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MOUVEMENTSN
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mars-avril 2006
«Q
ue reste-t-il des classessociales?» Voici la ques-tion, étrange, que cette livraisonde la revue
Lien social et poli- tiques
entend livrer au lecteur,sans qu’il soit réellement possibled’affirmer, au bout du compte,que les contributions en fournis-sent une réponse adéquate. Oudu moins, les réponses varienttellement de l’une à l’autredescontributions qu’avec un peu debonne volonté, chacun y trou- vera son compte. Qu’on nouspermette de nous expliquer surce constat sévère.D’emblée, nous voici misdevant un fait accompli: avant,il y avait des classes sociales;maintenant, toute la questionest de savoir ce qu’il en reste.Sans faire guère preuve derecul critique quant à la ques-tion de l’appel à contributionsoriginel (car la question fermetout de même le champ despossibles), certains auteursenfourchent leurs argumentslonguement affûtés (Pinçon etPinçon-Charlot, Chauvel, Gau-lejac), sans guèreapporterd’éléments différents à d’autresproductions antérieures.Si ce voyage en terrain connupeut apparaître décevant pourle lecteur, au moins a-t-il pourlui le bénéfice de la cohérence.Ce qui n’est pas toujours lecas, à la fois dans la construc-tion de l’ouvrage, mais égale-ment dans les ruptures repé-rées dans les productionssuccessives de certains auteurs. Ainsi, La présence de l’article deLaurent Fleury relatif au TNP de Vilar dans la partie «
Sur l’hypo- thèse des sociétés sans classes
»ne laisse d’étonner. Tout letexte relate les efforts effectuésdans le cadre du TNP pour sur-monter les représentationssociales et les barrières maté-rielles attachées au théâtre, vécu à cette époque commeune des formes bourgeoises dela culture par les classes popu-laires. Pourquoi tant d’effortsnécessaires pour suspendremomentanément le poids desdynamiques classistes, si celles-ci n’existent pas?Plus fondamentalement, c’estainsi que François Dubet nousexplique, avec une assurancepour le moins déconcertante,que «
la notion de classe n’a vraiment d’utilité sociologique que dans la mesureoù elle désigne une classe «pour soi»,un ensemble social ayant une conscience de lui-même suffi- samment forte pour que le groupe se forme en acteur col- lectif.
»(p.24) Avis aux classespopulaires, que les change-ments économiques et poli-tiques des 30 dernières annéesont «revivifié», si vous avezdu mal à vous constituer enclasse sociale consciente de vous-mêmes apte à la batailleet au renversement des dyna-miques d’écrasement, c’estparce qu’en réalité vous n’enêtes pas une. Avis aux socio-logues qui travaillent sur desgroupes en formation ou desconcepts visant à désigner desphénomènes mal perçus: vousperdez votretemps;le travailsociologique ne peut se fairequ’à partir du moment où unphénomène social a prisconscience de lui-même, lesociologue n’étant là que pourcoller des étiquettes déjà pour- vues du code-barre officiel.D’ailleurs, Dubet est persuadé
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Que reste-t-ildes classes sociales?
Rennes, Éditions de l’Écolenationale de la santé publique,collec. Lien social et politiques,2004, 298 pages, 24
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de ce qu’il avance puisque,selon lui, «
dans l’ordre de la théorie sociologique, la force du concept de classe vient de ce qu’il a constitué un principe d’analyse général de la vie sociale en établissant un sys- tème de correspondances entre divers ordres de phénomènes sociaux.
»(p.25) Que cette pré-tention à la totalisation explica-tive fût au contraire la faiblessedu concept de classe socialen’effleure pas une seconde l’es-prit d’un auteur qui, avec soncollègue Danilo Martuccelli,n’hésitait pas, quand c’étaitdavantage tendance, à envoyerle concept de classe socialedans les poubelles de l’histoiresociologique; notons au pas-sage, juste pour faire un peu demauvais esprit, que Dubet, quin’en est pas à une contradic-tion près, voyage allègrementdu concept à la notion pourqualifier les classes sociales.Marque on ne peut plus frap-pante des difficultés qu’il a à sepositionner clairement sur cettequestion (et qui l’inciterait àreconnaître qu’il s’est trompédans ses premiers écrits?comme si se tromper étaitimpardonnable en science…).Quoi qu’il en soit, une certaineprudence présente est doréna- vant de mise, puisque «
dès que l’on introduit d’autres variables que la classe, le sexe, l’âge,l’ethnie, la religion…, la posi- tion de classe risque d’appa- raître de moins en moins déter- minante.
»(p.26) Mais sansdoute ces «
variables
»ne fonc-tionnaient-elles pas dans lepassé: dans leur ouvrage de1998, Dubet et Martuccelli affir-maient sans rire que les classeset les conflits sociaux ne pou- vaient plus rendre compte nide la structure des conflits oude l’unité de la société, sous-entendant par là qu’ils avaientpu un jour en être aptes. Nous voilà rassuré, rapports sociaux
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