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Quelles
chancespourlaFranc
!
Libre Journal 
n
o
244 du 7 septembre 2001 – p. 15
Je les aime bien, finalement, ces gens qu’un politicien oublié appelaun jour « des chances pour la France ». Au fond, ils mettent un peude piment dans notre existence. Ils nous rendent service et sans eux la vie serait moins animée. Ainsi quand vous vous promenez dans unquartier désert. Si vous marchez seul, le trajet risque de vous semblerlong et monotone. Mais si vous êtes contraint de regarder sans relâchedevant vous, derrière et sur les côtés pour vous assurer que personnene vous suit ou ne vous menace, vous ne vous apercevez pas du cheminparcouru. Pas le temps de s’ennuyer!Le travail au journal est parfois répétitif et lassant.Mais qu’un visiteur s’introduise de nuit dans les locaux et, pendantdes semaines, en plus du labeur quotidien il faudra nettoyer, trier,ranger...Pas le temps de s’ennuyer! Après cela, les bureaux sont impeccables et on a de nouvellesrelations : les policiers, le vitrier, le serrurier...Dans une petite boutique proche, on entre, on achète, on s’en va. Pasletempsdelierconversation.Maissi,letempsd’essayerunpull,onposesa veste et que, l’instant d’après, celle-ci s’est envolée avec la cliente quise trouvait à côté de vous, tout change.Peut-être l’aura-t-on emportée par erreur? Et pendant quinze jours ilfaut revenir interroger la boutiquière. On finit par lier connaissance et,quand on a la certitude que l’étourdie n’était pas si folle, ce sont encoredes heures de distraction qui se profilent à l’horizon.Pas le temps de s’ennuyer!
 
La veste, il faudra la racheter. Mettre pendant des mois de petitesmensualités de côté. Et le jour où l’on inaugure une nouvelle veste,quel petit moment de bonheur simple! Certes, dorénavant, la jolie vesterestera à la maison. Pour sortir, on mettra la vieille mais, d’un autre côté,la nouvelle durera plus longtemps.Et chez le bijoutier du coin : jusqu’à présent, les visites étaient rares;une ou deux réparations de temps en temps. L’autre jour, à peine sortiede la boutique, une bousculade et
pffffuit 
! envolés les bijoux remis àneuf. Là encore, on a fait connaissance.Et quel sujet de conversation! Et que de distractions!Pas le temps de s’ennuyer! Aller au commissariat : « On ne sait jamais, dit le policier bonenfant, vous savez, les gens sont moins malhonnêtes qu’on ne le croit.Peut-être que vous avez simplement perdu votre pochette dans la rue.Essayez les objets trouvés. » Obtempérer. Traverser Paris. Découvrir laruedesMorillons.Retrouverl’ambiancepittoresquedesadministrationsde jadis, cette odeur inimitable de vieux bois et de crasse antique.La paperasse à remplir, le crayon sans mine, le bloc stylo avec sa chainesans stylo. La fonctionnaire qui « n’est pas là pour prêter un stylo ».L’autre employée qui annonce fièrement que « maintenant qu’on estinformatisé,c’estpluslong.Faudrarevenirdanstroissemainesquandonaura saisi les objets». Revenir après vingt jours d’attente pour apprendre(surprise!) qu’il n’y a rien : «Pensez! Des bijoux! À l’époque qu’on vit!Maismapauvdame,yavaitpasderisquequ’onvouslesrende!Lesgenssont si malhonnêtes!»Et le simple fait de retirer de l’argent à un distributeur...Naguère une corvée banale. Aujourd’hui, toute une aventure. J’insèrela carte, je compose le code. Je sens une tête se pencher par-dessusmon épaule. J’entends un baragouin incompréhensible. Je tente decomprendre et je comprends très vite que ce type veut détourner monattention pour piquer ma carte. Mais, trop tard, j’ai composé le code.Je repousse l’encombrant gêneur.Je vois sa main se diriger vers la fente qui recrache ma carte. Jevois celle-ci disparaître dans la paume du prestidigitateur. D’un gestebrusque de la main droite je la lui arrache. Il n’en revient pas d’êtretombésurmoinsidiotquelui.Ilguigneletiroird’lesbilletsvontsortir.2
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