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Réalités Cardiologiques
N°247
Juin 2008
A la une
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A
ttribuant au tabagisme passif 5863 décès annuels en France, le rapport européen “
 Lifting theSmokeScreen
” en avait fait une urgence de Santé publique, justifiant un durcissement de la loiEvin [1]. Mais, au 31décembre 2007, il laissait encore 6 non-fumeurs mourir de la fumée desautres dans les commerces d’accueil (cafés, hôtels, restaurants, discothèques) dont 3 par infarctus! Unecatastrophe sanitaire résiduelle d’une telle ampleur justifiait donc de bannir la fumée de ces établisse-ments. Mesure dure, elle aurait naturellement mérité que sociologues et épidémiologistes chevronnésen évaluent minutieusement les conséquences. Mais la divulgation du succès immédiat et brillantobtenu ne pouvait éthiquement attendre une aussi longue procédure. Il était urgent de mettre en œuvreles grands moyens de communication de masse pour épargner tant de morts et tuer dans l’œuf quelquescontestations naissantes venant des bars-tabac, où risquait encore sa vie au moins 1 non-fumeur.En effet, dès le premier mois et demi d’application de la loi dans ces seuls établissements d’accueil,les hospitalisations d’urgence pour infarctus avaient chuté de 15%. Et ce n’était qu’un début, et sanscompter les cancers évités. Selon les hérauts de l’anti-tabagisme, des milliers de non-fumeursallaient être sauvés de la mort dans les bars-tabac. Un communiqué de presse de l’Office Français duTabagisme permettait donc de diffuser rapidement la bonne nouvelle dans les journaux, les maga-zines, sur les ondes, à la télé et sur la toile [2].Il est parfois de telles évidences qu’il n’est nul besoin de critiquer la méthodologie, les protocoles,les choix statistiques, de rechercher les biais, répéter les essais, soumettre les résultats aux critiquesdes pairs. L’effet spectaculaire des premières injections de pénicilline suffisait à emporter la convic-tion. Mais la vérité a de plus en plus de peine à sortir de son puits. Les phénomènes sont complexes,multifactoriels, les différences souvent minimes. C’est pourquoi la science moderne s’entoure degrandes précautions avant d’avancer des conclusions lourdes de conséquences dont il faudrait immé-diatement balancer bénéfices et effets pervers.Le graphique de l’OFTexprime les pourcentages mensuels d’infarctuspour100000 hospitalisationsd’urgence en 2006-2007 et les compare à ceux de janvier et de la première quinzaine de février2008.Le calcul est fait à partir de la base de données OSCOUR de l’Institut de Veille Sanitaire (InVS).Malheureusement, celle-ci n’est accessible ni sur le site de l’OFT, ni à l’InVS. Or un pourcentageimplique toujours une perte d’information. On ne peut s’en satisfaire pour porter un jugement. Il fau-drait savoir sur combien d’hospitalisations d’urgence il a été calculé (la moindre épidémie le feraitbaisser), combien d’infarctus ont été hospitalisés, combien de coronariens connus ont été directe-ment admis dans les services, dont l’occupation des lits influe sur l’arrivée par les urgences.Trois fois en 2006 et en 2007 ont été notés des pourcentages aussi bas, voire inférieurs. Adéfaut desdonnées originales, tout un chacun peut cependant faire des statistiques élémentaires. J’ai mesuré
Suppression du tabac dans les lieux publics:la presse trop pressée?
      A      L      A      U      N      E
R.MOLIMARDCoordinateur du DIU de Tabacologie Paris 11-Paris 12.
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