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Florence Cassez :à qui profite le cas ?
Dominique de Courcelles2011
Cet article est paru sur le site Mediapart 
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le 17 février 2011, sous le titre
«L’Affaire Cassez»vue de México
.
La philosophe Dominique de Courcelles, membre de l’Académie hispano-américaine des sciences, des arts et des lettres du Mexique, remonte le filde « l’affaire Cassez » depuis l’arrestation de la jeune femme, le 8 décembre2005.Elle éclaire ainsi les dommages de la société du spectacle sur l’exercice dela justice.
Au cours de l’année 2010, les citoyens français, toutes tendances politiquesconfondues, se sont trouvés gravement troublés par l’affaire Bettencourt-Woerth,si rapidement étouffée par de fausses neutralités. Ils ont découvert avec effarementl’ampleur des conflits d’intérêts et des trafics d’influences, des profits éhontés :ils doutent désormais de la justice et du droit. Depuis le 14 janvier 2011 etla révolution du jasmin en Tunisie, suivie par les violents bouleversements del’Égypte, ils sont plus que jamais en proie à la perplexité et à l’inquiétude. Lapresse française a largement relaté les silences de certains ministres, les parolesmalencontreuses d’autres, et d’une façon générale les ententes équivoques etvénales ainsi que les erreurs magistrales en politique étrangère. Dans ce contextede perte des repères et des valeurs les plus fondamentales de l’éthique et de la viepolitique, économique et sociale, ce que l’on peut dénommer « l’affaire Cassez »semble survenir à point nommé.
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On observe d’abord un curieux dispositif iconographique, bien rodé depuisl’interview en direct de la prisonnière au 20h de
TF1
, le 3 février 2010 (voir ici);ce qui tend à montrer à la fois l’attention attachée par l’Ambassade de France à laprisonnière et la bonne volonté des autorités mexicaines de la prison de Tepepan,où elle se trouve incarcérée. Ce dispositif est relayé en France par la presse, enparticulier féminine, surtout à partir de 2008.Ce qui est donné à voir en effet, de façon récurrente, c’est l’image d’un visagede femme, derrière des barreaux. Pourquoi derrière des barreaux, alors que l’onsait qu’elle reçoit les visiteurs et donc les photographes dans l’immense parloirdécrépit de la prison de Tepepan? Considérons plus particulièrement la suggestiveimage datée du 14 février 2011 pour
Le Monde.fr 
(voir ici) et que l’on retrouveun peu partout dans les presses nationale et mexicaine. Rappelant clairementles constructions de personnages dans la presse
people
ou au cinéma, FlorenceCassez a, derrière ces barreaux, un visage très subtilement et professionnellementmaquillé, avec des pommettes légèrement
blushées
, des cernes légèrement mar-quées; ses yeux clairs rehaussés de mascara noir et ses très longs cils noirs laissentà peine imaginer des larmes retenues, en raison du caractère lisse de l’ensemble;elle n’exprime d’ailleurs aucune émotion; le seul barreau horizontal qui figuresur l’image n’empêche pas de découvrir et valorise même la lèvre inférieure,enduite d’un brillant rosé, dont les contours sont soulignés d’un trait de crayonrose soutenu; les barreaux verticaux, judicieusement placés, ne cachent aucundes traits.On sait que l’extrême diffusion de la retouche dans la presse
people
est liée àl’importance que le personnage et son image revêtent pour imposer un messageprécis. Dans la ligne de l’analyse des mécanismes de narration visuelle, on peutdire que l’image souscrit ici au goût prononcé des photographes soucieux devendre de l’émotion et du glamour. Mais cette confusion visuelle a d’évidentesconséquences sur la lecture. La femme paraît fragile et courageuse, blessée etdans l’attente. Et l’on sait bien le rôle des images et leur positionnement dansla société qui les produit. Or ici, c’est dans le contexte de perte des repères etdes valeurs de l’éthique concernant le monde politique, dans le contexte d’abuscommisparlesplusfortssurlesplusfaibles,quesecouvreenFrancel’imagedeFlorence Cassez prisonnière. Cette image magnifiée par cette mise en scène et parson unicité est une véritable image écran, forte et opaque, qui heurte et retient lavue, en contrepoint du déferlement d’images que nous subissons quotidiennementet que nous oublions sans les avoir vues.2
 
Or, de qui s’agit-il? Qui est Florence Cassez? Plusieurs faits qui figurent dansle dossier de justice de Florence Cassez ne sont en général pas évoqués, toutsimplement parce que ses avocats défendent son « innocence » sur la base desirrégularités commises pendant son procès, et ces irrégularités sont nombreuses.De ce dossier le quotidien mexicain
Reforma
, qui est l’équivalent du journal
 Le Monde
au Mexique, a donné les principaux éléments depuis le 11 févrierdernier. Les voici : le 8 décembre 2005, alors que Vicente Fox est président de laRépublique mexicaine, Florence Cassez est arrêtée dans le
rancho Las Chinitas
,à Topilejo, dans la Délégation de Tlalpan de la ville de México, où elle vit depuisau moins trois mois comme compagne d’Israel Vallarta, chef de la bande
los Zodiaco
, spécialiste en enlèvements et séquestres de personnes; la police quil’arrête découvre dans le
rancho
trois personnes séquestrées, une femme et sonenfant de dix ans, séquestrés depuis 50 jours, et un homme, séquestré depuis65 jours, dont les noms sont connus et indiqués par le quotidien
Reforma
. Ils seseraient donc trouvés, au moins temporairement, en même temps que la Françaisedans le même lieu.Ce
rancho
est loin d’être immense, puisqu’il a 40m de façade sur uneprofondeur de 120m : il comporte deux maisons, une maison principale et unemaison qui est une maison de service
« cuarto de servicio »
avec une seule pièce.De la maison principale au
« cuarto de servicio »
il y a 65m de distance. Le
«cuarto de servicio»
est à 10m de la porte principale et, pour accéder à la maisonprincipaleouensortir,onpassecessairementdevant.Toutcelapermetdepenserqu’il a été difficile à Florence Cassez d’ignorer la présence des trois prisonnierslà où elle vivait. Travaillant dans un hôtel, Cassez gagne alors de 6 000 à 8 000pesos par mois. Or au moment de son arrestation, il existe une fiche de dépôt àson compte à la banque Banamex d’un montant de 50 000 pesos.Une fois arrêtée, Cassez ne cesse de clamer son « innocence ». Mais qu’est-ce que cette « innocence »? De quoi est-elle innocente? S’il est probable queCassez n’a pas elle-même directement procédé aux enlèvements des personnesséquestrées, il est également probable, en raison des témoignages donnés parles personnes séquestrées, y compris par l’enfant de dix ans, qu’elle a été lacomplice du recel de ces personnes et, en tout cas, peut-être coupable de nonassistance à personne en danger (même si cette qualification n’existe pas dansle droit mexicain). Selon ces témoignages, elle apportait de la nourriture auxséquestrés qui, n’ayant jamais vu son visage, ont cependant entendu sa voix etreconnu qu’elle avait un accent étranger; certains ont évoqué sa brutalité. Plustard, dans les confrontations, ils ont déclaré reconnaître sa voix, ses mains et sescheveux. Le mot « innocence » vient du latin
nocere
, nuire. L’innocent est celuiqui ne nuit pas; c’est un qualificatif positif et non passif. Cassez, étant libre de sesmouvements, aurait pu sans risque pour sa vie, en tant que Française, dénoncer les3
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