3
1.
Relance de l’industrie minière
L’Argentine possède une cordillère étendue sur plus de 5000km, dotée d’innombrables minerais.D’après
le Mining journal
, elle se trouve au 6
ème
rang des nations les plus riches en ressourcesminières
1
. Autrefois cataloguée comme le « grenier du monde », elle est en passe de devenir « lavedette de l’industrie méga-minière». Pourquoi un tel « boom » dans un pays où ces ressourcesexistent depuis fort longtemps ? Nombreux facteurs internes et externes (dont les investissementsétrangers) ont conduit à ce virage « productif » d’un nouveau genre, initié dans les années 1990.Virage réussi pour cette industrie à grande échelle, dont les partisans se réjouissent de voir sonaccomplissement à travers la multiplication des mines à ciel ouvert. Le temps des mines où l’ondescendait dans des galeries profondes est dépassé. Aujourd’hui, il est plus rentable de faire exploserles montagnes…
1.1.
Un héritage colonial
Selon les historiens Thomas Gomes et Itamar Olivares, l’effondrement démographique advenu à lasuite de la colonisation de l’Amérique du Sud (on passe d’une population d’environ 80 millions à 2millions) n’est pas dû à un génocide. L’un des principaux facteurs (après les maladies apportées par lesconquistadors) est l’établissement d’un système socio-économique qui fait table rase de l’ancienneorganisation indienne et altère gravement les rapports des différents groupes humains à leurenvironnement. Parmi les éléments caractéristiques de ce système (que l’on pourrait nommer la sociétécoloniale), résident les
encomiendas
, la traite négrière, et, plus tard dans le courant du XIXème siècle,les haciendas ; mais aussi et depuis le tout début de la colonisation, l’exploitation minière. Rappelonsque la recherche de métaux précieux, de l’or en particulier, est l’une des principales motivations de laconquête espagnole. L’exploitation des mines d’or et d’argent constitue le nerf de l’économiecoloniale. On peut citer la célèbre mine d’argent de Potosi (dans l’actuelle Bolivie) la mine de mercured’Huancavelica au Pérou ou encore de Zacatecas au Mexique. Notons que des mines de Potosi et deCerro Rico, ont été extrait 10 000 tonnes d’argent entre 1550 et 1630. Ces mines étaient de grandesmangeuses d’hommes, comme le fait remarquer Alfred Métraux. En effet, les hommes y mourraient dela misère, du surmenage et de la sous-nutrition, mais aussi indirectement de la terreur qu’ellesinspiraient (en effet, l’élément psychologique est un facteur à ne pas négliger ; beaucoup d’indiens selaissèrent mourir de désespoir).Le problème posé par les exploitations minières en Amérique du Sud est vieux de cinq siècles et lesexploitations actuelles font inévitablement écho au passé colonial. Notons par exemple que latristement célèbre entreprise canadienne Barrick Gold Corporation tente d’implanter des mines dans unsite appelé Mexicana (situé dans les alentours de Famatina et Chilecito) qui fut un lieu célèbred’exploitation au XIXème siècle. Ce qui nous fait penser que l’histoire tend à se répéter sous d’autresformes…« Le code de l’industrie minière » (loi 1919), dicté en 1886, se maintiendra pendant 100 ans,pratiquement sans aucun changement. Ce code établit notamment que les mines de la catégorie 1 (d’or,d’argent, de nickel et, plus tard, d’uranium), sont « propriété de l’Etat » (national ou provincial) qui nepeut pas les exploiter directement : leur utilisation économique ne peut se faire qu’à travers l’octroi deconcessions
2
. Dans ce contexte, tout au long du XX
ème
siècle, nombreuses compagnies minièresoccidentales continuent d’exploiter la main d’œuvre indigène, plus particulièrement sur les hautsplateaux du Nord-ouest. Jusqu’à ce que la chute des cours des minerais précipite la fermeture de lamajorité des mines à la fin des années 80. Il en résulte alors une déstructuration complète del’organisation locale du travail et un exode rural massif des hommes de la région. Véritable sinistreéconomique et social pour le peuple Kolla qui vit sur ce territoire…
1
“La Argentina Minera: Análisis macroeconómico”. Ana Laura Berardi -Conicet – UNMDP
2
“Minería: se llevan todo y nos dejan contaminados”, Pedro Resels, Ecoportal, juin 2009
Add a Comment