<L u cD u s s ar t >
L ’ ai d e à l ’ ar r ê t d ut a b a c
Performances n
o
27•Mars-Avril 2006
13
Les pratiques et résultats d’un servicesont hautement imprévisibles et quanti-fiables de manière très approximative. Iln’est pas rigoureux de faire l’hypothèsede mettre le bénéficiaire d’un service« sous contrôle » strict (sauf s’il s’agitde l’enfermer dans une prison) ; plus on voudra qu’il s’implique dans le résultat -et dans le processus - plus il conviendraplutôt d’adapter le service à la dyna-mique de l’interaction. Le contrôle sefait sinon aux dépens de la qualité duservice et de la visée opérationnelle.
Accepter le relationnelet l’émotionnel
Comme nos intelligences scientifiquesne sont pas à l’aise dans les domainesdu relationnel et de l’irrationnel, lamédecine classique réduit et simpli-fie le complexe en mutilant, alors quec’est tout l’opposé qu’il faudrait faire :ouvrir le service à la création de valeurpar le client.C’est comme si l’on disait : « Enlevez cequ’il y a d’humain et d’intelligent chezmon client et je pourrai le satisfaire » ! Avec les traitements allopathiques,nous avons la tentation d’imposer auclient un statut de sujet obéissant,conforme à ce que nous avons prévuet testé en laboratoire suivant des pro-tocoles contrôlés. D’un côté le maîtreomniscient, de l’autre l’élève ignare.Cette tendance est caractéristiquede la bureaucratie de l’Administra-tion, que le sociologue Michel Croziera longuement analysée : anonymat,hygiaphone, tout est fait pour limiter lecontact personnel et l’interaction.Reprenant son modèle de l’organisa-tion sociale, nous distinguerons troisstatuts types pour le client :
agent
,
acteur
et
auteur
.• L’agent subit, il est spectateur, usager,ou pire assujetti (par exemple à la fis-calité). Il agit sous la contrainte derègles du jeu sur lequel il n’a aucunpouvoir.• L’acteur possède une certaine margede manœuvre et d’initiative. Mais,comme au théâtre, il n’a pas latitudepour adapter la pièce qu’il joue.• L’auteur est libre d’inventer, d’inno- ver, d’écrire un scénario ou des règlesdu jeu.Ces types sont des repères sur uneéchelle mobile de participation et d’in-fluence. En situation de bénéficiaired’un service, nous basculons parfoisrapidement d’un statut à l’autre.
La boucle client-serveur
Avec ces repères, considérons unesituation de service mettant en contactun client avec un prestataire de serviceque nous nommons « serveur ».Le serveur affecte toujours un statut àson client, ne serait-ce qu’implicitimenten le nommant. Il parle d’ « usager »,de « patient », etc. : ceci caractérise ladissymétrie de la relation.Suivant le statut que le serveur accordeau client, la boucle de rétroactiondu client vers le serveur sera plus oumoins intense. Le client aura plus oumoins d’influence sur le déroulementde la prestation.
Exemple de la prestationd’aide à l’arrêt du tabac
a) Client = agent du service
En forçant un peu le trait prenons lecas d’une prestation visant au sevragetabagique.C’est le cas du pharmacien qui déli- vre un substitut nicotinique (TSN)ou du conseil minimal du médecin ;l’écoute et le feedback sont limités.
b) Client = acteur du service
Le tabacologue évalue la dépendance etles motivations à partir d’informationsque lui communique le client.La voix du client est écoutée, maisson influence sur le service est encorelimitée. Le protocole est prédéfini, ilexiste un consensus sur la bonne pra-tique, dont il n’est pas envisageablede déroger.
c) Client = auteur du service
C’est ici le cas d’un psychothérapeute.Le client est incité à trouver lui-mêmela solution à son problème (c’est par-fois très long...). Les interactions sefigurent comme suit :Nous avons fait figurer une boucled’auto-régulation du client. Dans cettesituation, en lâchant la prise du con-trôle, le serveur autorise le client à trou- ver lui-même la solution à son attente,lui permet d’être « auteur » du proces-sus thérapeutique. Bref, à faire preuved’intelligence. C’est une ressource quigagne à ne pas être négligée...Bien évidemment, il existe aussi une boucle d’autorégulation chez le serveurqui est responsable du résultat et doits’assurer que le processus du client
Serveur ClientServeur ClientServeur ClientServeur Client
Leave a Comment