LE PROTO-PROTESTANTISME OCCIDENTAL AU HAUT MOYEN ÂGE
« La longue et persévérante résistance d'une partie de l'Église aux empiétements des erreurs del'Église romaine est si peu douteuse, que nous voyons, à la fin du VI
e
siècle, Serenus, évêque deMarseille, bannir avec succès les images [icônes cultuelles] de son diocèse. Nous l'apprenons parune lettre de Grégoire le Grand, qui fût pape de 590 à 604 : Nous avons appris qu'animé d'unzèle inconsidéré, vous avez brisé les images des saints, sous le prétexte qu'on ne devait pas lesadorer. À la vérité,
nous vous aurions entièrement approuvé, si vous aviez défendu de lesadorer
; mais nous vous blâmons de les avoir brisées.
Car autre chose est adorer unepeinture, et autre d'apprendre par l'histoire de cette peinture ce qu'il faut adorer
1
. »
CHARLEMAGNE ET LÉPISCOPAT FRANC SOPPOSENT AU PAPE
« Les iconoclastes redoutent que les chrétiens adorent les images elles-mêmes, au détriment duprincipe sacré quelles illustrent. En 787, désireux de mettre un terme à la fureur destructrice desByzantins,
le pape Hadrien I
er
réunit donc le second concile de Nicée,
qui rétablit le culte desimages [] Parvenus à la Cour de Charlemagne [], les actes de ce concile suscitèrent desréactions de rejet très vives de la part des théologiens francs, qui attirent lattention sur lesdangers de lidolâtrie.En 789, une première prise de position fut adoptée à la Cour franque avec le
Capitulare adversumsynodum
(
Capitulaire contre le synode
)
, dans lequel Charlemagne prit ses distances par rapport àla doctrine de Nicée II. Pour préciser ses vues, le roi franc commanda ensuite à Théodulfe, futurévêque dOrléans, un traité sur les images, dont la rédaction sétendit de 791 à 794. Connu sous lenom de
Libri carolini
(
Livres carolins
)
, ce manifeste consacre la
position médiane de lÉglisefranque, entre liconoclasme byzantin et liconophilie papale.
Reprenant la doctrine sur limage que Grégoire le Grand avait exposée vers 600 dans sa lettre àlévêque Serenus de Marseille, qui avait procédé de son propre chef à la destruction dimagesauxquelles ses ouailles vouaient un culte idolâtre, Théodulfe y affirme le rôle pédagogique desimages. Celles-ci sont investies dune triple fonction : instruire les illettrés, fixer la mémoire delhistoire sainte et susciter un sentiment de componction chez les fidèles. Cependant, elles nesauraient être adorées :
À lendroit des images, nous ne blâmons rien, si ce nest leuradoration ; aussi permettons-nous quil y ait des images dans les basiliques des saints, nondans un but dadoration, mais pour rappeler leur action et embellir les murs.
Ces théories furent officiellement adoptées en 794, lors du synode de Francfort, et communiquées au pape par le théologien Angilbert. Une période de stabilité sensuivit. [] Au
1
Antoine MONASTIER,
H
istoire de lÉglise vaudoise depuis son origine et des Vaudois du Piémont jusquà nos jours
,Tome 1, Lausanne, Éditeur Georges Bridel, 1847.http://www.info-bible.org/livres/Histoire.Eglise.Vaudoise.1/
Leave a Comment