation forestière sur leur terre sansleur consentement.Le bureau britannique de vérification dela publicité, Advertising Standards, a inter-dit l’encart publicitaire placé par le Comitémalaisien de l’industrie d’huile de palme.La publicité prétendait que l’huile de palmemalaisienne était «
durable
» et contribuaità la «
réduction de la pauvreté, en particu-lier parmi les populations rurales
».Le bureau de vérification publici-taire a estimé que cette affirmation ainsique d’autres relevées dans la publicitéétaient mensongères et ne pouvaientêtre justifiées.Des membres de la tribu Penan quiont déjà perdu une grande partie de leurterre au profit des plantations de palmiersà huile ont déclaré :
« Notre peuple se réjouit de la cen-sure sur la publicité du Comité malaisiende l’industrie d’huile de palme. Comment prétendre que l’huile de palme réduit la pauvreté alors que depuis le commence-ment les plantations de palmiers à huileont détruit nos moyens de subsistance et nous ont davantage appauvris ? Beau-coup d’entre nous sont tous les jours affa-més par la destruction de notre forêt. »
Les plantations de palmiers à huileet l’exploitation forestière détruisent lesforêts des Penan dans lesquelles ilschassent et pratiquent la cueillette, etpolluent les cours d’eau dans lesquels ilspêchent. Sans leurs forêts, ils ne peuventpas subvenir à leurs besoins.Stephen Corry, directeur de SurvivalInternational, a affirmé :
« L’idée quel’huile de palme malaisienne est écologi-que et contribue au bien-être de l’huma-nité ne passera pas, en particulier auprèsdes Penan. L’expansion de cette indus-trie sur leurs terres est un réel désas-tre. »
L’huile de palme est utilisée dans l’ali-mentation courante et de plus en pluscomme agrocarburant.
Survival International
Communication grippée pour l’huile de palme
Une publicité censurée porte un coup dur à l’industrie malaisienne d’huile de palme
« Comment prétendreque l’huile de palmeréduit la pauvretéalors que depuisle commencement les plantations de palmiers à huile ont détruit nos moyensde subsistance et nous ont davantageappauvris ? »
Août 2009 – Des Penan manifestent contre les producteurs d’huile de palme.
SAEED KHAN/AFP/Getty Images
Leave a Comment