Lelivre
LaMondialisation,émergencesetfragmentationsPierre-NoëlGiraud
Scienceshumaineséditions,158pages,10 euros
L’éclairage
Lesgouvernementsréagissentàlarécessionpardesmesuresprotectionnistesetdeseffortsbudgétairesdispersésetinsuffisants
Sauverd’abordlademande
Lesacteursdel’économiePierreBezbakh
L
a mondialisation heureuseest-elle derrière nous ?Auteurde
L’Inégalitédumon-de
(Gallimard, 1996), Pierre-Noël Giraud, professeur à l’Ecoledes mines de Paris, dresse ici unbilan de la globalisation. Vivons-nous la fin d’un cycle ? Sommes-nousentraindechangerdecapita-lisme ? Aujourd’hui, constatel’auteur, le réformisme se portebien,toutlemondeestkeynésien,la critique du capitalisme rede-vient tendance. Ce qui lui inspireleparadoxesuivant:
«Leréformis-meapparaîtcommel’horizonindé- passabledenotreépoque.Enconsé-quence,ilrisqued’êtrefortdifficilederéformer.»
Enneufchapitres,surlerôledel’Etat,lesinégalités,lafinanceglo-bale,l’Asie,l’Afrique,ledéveloppe-ment durable…, cet essai clair,pédagogique, nous emmèneautour de la planète, avec deuxidéesdirectrices.Premièrement,
«lamondialisa-tion
[qui]
favorise des émergencesetparconséquentcertainesconver- gences,provoqueaussidenouvelles fragmentations»
. Elle redistribuelescartes,résorbecertainesinégali-tés, mais elle en fabrique d’autres,qu’elle répartit autrement. Laconstitution de firmes globalesconduit à la
«généralisation de lacompétition»
danstouslesdomai-nes, comme le montre l’exemplerécent, au Royaume-Uni, de larévolte des employés de Totalcontre l’embauche de travailleursitaliensetportugais.Lamondialisa-tionn’unifiepasseulementlemon-de;ellelemorcelleaussi.Deuxième constat, plus origi-nal et plus optimiste, ou moinspessimiste,commeonvoudra:lesEtats-Nations n’ont pas disparu.Ils sont loin d’avoir perdu leurspouvoirsderégulation.Lagouver-nance mondiale a de beaux joursdevant elle, si elle est portée parunevolontépolitique.Pierre-NoëlGiraud définit ainsi cinq grandschantiers de coopération multila-térale:lecommerceinternational,lafinancemondiale,lespolitiquesmonétaires et macro-économi-ques,lesmigrations,etenfinlapro-duction de biens publics mon-diaux (l’environnement en faitpartie). Sur ces sujets, montre-t-il,ilyadugrainàmoudre.
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PhilippeArnaud
EconomieExpertises
Lepérilleuxretourdel’Etat
L
’ambiance qui régnaitau Forum économiquede Davos (Suisse) étaitd’une morosité frisantle désespoir. Morositéjustifiée, comme leprouvent les dernières
Perspecti-ves économiques
du Fonds moné-taire international (FMI). On s’at-tenddésormaisàcequelacroissan-ceéconomiquemondialesoitàpei-nede0,5%en2009,letauxleplusfaible depuis la seconde guerremondiale.La production despaysà hauts revenus devrait chuter de2%, cequi témoigneraitde lapre-mière contraction annuelledepuis 1945. Les consommateursrenoncent à acquérir des voituresneuves ou d’autres biens deconsommation ; la productionindustrielleet les exportations debienssontenchutelibre.Vu la rapidité avec laquelle cesprévisionsontétéréviséesàlabais-se,leschiffresdéfinitifsdevraientêtrepiresencore.Laspiraledescen-dantemondialealimentéeparl’in-certitude, la méfiance et la baissedesdépensesetdesprêtspourraitsepoursuivre.Certes,desmesurespolitiquespeuventinverserlaten-dance,maisellesdoiventêtreradi-cales. Cela est particulièrementvraien ce qui concerne l’adminis-tration Obama, dont tant de cho-sesdépendent.Elleauneoccasionenord’inverserlaspirale.Siellenela saisit pas, elle deviendra elle-mêmeunepartieduproblème.Or,jusqu’à présent, les signes sontloind’êtreencourageants.Ilyapourtant,aussi,debonnesnouvelles.Lesécartsentrelestauxd’intérêt officiels attendus et lestaux des prêts interbancaires ontfortement diminué ; ceux entrelesbonsduTrésoraméricainetlesactifsrisquésontaussitendanceàseréduire,mêmes’ilsrestentàdesniveaux très élevés. La baisse desprixdupétroleentraîneunbascu-lement énorme de revenu despays excédentaires vers les paysdéficitaires.Ilfautmalheureusementsegar-der de tout optimisme excessif.
«Ladégradationdesconditionsducrédit,
peut-onliredansladernièremiseàjourdu
Rapportsurlastabi-lité financière mondiale
du FMI,
nous a conduits à relever l’estima-tiondeladétérioration potentielledesactifsdecréditd’origineaméri-cainedu montant de 1,4 trillion dedollars
[1 100 milliards d’euros]
indiquédansnotrerapportd’octo-bre 2008 à 2,2 trillions de dollarsaujourd’hui. »
Et à mesure que larécession s’aggrave, les pertes sepropagentàdenombreusesautreséconomiesetcatégoriesd’actifs.Lacroissanceducréditprivéestendiminutiondanslaplupartdeséconomies. L’afflux de fonds pri-vés en direction des pays émer-gents se tarit fortement : d’aprèsl’InstituteforInternationalFinan-ce basé à Washington, on estimeque les apports privés nets neserontquede165milliardsdedol-larsen2009,alorsqu’ilsreprésen-taient 466 milliards de dollars en2008.L’Europecentraleetorienta-leseraparticulièrementtouchée.Les pressions protectionnistess’accentuent dans le domainefinancier, mais aussi commercial.Ainsi,lepremierministrebritanni-que, Gordon Brown, a endossé àDavos le costume d’hypocrite enchef en déplorant la montée duprotectionnisme financier queLondres n’hésite pourtant pas àpratiquer.Surleplancommercial,rienn’estplusinsenséquelesdis-positions
« Buy America »
figu-rantdansleplanderelanceaméri-cain.C’estunvéritableappelàdesmesures de rétorsion. Pour unpays qui doit surmonter sa réces-sionenexportant,c’estégalementde la folie pure. Et pour un paysquiafaitd’uneéconomiemondia-leouvertelaclédevoûtedesapoli-tiqueétrangèredepuisdeuxgéné-rations,c’estduvandalismepuretsimple. Est-ce là le changementauquelnousdevonscroire?Cedontnousavonsbesoin,c’estd’une action résolue et mondiale-ment coordonnée. L’impulsiondoit venir des Etats-Unis, quidemeurent l’hyperpuissance ; cesonteuxquiontpromulesystèmeéconomique dans lequel nousvivonsaujourd’hui ; et la crise estlargement due aux erreurs queleursdirigeantsetgrandsétablisse-ments privés ont commis, mêmes’ilsyontétéaidésparcellesfaitesailleurs.Danscesconditions,quelssontles principes qui devraient êtreobservés ? Je suggère les axes sui-vants.Tout d’abord, tout faire pourinverser l’effondrement actuel dela demande plutôt que de s’atta-cheràréformerl’architectureéco-nomiquemondiale.En deuxième lieu, y consacrerdes moyens écrasants. Le tempsest venu de lancer une opération«chocetstupeur »dansledomai-neéconomique.Troisièmement,assurerlacrédi-bilité d’une normalisation futuredes politiques budgétaires etmonétaires.Quatrièmement,agirdemaniè-re concertée. Les Etats-Unis nepourrontrésoudreseulstousleursproblèmes.Cinquièmement, éviter le pro-tectionnisme.Enfin, renforcer les capacitésdesinstitutionsmondialesàaiderlesplusfaibles.Où en sommes-nous par rap-portàcesexigences?Malheureusementcequisepré-pare aux Etats-Unis est profondé-mentdécourageant.Aulieud’unerelance budgétaire massive, cequ’on nous annonce est trop res-treint,entachédegaspillageetmalciblé. Au lieu des mesures décisi-vesquipermettraientderecapita-liserlesbanques– cequiimplique-raituncontrôlepublictemporairesurcellesquisontinsolvables–lesEtats-Unis semblent vouloirrenoueraveclapolitiqueimmora-leetinefficaceconsistantàvoleràla rescousse des établissementsqui détiennent des « actifs toxi-ques».Etaulieud’agircommeunleader mondial, les Etats-Unis setournentversleprotectionnisme.Cechemin mènetout droit à lacatastrophe.Je n’attends guère desolution du reste du monde : laBanque centrale européenne lais-se la zone euro s’enfoncer dansune grave récession ; le Japon estlittéralement en train de se liqué-fier; laChine acertesannoncé unvaste plan de relance, mais il nes’accompagned’aucunedesréfor-mes structurelles dont elle abesoin ; quant à la plupart desautrespaysémergents,ilsnepeu-vent que tenter de rester à flotdanslatempêteencours.Lesréser-ves de devises étrangères qu’ilsont amassées depuis le début desannées 2000 les y aideront. Maisles ressources disponibles par lebiais du FMI, même si elles sontdoublées comme on l’espère, nesuffiront pas à redonner à la plu-partdeséconomiesémergenteslaconfiance dont elles ont besoinpourprendrelerisquedemainte-nirleniveaudeleursdépenses.Noussommesàunmomenthis-torique et décisif. Si nous émer-geonsdecettecrisesansuneffon-drement général, nous aurons letemps et l’occasion d’édifier unordre mondial plus juste et plusstable. Si nous ratons cette occa-sion,ellepourrait nepas serepré-senteravantplusieursdécennies.Laprioritéestd’inverserlaspira-le infernale du désespoir grâce àdes actions massives et concer-tées.CelaneserapossiblequesilesEtats-Unisassumentleleadershipdontlemondeabesoin.M.Obamapourraitmêmes’apercevoir,com-me l’ont fait de nombreux prési-dentsavantlui,quemenerlemon-deestplusfacileetplusgratifiantque caresser dans le sens du poilun Congrès récalcitrant. Ce n’estpeut-être pas le défi qu’il s’atten-dait à devoir relever. Mais c’estcelui auquel il est aujourd’huiconfronté.L’histoirejugerasapré-sidence à l’aune de l’audace qu’ilauramontréeàlesurmonter.
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CettechroniquedeMartinWolf,
éditorialiste économique,estpubliée en partenariat exclusifavec le « Financial Times ». © FT.Traduitde l’anglaispar Gilles Berton
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ThomasEdison,premierindustrieldel’audiovisuel
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Le43
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salonduMidem,lemarchéinternationaldelamusique,s’esttenudu18au21jan-vieràCannes(Alpes-Maritimes),villequiaccueilleaussi,chaqueannée,lefestivalducinéma.Cesindustriesdusonetdel’imagedoiventleurexistenceàl’inven-teurdegéniequefutThomasAlvaEdison(1847-1931).IlnaquitauxEtats-Unis,dansl’Ohio,oùsonpère,quiavaitdûquitterleCanadaaprèsunerévol-tecontrelesAnglais,s’occupaitducommerceduboisetdugraintransportéssurlecanalreliantlelacEriéaufleuveOhio.Ruinéparl’arrivéeduchemindefer,ilallas’installeravecsafamilleàPortHuron,surlaligneferroviai-rereliantQuébecàChicago.Obligédegagnersavie,lejeuneThomas,âgédequator-zeans,eutalorsl’idéedevendredesjournauxauxvoyageursenquêtededistraction,puisd’éditersonproprejournal(
TheGrandTrunkHerald
),pourlesinformerdel’évolutiondelaguerredeSéces-siongrâceauxnouvellesfourniesparletélégrapheélectrique.Ilenappritlemaniement,tenta,sanssuccès,defondersaproprecompa-gnietélégraphiqueetdutserési-gneràtravaillerpourlecomptedelaGreatWesternUnionTelegraphCompany,puisdansunegaredechemindeferauCanada.Ilinventaalorsunappareilélec-triquetransmettantautomatique-mentunsignalconvenuauxautresgares,cequiluipermettaitdedormirpendantlanuit!Maislasupercheriefutdécouverteetilfutrenvoyé.IlretrouvaunemploidetélégraphisteàBoston,inventauncompteurélectriquedevotesqu’ilproposaauParlementdeWashington,maisquifutrefusé,puisunsystèmepermettantd’uti-liserunseulcâblepourenvoyerdesmessagestélégraphiquesdanslesdeuxsens,adoptéparlaPacificTelegraphCompany.Sasituationfinancièreévoluafavorablementaprèsqu’ileutréparél’appareilpermettantàlaBoursedeNewYorkdetransmet-trel’évolutionducoursdesactions:ilfutembauchéparlacompagnieetputcréeruneentre-prisedematérielélectrique,laPope,EdisonandCo.IlfutalorsappeléenAngleterrepourinstal-leruntélégrapheentreLondresetLiverpool,etinventale«quadru-plexe»permettantd’envoyerqua-tremessagesàlafois.Ilallaensui-tehabiterprèsdeNewYork,àMenlopark,oùilconstruisitunvastelaboratoireetdesmaisonspoursafamilleetsasoixantained’employés.C’estlàqu’ilconçutsesinventionslespluscélèbres.
Plusde1 000brevets
En1876,ilperfectionnaletélé-phonedeGrahamBellenséparantl’émetteurdurécepteureteninventantlemicrophone.En1877,ilachevalaréalisationdupremiervéritablephonographepouvantenregistreretréécouterlesongrâ-ceàuneaiguilleetuncornetacous-tique.En1879,ilmitaupointlalampeàincandescencesousvide,permettantl’éclairageélectriquedomestiquecequiluivalutlareconnaissanceinternationalelorsdel’expositiondeParisde1881.IlcréaalorslaEdisonElectricLightCompany,devenuelaGene-ralElectricen1892.L’undesesingénieurs,WilliamHammer,découvritl’effetdel’émissiond’électronssurunfilamentchaud,quipermitlaconstructiondesappareilsderadiophonie.En1888,aprèsavoirprisconnaissancedesrecherchessurlareproductiondumouvementeffectuéesparlephotographeEad-weardMuybridge,ilinventale«kinétographe»etle«kinétosco-pe»(parallèlementauxfrèresLumièresenFrance),enregistrantetdiffusantdecourtsfilms.Illesprojetaàpartirde1893dansdes
«KinetoscopeParlors»,
ancêtresdessallesdecinéma,commerciali-saunecaméraen1903,etparvint,en1913,àsynchroniserlesonetl’image,avecson«kinétophone».Durantlapremièreguerremondiale,ildéveloppal’industriechimiqueetproposaàl’arméeaméricainedemultiplesappa-reilspouréquiperlessous-marins.Ilauraitdéposéautotalplusdemillebrevetsetdisposaitàsamortd’unempireindustrielemployant35000personnes,quicontribuaàfaireentrerlemondedansl’èredel’audiovisuel.
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PierreBezbakh
est maîtredeconférences à Paris-Dauphine
Réformisme
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Suite de la chronique deNicolasBaverez
Pouraumoinssixraisons.1/L’Etatacontribuéàcertainsdesdéséquilibresquiontproduitlacrisepardespolitiquesmoné-taireslaxistes,desréglementa-tionsmalconçuesoulefinance-mentdelaconsommationparladettepubliquecommeenFrance.2/Soninterventionmassivedanslagestiondusecteurproduc-tifcréeuneéconomiemixte,lour-dedeconflitsd’intérêtsetpeuper-formantecommeproductricedeservices,notammentenFranceoùlaqualitédel’éducation,delasanté,destransportspublics,delajusticeévoluedemanièreinverse-mentproportionnelleauxmoyenshumainsetfinanciers.3/Lerenouveaudel’Etats’ins-critpourl’heuredansunelogiquedéfensivequiéclipselesfonctionsderégulationetd’anticipation,alorsqu’ilfaudrait,enpriorité,investir,accélérerlesrestructura-tionsd’entreprise,formerlapopu-lationàl’économiedelaconnais-sance,encouragerlatransitionversdesmodesdeproductionres-pectueuxdel’environnement.4/Lamontéeduprotectionnis-meetlesdévaluationscompétiti-vesvonttransformerlarécessionendéflationdufaitdel’effondre-mentdeséchangesetdespaie-mentsmondiaux.5/L’Etatnationalamontrésoninaptitudeàmaîtriserlesrisquesducapitalismemondialisé,dontlasupervisionpasseparl’émer-gencedeprincipescommunsetlacoordinationétroitederégula-teurscontinentaux.6/Latransformationdesban-quescentralesenmégastructuresdedéfaisanceetladérivedesdet-tespubliquesdespaysdévelop-pés,quiatteindrontde80%à100%duproduitintérieurbrutensortiedecrise,créentunenou-vellebulleplusdévastatriceenco-requecelleducrédit.Larepriseenmaindel’écono-mieparl’Etatn’estpasmoinsdan-gereusequelemythedel’autoré-gulationdesmarchés.L’Etatetlemarchénesontpassubstituables,maiscomplémentairesetdoiventtousdeuxseréformer.
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NicolasBaverez
est économisteethistorien
ParMartinWolf
LaBanquecentraleeuropéennelaisselazoneeuros’enfoncerdansunegraverécession
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Mardi 10 février 2009
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