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et ouvrage est placé sous lesigne d’une sociologie cri-tique. En d’autres termes, l’au-teur y propose une approchedynamique des rapportssociaux. Celle-ci privilégie lesrapports de classe qu’elle défi-nit en tant que confrontationentrele capital et le travail. Ellesoulève par ailleurs une ques-tion centrale: celle d’une crisedu politique. L’auteur désignetrès explicitement commemanifestation de cette crise lebrouillage des repères declasse, et notamment ceux quiseraient susceptibles de contri-
Les mutations économiques et sociales qui ébranlent lasociété salariale depuis une trentaine d’années se sontnotamment traduites dans la façon d’appréhender lesniveaux de conflictualité. Les classes sociales, en tantqu’outil conceptuel et base de reconnaissance, pour penserla société et agir en son sein, sont devenues aux yeux debeaucoup problématiques. Paresseusement, c’est sansdiscussion que les sciences sociales ont dans un premiertemps abandonné le recours aux classes sociales pouranalyser les hiérarchisations et les rapports sociaux. Ons’est ensuite ravisé, l’avancée du libéralisme et les formesde résistance multiples amenant à parler de «retour desclasses sociales». Dans les champ politique et académique,l’articulation des multiples rapports de domination (classes,sexes, âges, races, sexualités,etc.) constitue un défi auxluttes et aux analyses. Elles poussent en tout cas àremettre sur le chantier l’usage que l’on fait des classessociales, comme en témoignent, dans des perspectivesdifférentes, deux récentes publications.
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OJKINE
L’adieu à la classemoyenne
Paris, La dispute, 2005,246p., 20
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Àproposdes classes sociales
buer à réunir subjectivement etobjectivement les salariés.L’auteur,armé d’une solide cul-ture sociologique et d’unelongue expérience de l’enquêtede terrain, revient dans unepremière partie sur plusieursaspects de cette crise. Il traiteainsi des mutations du salariat.Onyreve nombre de traitsqui concourent à l’éclatementde la classe ouvrière, ainsi qu’àcelui du groupe des cadres.L’auteur en marque bien lesconvergences sur ces deuxaxes que sont d’une part unedéconstruction des identités, et
 
ploitation qui constituent lesocle de conflits de classes, etles prémices d’une analyse declasse globale et rénovée.Dans une troisième partie, laplus prospective, Jean Lojkineinventorie les éléments quiseraient susceptibles d’aider àreconstruire une identité col-lective du salariat. Dans cetesprit, il pointe les insuffisancesde deux sortes d’approches.Les unes tiennent au fait dedéfinir de manière trop rigideun noyau constitutif d’uneclasse ouvrière, alors qued’autres, d’inspiration cultura-liste, en nient la permanence,pour privilégier une dispersiondes mouvements sociaux.Cette partie soulève notam-ment la question sensible de laréalité d’un clivage entreclasses populaires et classesmoyennes. L’auteur opte demanièrevolontariste pour ledépassement de ce clivage endessinant les contours d’unfront antilibéral.S’efforçant de tenir les deuxbouts de la chaîne d’une socio-logie des classes sociales (lesstructures et les identités), JeanLojkine revient en conclusiond’autre part les déclassements.Il s’attaque ensuite au conceptde classe moyenne définicomme un mythe. Dans cetesprit, l’analyse relativise laportée de plusieurs concepts,comme ceux de moyennisationde la société, ou de troisièmeforce, qui, selon l’auteur, tour-nent le dos aux fondements dela crise politique. Il s’interrogede manière polémique sur lesusages de plusieurs notionssociologiques – précarité,exclusion, ou capital culturel – qui tendent à reléguer deuxproblèmes essentiels: celui desclivages de classe et celui durapport entre les phénomènesd’exploitation et ceux de domi-nation.Dans une seconde partie, JeanLojkine dessine les contoursd’un nouveau salariat. Il situeméthodologiquement celui-cidans les cadres d’un paradigme –la révolution informationnelle –dont il est l’un des spécia-listes reconnus depuis plusd’une décennie. Il présente àce propos – et ceci constitueune originalité – différentsexemples de l’émergence denouveaux groupes sociauxdans des contextes sociétauxdifférents, celui d’un payscomme la France, et ceux denations-continents que sontl’Inde ou la Chine. L’auteurcherche ainsi à mieux couvrirles mouvements qui structurentles divisions sociales du travailàl’échelle de cette dynamiquequ’est la mondialisation capita-liste. À partir d’un vaste échan-tillon de groupes profession-nels et de segments d’activité – depuis les ouvriers-paysans jus-qu’aux informaticiens, en pas-sant par les travailleurs des
call-centers 
ou ceux de la santé –ilpropose sa lecture d’unarchipel de salariés. Ce dernier,par-delà une complexité de cli- vages et de hiérarchisations,laisse percer des procès d’ex-sur une approche critique desdébats historiques qui ontopposé la social-démocratie etle mouvement communiste. Lapremière incarnant, selon l’au-teur, le projet d’une classemoyenne toujours croissante etle second celui d’une mobilisa-tion globale du salariat. À cetteoccasion, il relativise aussi laportée actuelle des organisa-tions altermondialistes en tantque levier d’une mobilisationcontre le libéralisme.En définitive, on ne peut quesouhaiter une large diffusionde cet ouvrage qui vientrompre avec un courant d’ap-proches sociologiques souventtrop formelles, et qui ne sontpas à la mesure des défis queposent les partisans d’unemondialisation économiquedont l’une des valeurs essen-tielles est le profit. Car c’estbien au nom de cette valeurque se redéploient globale-ment nombre de formationssociales.
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Jean Lojkineinventorieles éléments quiseraient susceptiblesd’aider à reconstruireune identité collectivedu salariat .
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ue reste-t-il des classessociales?» Voici la ques-tion, étrange, que cette livraisonde la revue
Lien social et poli- tiques 
entend livrer au lecteur,sans qu’il soit réellement possibled’affirmer, au bout du compte,que les contributions en fournis-sent une réponse adéquate. Oudu moins, les réponses varienttellement de l’une à l’autredescontributions qu’avec un peu debonne volonté, chacun y trou- vera son compte. Qu’on nouspermette de nous expliquer surce constat sévère.D’emblée, nous voici misdevant un fait accompli: avant,il y avait des classes sociales;maintenant, toute la questionest de savoir ce qu’il en reste.Sans faire guère preuve derecul critique quant à la ques-tion de l’appel à contributionsoriginel (car la question fermetout de même le champ despossibles), certains auteursenfourchent leurs argumentslonguement affûtés (Pinçon etPinçon-Charlot, Chauvel, Gau-lejac), sans greapporterd’éléments différents à d’autresproductions antérieures.Si ce voyage en terrain connupeut apparaître décevant pourle lecteur, au moins a-t-il pourlui le bénéfice de la cohérence.Ce qui n’est pas toujours lecas, à la fois dans la construc-tion de l’ouvrage, mais égale-ment dans les ruptures repé-rées dans les productionssuccessives de certains auteurs. Ainsi, La présence de l’article deLaurent Fleury relatif au TNP de Vilar dans la partie «
Sur l’hypo- thèse des sociétés sans classes 
»ne laisse d’étonner. Tout letexte relate les efforts effectuésdans le cadre du TNP pour sur-monter les représentationssociales et les barrières maté-rielles attachées au théâtre, vécu à cette époque commeune des formes bourgeoises dela culture par les classes popu-laires. Pourquoi tant d’effortsnécessaires pour suspendremomentanément le poids desdynamiques classistes, si celles-ci n’existent pas?Plus fondamentalement, c’estainsi que François Dubet nousexplique, avec une assurancepour le moins déconcertante,que «
la notion de classe n’a vraiment d’utilité sociologique que dans la mesureoù elldésigne une classe «pour soi»,un ensemble social ayant une conscience de lui-même suffi- samment forte pour que le groupe se forme en acteur col- lectif.
»(p.24) Avis aux classespopulaires, que les change-ments économiques et poli-tiques des 30 dernières annéesont «revivifié», si vous avezdu mal à vous constituer enclasse sociale consciente de vous-mêmes apte à la batailleet au renversement des dyna-miques d’écrasement, c’estparce qu’en réalité vous n’enêtes pas une. Avis aux socio-logues qui travaillent sur desgroupes en formation ou desconcepts visant à désigner desphénomènes mal perçus: vousperdez votretemps;le travailsociologique ne peut se fairequ’à partir du moment où unphénomène social a prisconscience de lui-même, lesociologue n’étant là que pourcoller des étiquettes déjà pour- vues du code-barre officiel.D’ailleurs, Dubet est persuadé
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HOPARTET
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LAUDE
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ARTIN
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DIR
.)
Que reste-t-ildes classes sociales?
Rennes, Éditions de l’Écolenationale de la santé publique,collec. Lien social et politiques,2004, 298 pages, 24
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de ce qu’il avance puisque,selon lui, «
dans l’ordre de la théorie sociologique, la force du concept de classe vient de ce qu’il a constitué un principe d’analyse général de la vie sociale en établissant un sys- tème de correspondances entre divers ordres de phénomènes sociaux.
»(p.25) Que cette pré-tention à la totalisation explica-tive fût au contraire la faiblessedu concept de classe socialen’effleure pas une seconde l’es-prit d’un auteur qui, avec soncollègue Danilo Martuccelli,n’hésitait pas, quand c’étaitdavantage tendance, à envoyerle concept de classe socialedans les poubelles de l’histoiresociologique; notons au pas-sage, juste pour faire un peu demauvais esprit, que Dubet, quin’en est pas à une contradic-tion près, voyage allègrementdu concept à la notion pourqualifier les classes sociales.Marque on ne peut plus frap-pante des difficultés qu’il a à sepositionner clairement sur cettequestion (et qui l’inciterait àreconnaître qu’il s’est trompédans ses premiers écrits?comme si se tromper étaitimpardonnable en science…).Quoi qu’il en soit, une certaineprudence présente est doréna- vant de mise, puisque «
dès que l’on introduit d’autres variables que la classe, le sexe, l’âge,l’ethnie, la religion…, la posi- tion de classe risque d’appa- raître de moins en moins déter- minante.
»(p.26) Mais sansdoute ces «
variables 
»ne fonc-tionnaient-elles pas dans lepassé: dans leur ouvrage de1998, Dubet et Martuccelli affir-maient sans rire que les classeset les conflits sociaux ne pou- vaient plus rendre compte nide la structure des conflits oude l’unité de la société, sous-entendant par là qu’ils avaientpu un jour en être aptes. Nous voilà rassuré, rapports sociaux
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