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Récits d'enfance et de jeunesse dans l'œuvre de Charles Maurras, ent...http://www.cairn.info/article_p.php?ID_REVUE=GEN&ID_NU...1 sur 2417/12/06 19:31
Genèses
2002- 2 (n
o
47)| ISSN | ISSN numérique : en cours| ISBN : | page 62 à 83
Distribution électronique Cairn pour les éditions Belin. © Belin. Tous droitsréservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit del’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement outotalement le présent article, de le stocker dans une banque de données oude le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manièreque ce soit.
Récits d’enfance et de jeunesse dans l’œuvre deCharles Maurras, entre stigmatisation etrevendication
Bruno Goyet
 RESUME — Comment utiliser les souvenirs d’enfance et de jeunesse des grandshommes sans les reprendre tels quels ni en les appauvrissant ? Par un effort constant pour les ramener non à leur place événementielle, mais à leur inscriptiondiscursive. Si Charles Maurras n’a jamais écrit d’autobiographie, il en a dispersé leséléments au fil de son œuvre. Cette dispersion autobiographique est commandée par la nécessité de maîtriser l’information sur soi face aux processus destigmatisation qui lui sont imposés dans les champs littéraire, religieux et politiquequ’il a traversés. C’est la combinaison de ces souvenirs et de leurs contextesdiscursifs qui leur donne leur sens biographique.Comment utiliser les souvenirs d’enfance et de jeunesse des grands hommes sansles reprendre tels quels ni en les appauvrissant ? Par un effort constant pour lesramener non à leur place événementielle, mais à leur inscription discursive. Si Charles Maurras n’a jamais écrit d’autobiographie, il en a dispersé les éléments au fil de son œuvre. Cette dispersion autobiographique est commandée par lanécessité de maîtriser l’information sur soi face aux processus de stigmatisationqui lui sont imposés dans les champs littéraire, religieux et politique qu’il atraversés. C’est la combinaison de ces souvenirs et de leurs contextes discursifs qui leur donne leur sens biographique. ABSTRACT — How can the memories of children and youth of famous men beused without reproducing them as is or impoverishing them? Through a constant effort to reinsert them, not as events but in a discursive context. Although Charles Maurras never wrote an autobiography, there are autobiographical elementsscattered throughout his work. This scattering of autobiographical references wasthe result of the need to control the information about himself in the face of thestigmatising processes imposed upon him in the fields of literature, religion and  politics which he gone through. It is the combination of the memories and theirdiscursive context that gives them their biographical meaning. How can the memories of children and youth of famous men be used without reproducing them as is or impoverishing them? Through a constant effort toreinsert them, not as events but in a discursive context. Although Charles Maurrasnever wrote an autobiography, there are autobiographical elements scattered throughout his work. This scattering of autobiographical references was the result 
 
Récits d'enfance et de jeunesse dans l'œuvre de Charles Maurras, ent...http://www.cairn.info/article_p.php?ID_REVUE=GEN&ID_NU...2 sur 2417/12/06 19:31
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of the need to control the information about himself in the face of the stigmatising processes imposed upon him in the fields of literature, religion and politics whichhe gone through. It is the combination of the memories and their discursive context that gives them their biographical meaning.
De l’usage délicat des apologues de jeunesse dans la viedes hommes illustres
uatre nuits révélèrent au jeune Charles Maurras ses destinées. La veillée de Noël 1873, petit garçon raisonneur (il a alors cinq ans)qui réclame explication de tout ce qu’il ne comprend pas dans sareligion, il fait un rêve, dans lequel le curé de sa paroisse « officie pour[lui] seul, afin de [lui] apprendre à tenir, à garnir et à balancer un belencensoir de vermeil, dont les chaînettes, entrechoquées, élèvent le sonclair et pur entendu à la messe [1] ». Une nuit de l’été 1876, il est pris de vertige à la contemplation de la voûte étoilée ; il échappe à son trouble parla double vertu de sa connaissance des astres, qui lui permet de nommeret dénombrer les constellations, et des pratiques magiques de la servantede la famille, qui lui confectionne un gris-gris pour le ramener au calme.En 1885, année de son bac, lors d’une retraite chez les jésuites, une autrenuit de contemplation de la nature, de son ordre et de ses beautés luipermet de dépasser une nuit intérieure autrement terrible, que sa surditélui a imposée depuis l’âge de quatorze ans :
« La fureur subversive pouvait déchaîner son système dans les imaginations mal lunées : jesavais et voyais qu’il n’y avait ni commune mesure, ni même aucun rapport réglé, entre lefantasme libérateur et les fermes substances hors desquelles s’enfuit même la pensée du bonheur [2]. »
Enfin, cette même année, au soir d’une journée de plage sur les bords del’étang de Berre avec frère et ami, une tempête d’une rare violence menacede faire sombrer leur barque et de les noyer ; ils ne doivent leur salut qu’àson sang-froid qui en impose à son compagnon, fils de marin pourtant.Malgré de sombres pensées, nourries depuis son récent échec au bac dephilosophie, le jeune Maurras « travaillai[t] à survivre » :
« je dévouais à nous défendre tout ce qu’il fallait pour tenir, pour durer et persévérer. C’étaitfort peu, sans doute, car il y avait peu à faire, mais enfin le poing adhérait à la rame […] Nousn’avions mérité qu’un éloge : nous n’avions pas quitté le bateau et nous le ramenions sans avoirperdu un agrès [3] ».
 
Récits d'enfance et de jeunesse dans l'œuvre de Charles Maurras, ent...http://www.cairn.info/article_p.php?ID_REVUE=GEN&ID_NU...3 sur 2417/12/06 19:31
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Ces
Quatre nuits de Provence
sont une admirable mise en scène dessuccessives révélations qui auraient amené par étapes le jeune Maurras àla plénitude du sens de sa vie. Elles sont ses « leçons de ténèbres ». Onparlera de reconstruction a posteriori, on évoquera le modèlehagiographique classique, dont toute l’économie est fondée sur le passagede la vie cachée à la vie publique à travers épreuves et dévoilement des finsdernières [4]. Cette logique hagiographique est forte et il est bien difficiled’y échapper lorsque l’on reprend son matériau. Mais s’interdira-t-on pourautant de recourir à ce type de récits afin de raconter la jeunesse etl’adolescence de l’homme dont on veut écrire la biographie ? On pourraalors tourner la difficulté, en se servant de ces anecdotes pour inscrire lespremières années de Ch. Maurras dans leur milieu originel : une petite bourgeoisie provençale et portuaire, fortement cléricale mais proche descroyances populaires à moitié païennes, tout un monde d’érudition scolaireet de rhétorique classique qui en tire ses charges publiques. Martigues està mi-chemin du « Midi rouge » de la côte et de la « Vendée provençale »autour de Maillane, patrie de Frédéric Mistral. Reconstruisant ce monde,on opère une réduction paradigmatique d’événements singuliers, on n’enretient que leur aspect représentatif : ainsi, l’échec de Ch. Maurras au baccalauréat de philosophie, pour cause de thomisme débridé, se réduit àun simple épisode de la lutte scolaire de la philosophie républicaineofficielle contre la pensée ecclésiastique, dont il devient un des hérosanonymes [5]. Et les expériences mystiques au fondement même de sonévolution spirituelle et intellectuelle, expériences souvent liées à descérémonies et des retraites religieuses, ressortissent à la spiritualitéhabituelle de la bourgeoisie catholique provinciale et sont des passages
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