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INTERVIEW À L'ORGANISATION ETAGARA – 2011-11-11La déclaration de ETA a un caractère historique. Après 50 ans, commentl'organisation est-elle arrivée à cette décision ?
La décision est liée au moment historique du processus de libération. Et même si elle estprise maintenant, l'origine de la réflexion peut se situer il y au au moins une décennie,quand nous avons commencé à considérer qu'il y avait en Euskal Herria les conditionspour la matérialisation du changement. Cependant, si on regarde en arrière, cela n'a pasété un processus structuré et linéaire. Nous pouvons dire que cela a été un processus dematuration d'une profonde réflexion. Au milieu de cette réflexion, une question apparaissait : si nous avons mis en échec latentative d'assimilation, et s'il y a des conditions pour le changement, que devons-nousfaire pour que ces conditions soient des facteurs décisifs pour effectuer ce changement ? Ainsi, est née une nouvelle réalité. Le potentiel montré par l'expérience de Lizarra-Garazi aallumé toutes les alarmes de l'État, qui a décidé de faire un saut qualitatif dans sastratégie : mettre la gauche abertzale, par le biais de l'illégalisation, en dehors du scénariopolitique. Sans base sociale, sans référent politico-institutionnel, et avec les possibilitésd'approfondir la construction nationale annulées, l'objectif de l'État consistait à réduirel'initiative de la gauche abertzale à la seule lutte armée, qu'il espérait neutraliser par larépression policière.Tout cela a provoqué un arrêt dans le processus de libération : le blocage. Plus graveencore, ça a mis les conditions créées en grave danger. La gauche abertzale devaitprendre l'initiative, pour échapper à ce piège et poser les bases du nouveau cycle politiquedont l'objectif devait être de matérialiser le changement. Mais cela ne pouvait pas être faitn'importe comment. Il fallait doter le chemin à parcourir de crédibilité et il était nécessairede donner de donner une impulsion décisive pour ouvrir le nouveau cycle dans toute sadimension. Il fallait fermer un cycle pour ouvrir totalement le nouveau. Et cela avait uneincidence directe sur la lutte armée.
Par conséquent, en plus de débattre du moment historique, il fallait le faireaussi spécifiquement de la lutte armée...
Oui. Et ce n'est pas un débat facile. Mais la préoccupation principale était la suivante : siEuskal Herria est toujours opprimée et si ses droits sont toujours violés, qu'allons nousfaire pour détruire le mur construit par les États ? Selon nous, ces 50 dernières années, lalutte armée a apporté sa contribution, une grande contribution, pour arriver au momentdans lequel nous nous trouvons et pour créer les conditions actuelles. Mais elle a montréaussi des signes d'usure, pour, à l'avenir, renforcer le processus et parvenir à demeilleures conditions. Au moment dans lequel nous nous trouvons, obtenir la plus largeadhésion possible à notre projet, accumuler des forces pour nous confronter à l'État entant que peuple et activer la majorité sociale en faveur du changement seront les cléspour détruire ce mur. C'est pour cela qu'ETA a pris cette décision historique. Pour recueillirles fruits de ces années de lutte et les mettre au service de cette stratégie.
Pourtant, les autorités espagnoles disent que la décision est le fruit de ladéfaite. Qu'est-ce que vous leur répondriez ?
Le discours de la défaite fait partie de la stratégie des États. Il est fabriqué dans l'objectif de provoquer le découragement au sein de la gauche abertzale et de neutraliser lesoptions que cette décision ouvre en ce moment politique. Cependant, la réalité est touteautre et ce qui ressort est la nervosité de ceux qui se sentaient à l'aise dans la situation
 
antérieure. Comme nous l'avons souligné, les États ont mis en place le piège pour en finiravec la gauche abertzale, mais nous nous sommes échappés de ce piège et nous avonsamené la confrontation à un nouveau scénario, hors de leur contrôle. De plus, la gaucheabertzale n'a pas varié dans ses objectifs politiques et n'a pas cessé de lutter. Aucontraire, le soutien et les options pour atteindre ces objectifs ont augmenté, de mêmequ'a grandi la crédibilité du chemin proposé. L'indépendantisme s'est fermement structuréet s'est pourvu de nouvelles ressources. La reconnaissance d'Euskal Herria et de son droità décider est une réclamation de la majorité de la société basque. L'oppression de l'État etson attitude fermée sont de plus en plus vaines en Euskal Herria. Le conflit est à la vue detous, et la nécessité de sa résolution se trouve au centre du débat politique. Et l'Espagneet la France auront plus de difficultés à le nier. Nous avons encore un bon bout de cheminà parcourir et ce ne sera pas facile, mais nous y allons. Avec une détermination totale.
Je sais que ce n'est pas un registre habituel pour vous, mais comment-vousêtes vous sentis après avoir pris cette décision ?
Ce n'est pas facile d'expliquer ce que nous ressentons. Beaucoup de sentiments semélangent. Une décision de cette dimension nous ramène en mémoire tous lescompagnons qui appartiennent ou ont appartenu à cette organisation. Les compagnonsque la lutte a emportés pour toujours. Ceux qui sont encore prisonniers. Tous les citoyensqui dans l'ensemble d'Euskal Herria ont aidé ETA. Les membres de la gauche abertzale.Elle nous rappelle les moments durs de la lutte, la difficulté, la souffrance. Mais elle nousrappelle aussi les magnifiques moments vécus avec les compagnons. Les joies et lespeines que la lutte nous a donnés.Il y a un grand sentiment de responsabilité. Pour ces compagnons, pour Euskal Herria,pour la lutte de libération. Il y a aussi le bonheur et la fierté pour tout ce que cetteorganisation, si petite soit-elle, a accompli jusqu'à maintenant. Il y a de la conviction et del'espoir, en raison du nouveau scénario qui se présente au processus de lutte. Etl'espérance d'offrir un avenir en liberté à nos enfants.Et, pourquoi le nier, il y a le sentiment d'avoir perdu quelque chose, un sentiment partagépar beaucoup de gens en Euskal Herria. Parce que ETA ne se résume pas à ses membres.ETA fait partie du peuple. Le chemin parcouru jusqu'à maintenant à marqué notre vie àtous. Il nous a donné une façon d'être, une identité. Il l'a donné à Euskal Herria. Et mêmeen sachant que cette décision est prise pour donner une impulsion à la lutte de libération,il est difficile d'éviter ce nœud intérieur provoqué par tant de sentiments accumulés.
Comment analysez-vous les réactions suscitées par la déclaration ?
On peut dire que dans la plupart des cas, c'est le plan préétabli qui a été suivi. Cependant,il faut souligner que tous ont constaté l'importance de la décision historique. Il savent tousqu'un nouveau cycle a été ouvert et ils ont voulu fixer leur position en fonction de cettenouvelle période. D'un autre côté, en général, elle a reçu de nombreuses réponsespositives dans la société basque et parmi les acteurs politiques et sociaux basques. Ladécision a renforcé la revendication de la résolution intégrale et des pas concrets sontdemandés à Madrid et à Paris. Les deux gouvernements n'ont pas été à la hauteur.Comment peuvent-ils envisager de ne rien faire quand la société basque et d'importantsacteurs internationaux les interpellent directement ? Le gouvernement de Gasteiz aussi estresté à côté de la plaque, loin de la réalité basque. C'est très bien d'ouvrir une ronde dedialogue avec divers acteurs, mais il est plutôt honteux qu'une initiative prise dansl'urgence ait pour objectif de dire qu'il n'y a pas d'urgence. En tout cas, plus que lesréactions actuelles, c'est le comportement qu'aura chaque acteur à l'avenir qui estimportant, et pas seulement celui des gouvernements de France et d'Espagne. En Euskal
 
Herria, certains ont utilisé le prétexte de la lutte armée. C'est fini. Et maintenant ? Quefera ELA ? Que fera le PNV pour Euskal Herria ? Qu'est-ce qui va être fait pour obtenir ledroit de décider ? Que vont faire le PSOE, le PP et l'UPN face aux demandes de la majoritéde la société basque ?
La « prudence » de Rajoy a été soulignée. Partagez vous cette appréciation ?
Il est vrai que cette réaction rompt avec le discours négatif, agressif et sans sens tenu jusqu'à maintenant. Face à cette conjoncture politique, celui qui a de grandes chancesd'être président de l'Espagne doit agir avec responsabilité, et il faut supposer que Rajoy l'acompris comme ça.
La déclaration est la réponse que vous faites à la Conférence Internationalemais vous allez plus loin, non ?
Oui. Bien qu'elle se situe dans la feuille de route dessinée par la ConférenceInternationale, la décision a une dimension stratégique et répond au cycle qui s'est ouvertdans le processus de libération.
Pourtant, la conférence a été une étape. ETA a-telle eu des relations, de façondirecte ou indirecte, avec les acteurs internationaux ?
Oui. Comme nous l'avons dit dans le communiqué de fin septembre, nous travaillonsdepuis longtemps pour donner une impulsion au processus de résolution et, pour cela, ilétait très important d'augmenter la participation de la communauté internationale. Pourcela, nous n'avons pas seulement eu des relations, nous avons aussi pris desengagements devant elle.
Et avec le gouvernement espagnol ?
Il n'y a eu aucune réunion directe entre ETA et le gouvernement espagnol. Cependant,nous pouvons dire que, ces derniers mois, nous avons eu une connaissance mutuelle, etque, d'après ce que nous savons, le PP est au courant.
Une des contributions de la Conférence a été de s'adresser au gouvernementfrançais. Comment devrait-il répondre ?
Il devrait donner une réponse positive. La France est une partie du conflit et doit avoir uneparticipation directe dans sa résolution. De plus, en France, de plus en plus de voix selèvent pour demander des pas au gouvernement. Elle ne peut fuir plus longtemps sesresponsabilités, comme si c'était un problème de l'État espagnol.
 Y a-t-il eu un accord, un pacte ou quelque chose de ce type ?
En premier lieu, il faut expliquer que le processus actuel est différent de ceux que nousavons connus jusqu'à maintenant. Face à la fermeture des États, la gauche abertzale apris la décision d'initier ce processus de sa propre initiative, sans attendre la volonté desÉtats. C'est pour cela qu'elle a adressé son initiative et ses engagements à Euskal Herria età la communauté internationale pour activer de plus en plus de forces en faveur d'unerésolution juste et démocratique du conflit, jusqu'à faire se fissurer, petit à petit, lastratégie étatique. Cela a été une décision courageuse et nous croyons qu'elle continueraà porter ses fruits. Les États maintiennent leur attitude fermée, mais avec de plus en plusde difficultés, avec de plus en plus de dégâts.Pour revenir à la question, il n'y a pas d'accord concret ou de résolution pour la sortie duconflit, mais la séquence des pas qui doivent être faits dans le chemin de la résolution esten train de se dessiner, formant une sorte de feuille de route. Les pas que doivent faire
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