1 – 15 DÉCEMBRE 2009
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LaGrandeÉpoque
2International
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D
ans un acte d’une extrême vio-lence, soixante-quatre personnesont été assassinées aux Philippi-nes le 23 novembre ; au moins 26 d’en-tre-elles sont des journalistes.Des hommes armés pour la plupartnon identifiés, dont deux policiers, sem-blent être les responsables, selon Repor-ters sans frontières (RSF). Certains ontété en relation avec le gouverneur de laprovince, un partisan de la présidente phi-lippine Gloria Arroyo. Les victimes ont étémassacrées dans le sud de l’île de Minda-nao, et certaines victimes ont été décapi-tées, ajoute RSF.Clothilde Le Coz, directeur de RSFà Washington D.C., explique que l’or-ganisation a un correspondant avec quiils sont en contact.
« C’est l’un des plusgrands massacres de journalistes jamaisvu »
, dit Mme Le Coz.
« Nous adressonsnos condoléances et notre sympathie àtous les journalistes aux Philippines, qui sont en état de choc après ce massacreépouvantable. »« Cette fois, la violence aveugle devoyous travaillant pour des politicienscorrompus a entraîné un incompréhen-sible bain de sang »
, ajoute RSF dansun communiqué.
« Nous réclamons uneréaction forte de la part des autoritéslocales et nationales
».Le massacre a eu lieu quelques heu-res après que 50 hommes armés menéspar Andal Ampautuan Jr., le maire deShariff Aquak (une municipalité de laprovince de Maguindanao), et un inspec-teur de police uniquement identifié sousle nom de Dicay, ont kidnappé des mem-bres d’un grand convoi de partisans de M.Esmael Mangudadatu, un adversaire duclan Ampatuan qui voulait poser sa candi-dature pour devenir gouverneur.Le convoi des partisans de Mangu-dadatu, accompagné de journalistes, serendait au bureau électoral pour dépo-ser les documents nécessaires à sa can-didature. L’hypothèse la plus probableest que les hommes armés ont essayéde les empêcher d’atteindre leur desti-nation. La femme de Mangudadatu, ainsique sa sœur et d’autres parents font par-tie des victimes.Les assaillants ont violé, torturé etdécapité certaines des victimes, dontles corps ont été retrouvés dans des fos-ses communes, indique RSF. Et si Andal Ampatuan Jr, le fils du gouverneur unani-mement désigné comme commanditairedu massacre, s’est rendu à la police le 26novembre, rien ne dit que la volonté poli-tique de le punir – et au-delà de lui, sonpère, existera.
L’impunité comme norme
Les Philippines ont une longue his-toire d’impunité et d’attaques contre les journalistes, rappelle Erik Jensen, cher-cheur au Centre sur la Démocratie, leDéveloppement et le Légalisme, de l’uni-versité de Stanford :
« C’est la pire atta-que sur des journalistes de l’histoire desPhilippines, et peut-être que les chiffreset la brutalité utilisée vont provoquer uneréaction là où on n’a vu dans le passé quede l’inaction »
, suppose-t-il.
« Un événe-ment comme celui-ci pourrait changer la donne, et cette tragédie pourrait êtreconstructive. »
Pour Jensen, le risque de l’impunitédemeure
« en partie du fait de la fai-blesse des enquêtes dans le système cri-minel philippin, mais aussi à cause desaccords politiques cachés ».
Jensen a vécu quatre ans aux Philip-pines en tant que représentant de la AsiaFoundation.Durant les huit dernières années, aumoins 74 journalistes ont été tués auxPhilippines, et seulement quatre coupa-bles ont été arrêtés, ce qui fait du paysl’endroit le plus dangereux au mondepour les journalistes, indique la Fédéra-tion Internationale des Journalistes (FIJ).
« Un massacre comme celui-ci… j’es- père que le gouvernement et les politi-ciens de Mindanao vont se réveiller »
,dit Jensen.
« C’est au-delà de tout ce quenous avons vu dans le passé. »
La FIJ accuse pour sa part le gouverne-ment de Gloria Arroyo de ne pas avoir agipour mettre fin à la culture de l’impunité.
« Le gouvernement Arroyo doit s’engager de façon claire à mener une enquête indé- pendante et efficace sur ce massacre »
,demande le Secrétaire Général de la FIJ, Aidan White.
« Les élections auront lieudans six mois, les autorités doivent agir maintenant pour garantir la sécurité des journalistes dans le pays. »
Un jour de deuil national a été décrétépar la présidente Gloria Arroyo :
« Cecrime est trop grave pour ne pas éveiller la conscience de la nation ou de touteautre nation sur le sujet »
, indique-t-elle.
« Ce n’est pas une simple lutte électoraleentre clans opposés, c’est un acte d’inhu-manité suprême qui est une ruine pour notre nation. »
Jensen raconte que même si la pressephilippine dans son ensemble est un peuen désordre, elle a vu émerger des jour-nalistes d’excellent niveau, qui ont le cou-rage d’agir et de faire leur métier bien queconnaissant les dangers pour leur vie.
« Je ne peux m’empêcher de penser quecela va les refroidir.»
Dolly Zulueta, rédactrice en chef d’unmagazine manillais, enrage de voir
« les politiciens traiter les journalistes ainsi »
.Et pour l’écrivaine Norma Chikiamco, lemassacre n’est qu’un élément
« dansune stratégie de violence électorale : il reste tant de temps avant les électionset déjà cela a eu lieu, alors nous pou-vons déjà penser que cela va recom-mencer »
.Le 25 septembre à San Juan, aux Phi-lippines, des experts avaient assisté àune table-ronde financée par le bureaude l’UNESCO à Jakarta, avec pour thème«
l’impunité des crimes contre les journa-listes
». Depuis l’arrivée au pouvoir deGloria Arroyo, plus de 1.000 exécutionsextrajudiciaires ont eu lieu dans le pays.Gloria Arroyo a été réélue en 2004 et en2007 grâce au soutien de la famille Andal Ampatuan, lors de campagnes qui ont faitrespectivement 186 et 126 morts.
C
HARLOTTE
C
UTHBERTSON
L’impunité aux Philippines
Quelles suites après le massacre de 64 personnes par des proches de la présidente Arroyo ?
Un militaire philippin est aperçu à travers la vitre brisée d’un desvéhicules qui ont servi à enterrer les victimes du massacre.
Jeoffrey Maitem/Getty ImagesTed Aljibe/AFP/Getty Images
Des chandelles allumées par familles et proches.
L
ONDRES— La banque de données ADN britannique s’est progressive-ment développée jusqu’à devenir la plus grande au monde, mais pourraitconnaître des
« dérives fonctionnelles »
,affirme un rapport qui commence à fairedu bruit.Le document de 104 pages intitulé« Rien à cacher, rien à craindre ? »recommande que la biobanque, qui con-tient plus de cinq millions d’ADN humains,soit régie par une charte venant du Par-lement britannique et régie par une auto-rité indépendante, ce qui n’est pas le casaujourd’hui.Le Parlement n’a en effet pas abordéla question des utilisations possibles dela banque d’ADN, ni celle des moyensde sa protection. Le gigantesque stockde matériel génétique s’est développéprogressivement, d’après le professeur Jonathan Montgomery, président de laCommission de Génétique Humaine,auteur du rapport.
« En même temps il y a eu une dérivefonctionnelle qui a permis le stockagede l’ADN de plus en plus de gens, maisil n’est pas certain que ceci ait permisd’améliorer l’identification de criminels »,
dit-il.Le rapport demande un débat parle-mentaire complet sur la « UK Biobank »,une nouvelle législation, et un organismeindépendant pour la contrôler. Il s’ap-puie sur les déclarations d’un policier à laretraite qui indique que de nombreux poli-ciers de terrain arrêtent des personnesprincipalement pour prélever leur ADN etconserver leurs informations génétiques,qu’ils soient ou non reconnus coupablesd’un délit ou d’un crime. Près de 8 % dela population anglaise serait représentéedans la base de données nationale.Pour les auteurs, une partie de la res-ponsabilité est à chercher dans les sériesTV mettant à l’honneur des services depolice scientifique, et indiquent que cetteculture populaire a contribué à la percep-tion que l’ADN est l’outil ultime pour lesuccès des enquêtes.Contrairement à cette perception géné-rale, indique le rapport, l’efficacité de labase de données ne semble pas être àla hauteur des attentes, tout en rendantles enquêteurs de police excessivementdépendants des analyses génétiques.Pour Jonathan Montgomery, les con-clusions favorables à la biobanque ADNne sont pas statistiquement valables et jouent sur quelques exemples médiati-ques et à fort impact émotionnel.
« Leur répétition, le fait qu’on les ramène tou- jours sur la table, renforce l’attitude publi-que à ce sujet, comme s’il s’agissait denouveaux cas. »
Un document interne du ministère del’Intérieur britannique mentionne pour seule preuve de l’efficacité de la banque ADN la déclaration d’une mère suite aumeurtre de son enfant. Certains exem-ples utilisés médiatiquement pour prou-ver l’efficacité de la banque se sont deplus avérés faux : L’association Libertya ainsi établi que dans plusieurs d’entreeux, l’ADN n’avait pas été l’élément per-mettant d’identifier les coupables.
« L’idiotie de tirer des conclusionsgénérales à partir de cas particuliers,et l’utilisation d’une rhétorique factice… pour renforcer les croyances ne devraient pas remplacer les faits et le raisonne-ment »
indique le rapport.Celui-ci pose aussi la question desbiais, la population noire étant propor-tionnellement quatre fois plus représen-tée dans la banque que le reste de lapopulation.L’association britannique des commis-saires de police (ACPO) a déclaré ne pasrejoindre cette analyse. Elle pointe le faitque le rapport ne fournit pas de preuve deses affirmations.
S
IMON
V
EAZEY
Interrogations autour de la « banque ADN » anglaise
Des policiers retraités disent avoir réalisé des arrestations uniquement pour obtenir un échantillon ADN
La banque de données ADN britannique, insuffisamment cadrée juridiquement, connaîtrait des dérives.
Leon Neal/AFP/Getty Images
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