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2.Laplacedel’écrituredansleprotestantismeévangélique
2.1L’évangéliquemoyenet«sa»bible
Un chant évangélique pour enfants bien connu
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contient ces paroles : « Lis ta Bible, prie chaque jour, si tu veux grandir ». Bien sûr, il ne faut pas trop tirer d’un chant pour enfant, mais nous ne pouvons nous empêcher de souligner combien il est typique de l’évangélisme compris et vécudans la modernité. Il est bien écrit : « Lis TA Bible » et non « Lis LA Bible ». À quelque part,même dans ce chant pour enfant, nous voyons le « je » cartésien moderne au centre de l’acted’interprétation. La Bible est possédée par l’individu, le « je » pensant. On remarque aussi lelien entre la « connaissance » et la croissance spirituelle. Le « lis ta Bible » est souvent utilisécomme une solution magique pour à un peu tous les problèmes dans la communautéévangélique.On encourage tout évangélique à lire quotidiennement la Bible, à mémoriser des versets et à participer à des études bibliques hebdomadaires. Il s’agit là essentiellement des seules disciplinesspirituelles pratiquées par les évangéliques. L’Église émergente tente de récupérer diverses pratiques dans l’héritage de l’Église (la retraite, le silence, la
 Lectio Divina
, etc.). Dans latradition commencée (ou reprise) par Luther à la Réforme, les prédicateurs évangéliques utilisentle contexte de la prédication pour essentiellement commenter le texte biblique et l’appliquer à lavie de leurs contemporains. Néanmoins, les prédicateurs évangéliques invitent souvent leursmembres à apporter « leur » Bible lors des célébrations, bien que cette approche a perdu de la popularité depuis la venue du projecteur multimédia qui fait apparaître le texte sur un écranmural. Le but d’avoir la Bible est afin de pouvoir être de bons chrétiens « de Bérée » (Ac 17,10-11) qui « vérifiaient chaque jour dans l’Écriture pour voir si ce que l’on enseignait étaitexactement ». Bien sûr, en version moderne, cela signifie que chaque chrétien individuellementdoit aujourd’hui « vérifier si ce que le pasteur enseigne est exact ». En ce sens, alors que les Juifsvoyaient si Jésus était vraiment le Messie à partir de l’Ancien testament, nous avons créé à partir de ce verset une rhétorique pour justifier le magistère du croyant individuel.
6
[s.a], [http://www.listabible.com/](consulté le 15 décembre 2009).
 
9Manifestement, le nombre de schisme dans l’Église évangélique démontre qu’il y a un problèmequelque part. Luther et Calvin avaient tous les deux plus peur de l’autonomie des anabaptistesque du magistère catholique.Il n’est pas rare de retrouver dans les confessions de foi évangélique la mention suivante :
« Nouscroyons que la Bible est la parole de Dieu; que les soixante-six livres, tels qu’ils ont été écrits àl’origine, l’Ancien et le Nouveau Testament, ont été inspirés verbalement par l’Esprit de Dieu et  sont sans erreurs; que la Bible est l’autorité finale en matière de foi et de pratique et la base del’unité chrétienne »
.
La Bible est considérée l’autorité finale. Si la Bible est considérée commela plus haute autorité, elle est souvent, dans la pratique, considéré la
 seule
autorité. Ce serad’ailleurs un sujet de débat à l’intérieur même de l’évangélisme et ce, jusqu’à assez récemment.Le «
 sola scriptura
» est alors traduit par « uniquement l’Écriture ». Était-ce là l’intention desréformateurs ? Le malaise évangélique est-il un fruit direct de la réforme ? Quelle est la place dela Bible dans le mouvement évangélique ? C’est ce que nous tenterons de voir dans les prochaines sections.
2.2LecontextedelaRéforme
En 1510, Luther a la chance de visiter Rome. Les papes médiévaux avaient avancé que lesmérites des saints pouvaient être transférés aux croyants lors des visites aux reliques endiminuant ainsi le nombre d’années au purgatoire
8
. Pour comprendre le cheminement de Luther,il faut comprendre qu’il était un moine très angoissé par son propre péché, passant parfois aussilongtemps que six heures par jour en confession. Il recherchait désespérément la paix avec Dieu.Son maître spirituel, Johann von Staupitz lui recommanda de débuter son doctorat et d’assumer la chaire d’enseignement de la Bible à l’Université. C’est ainsi que Luther commencera àenseigner sur les psaumes en 1513
9
. Depuis plusieurs décennies, on enseigne à l’Université lessentences de Pierre Lombard et les textes d’Aristote plutôt que le texte biblique. Entre 1513 et1516, Luther enseigna sur l’Épître de Paul aux romains et découvrit la vérité qui deviendra
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Confession de foi de l’Association d’Églises Évangéliques Baptistes au Québec,[http://www.sembeq.qc.ca/fr/quisommesnous/?Section=3], (consulté le 4 septembre 2009).
8
Keith A. Mathison,
The Shape of Sola Scriptura
, Canon Press, 2001, p.88
9
Keith A. Mathison
 , op.cit.,
p.88
 
10l’essence de la Réforme : la doctrine de la justification par la foi seule à part des œuvres
10
. Plus illisait l’Écriture, plus la pratique (particulièrement les abus) des indulgences le révoltait. Nonseulement promettait-on la libération du purgatoire, mais cela amenait les gens à vivre dans unlibertinage inconscient. Le 31 octobre 1517, Martin Luther pose 95 thèses, en Latin, pour quecelles-ci soient débattues. Le but de Luther n’était pas de créer un schisme car, au contraire,Luther était convaincu qu’une fois que le pape saurait rectifier les choses une fois qu’il serait misau courant. À cette époque, Luther, est encore bien plus catholique que protestant, désire mettreau jour quelques pratiques de l’Église – notamment la vente d’indulgence – pour harmoniser les pratiques de l’Église avec l’Écriture sainte
11
. Essentiellement, Luther avançait trois points : 1) Ilne voulait pas que l’argent allemand construise la basilique de Rome; 2) Il objecta que le papen’avait aucun pouvoir sur le purgatoire ou qu’il existe quelque chose appelé un trésor de mérites.3) Il enseignait que les indulgences, empêchait de donner aux pauvres et donnait aux gens unfaux sens de sécurité et une permission de pécher 
12
. Les thèses de Luther furent rapidementtraduites en allemand et distribuées un peu partout. La situation devient problématique et politique. Luther fut plus que surpris de la réaction papale. On invitera Luther à se rétracter, particulièrement à la Diète de Worms. Voici la fameuse réponse de Luther :« Puisque votre illustre majesté et vos altesses exigent de moi une réponse catégorique, je la leur donnerai sans ambiguïté et sans détour. A moins que je ne sois convaincu par le témoignage des Écritures ou par des raisons évidentes, car je ne puis me soumettreaux décisions seules du pape et des conciles, lorsqu'il est constant qu'ils ont souventerré et qu'ils se sont même contredits, je demeure ferme dans ma foi, qui repose sur les paroles mêmes de Dieu. Je ne peux donc ni ne veux me rétracter, car il n'est ni sûr nihonnête d'agir contre sa conscience. » Après cette déclaration, il ajouta : « Me voici, jene peux pas agir autrement; que Dieu me soit en aide. »
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Dans ce contexte, Luther oppose l’Écriture aux conciles et aux papes comme
autorité finale
. Ilest à noter que Luther ne relègue pas le rôle des conciles et des papes au néant, mais qu’il lessubordonne à l’Écriture Sainte, ce qui d’autre part a été la pratique de l’Église des premiers jours jusqu’au Moyen-âge : « In fact, the position the magisterial Reformers maintained was
10
Keith A. Mathison
 , op.cit.,
p.89
11
Keith A. Mathison
 , op.cit.,
 p.85
12
Keith A. Mathison
 , op.cit.,
 p.92
13
Martin Luther, [http://fr.wikisource.org/wiki/Luther_%C3%A0_la_di%C3%A8te_de_Worms],(consulté le 16décembre 2009)
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