Dominique Barthélémy, professeur à la Sorbonne, adhère quant à lui à une vision à mi-chemin entreces deux positions
3
. Il allègue que la « Trêve de Dieu », interdiction faite aux guerriers de combattre pendant les fêtes liturgiques et les fins de semaines, était peu respectée. Il rappelle que la bataille deBouvines s¶est déroulé un dimanche (27 juillet 1214). Vu d¶une certaine façon, l¶Église auraitchristianisé la guerre car elle n¶a pas réussi à imposer la paix. L¶efficacité de l¶Église n¶est pascomplètement nulle, mais elle demeure limitée. Barthélémy explique qu¶une institution ne peutaccomplir que ce que la société lui laisse faire. Dans le contexte de l¶époque, le clergé réussissait mieuxquand son action correspondait à une demande sociale et il optait pour une retraite stratégique lorsqu¶ilse heurterait à une forte résistance. Malgré les tentatives de pacification, la société médiévale demeureimprégnée de la morale de l¶honneur et de la vengeance nobiliaire.Quoi qu¶il en soit, c¶est l¶Église qui, dans le désordre post-carolingien, a mis en place les premières balises ayant pour but de limiter la violence. Ensuite, la monarchie capétienne a repris le flambeau en prenant peu à peu le contrôle de la situation, ceci entraînant une modification des murs.La situation et d¶insécurité endémique engendrée par les guerres privées des petits seigneurs féodauxétait « vécue comme un cauchemar par l¶Église
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». Les chroniques de l¶époque « sont la plupart dutemps rédigées par des clercs. Les appréciations, les jugements qu¶ils contiennent reflètent en généralles sentiments des faibles, de ceux qui vivent sous la menace continuelle de la caste des guerriers
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. » Non seulement est-elle sensible aux souffrances des humbles dont elle croit être le guide, mais les lieuxde culte sont fréquemment profanées et les clercs molestés ou assassinés. L¶Église ressent aussi le besoin de se protéger. Elle va donc prendre plusieurs mesures pour structurer la chevalerie et unifier lanoblesse autour d¶un idéal de justice et de paix.
La Paix de Dieu
Le clergé entreprit d¶abord d¶imposer des limitations à la violence en convoquant des grandesassemblées où les seigneurs s¶engageaient par serment et sous l¶égide d¶un saint à modérer leursardeurs. Ces assemblées prendront le nom de « Paix de Dieu ». La première Paix de Dieu est décrétéeau concile de Charroux en 989, deux ans après que Hugues Capet ait été sacré roi de France. Elle jettel¶anathème sur ceux qui, dans la guerre, s¶attaquent aux gens sans défense. Suite au concile deCharroux, des assemblées similaires se tiennent à Narbonne et au Puy«
3
Dominique BARTHÉLÉMY, « Le grand rêve de la paix »,
L¶Histoire
, no 283, janvier 2004, p. 78.
4
Pierre GRUMBERG, « La chevalerie entre rêve et réalité »,
Cahiers Science & Vie
, no 117, juin-juillet 2010, p. 77.
5
Norbert ELIAS,
op. cit.
, p. 325.
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