I - Parlons de Michelet
Introduction
Connaissez-vous Michelet? - L'historien? Mais vous plaisantez!
Michelet, le Tableau de la France, l'Histoire de France, le Quatorze Juillet,
la F\u00e9d\u00e9ration, j'allais oublier Jeanne d'Arc... Si nous le connaissons? Mais
nous le connaissons trop! Car, entre nous, il n'\u00e9tait pas si fort que cela en
histoire! Il n'\u00e9puisait pas ses sources. Des savants, bien plus consid\u00e9rables
que lui sans doute, l'ont d\u00e9montr\u00e9. Sa bibliographie, oh! n'en parlons pas: il
n'avait m\u00eame pas de bo\u00eetes \u00e0 fiches. Et son histoire, pourrie d'erreurs et de
fautes: on ne peut s'y fier. Par surcro\u00eet, une vieille barbe, humanitariste,
patriotard, lib\u00e9ral; un larmoyant, sous la pantoufle d'une chipie. Vous voyez
si nous le connaissons, Michelet - votre Michelet!
- Un mort, soit. Pourtant, si vous preniez connaissance de ce petit
dossier? je n'ai pas eu grand mal \u00e0 en rassembler les pi\u00e8ces; j'ai ouvertLe
Peuple, tout simplement.
Le Peuple, laissez-moi \u00eatre p\u00e9dant - Le Peuple, c'\u00e9tait en 1846. Au
d\u00e9but de 1846. Un grand malaise pesait sur la France. Dans ses
profondeurs, elle sentait s'amasser en grondant la vague, la puissante vague
de fond qui allait, d'un seul coup, balayer Louis-Philippe et sa fausse
bonhomie, Guizot et sa fausse sagesse.
Alors parut un livre. Petit. Un in-12 mal imprim\u00e9, mal pr\u00e9sent\u00e9. Sur
la page de t\u00eate, un moi: Le Peuple, et un nom, Michelet. Un nom qui se
suffisait \u00e0 lui-m\u00eame; pour situer l'homme qui le portait, inutile d\u00e9sormais
d'\u00e9voquer les nobles maisons: Archives du Royaume, \u00c9cole Normale,
Facult\u00e9 des Lettres, Coll\u00e8ge de France, qui l'avaient accueilli. Michelet:
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