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le pauvre et le riche"
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. Tel est, à peu de choses près, le discours politiqueactuellement dominant.C'est celui qu'a tenu aussi, de manière plus ou moins explicite, la sociologieaméricaine, dans ses études de "stratification sociale". Conduites à partir decritères tels que le revenu, le prestige professionnel, le niveau d'instruction, lesentiment d'appartenance sociale, celles-ci présentent la société comme unegradation régulière de niveaux hiérarchiques (en nombre variable selon lesauteurs), sans lignes de fracture ni oppositions. Les critères sont frustes, selimitant à un aspect très partiel des choses, généralement secondaire (car lespoints principaux sont les plus malaisés à manier, théoriquement etstatistiquement). Et l'on ne s'avise guère qu'il ya de très fortes corrélations,que des phénomènes de conjonction et de cumuls conduisent à unesimplification des regroupements. On s'aperçoit bien, par exemple, qu'il y ades "pauvres", mais on ne sait pas pourquoi ils sont pauvres ni si cettecatégorie statistique (qui a servi de base aux politiques sociales) présente unequelconque homogénéité (faut-il mettre dans le même sac le clochard, letravailleur sous-payé, la mère célibataire etc.?). Est-ce un hasard si ceux quicontrôlent des ressources économiques, qui prennent des décisions de gestiondans le système productif, ont aussi des revenus élevés, une consommationculturelle plus importante? Est-ce un hasard si l'absence de richesse et depouvoir gestionnaire, ou simplement de compétence, destine à lasubordination, à de faibles revenus pour une dépense de travail usante etdégradante et un mode de vie où la culture tient peu de place?Des auteurs plus subtils et plus avisés voient bien que les classes désignentautre chose que des strates sociales, qu'elles représentent une structurationde la société, qu'il existe des compositions d'avantages et de désavantages.Mais si, pour eux, les classes ont bien existé dans les débuts de la sociétécapitaliste, quoique de manière moins nette que dans les sociétés antérieures,elles ne subsisteraient qu'à l'état vestigiel dans le capitalisme contemporain.Quels sont leurs arguments?Le capitalisme ou l'avènement de la société sans classesIls visent tous, sans le dire toujours explicitement, la conception marxiste,qu'il s'agit d'invalider.Une première ligne d'argumentation - la plus ancienne - consite à soutenirque, plutôt que de classe (économiquement) dominante, il faudrait parler de"classe dirigeante", voire de simples "groupes dirigeants", s'il est vrai que cettedernière n'est nullement unifiée. C'est ainsi que Burnham ou Mill ont fait,dans la lignée de Pareto, une théorie des élites au pouvoir, et que Aron ainsisté sur la diversité des catégories dirigeantes (hommmes politiques,gestionnaires du travail collectif, détenteurs du pouvoir spirituel, meneurs demasse). Et de multiplier les analyses historiques pour montrer que les patronsne gouvernent pas l'Etat, que les intellectuels ont un pouvoir spécifique, quedes leaders syndicalistes ou dirigeants de partis populaires accèdent à desfonctions politiques (comment ces derniers pourraient-ils donc faire partie dela "classe dominante"?) etc. Mieux : la démocratie politique empêcherait toute
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A. De Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Œuvres complètes, Gallimard, 1961, II, 2, p.166.
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