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I
Étienne
Souriau
Les
différentsmodes
d'existence
suivi
de
Du
mode d'existence
de
l'æuvre
à
faire
Présentation
Isabelle
Stengers
et
Bruno
Latour
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F.tttn
ttââth,
Wilh
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ttilttd
âCruly,n
Presses
Universitaires
de
France
 
CttnprtRe
PRur,neR
Position
du
problème
Monisme ontique et
pluralismeexistentiel.Pluralisme
ontique et
monisme
existentiel.
-
Leurs rapports,leurs
combinaisons.
-
Conséquences
philoso-phiques
:
richesse
ou
pauvreté
de
l'être;
lesexclusions
souhaitées.
-
Aspects
métaphysiques,
moraux,
scientihques
et
pratiques
du
problème.Questions
de
méthode.
$
1.
La
pensée
existe-t-elle,
en
elle-même
etpar
elle-même
?
La
matière
existe-t-elle,
et
de
la
même manière
?
Dieu
existe-t-il
?
Hamlet,
la
Primavera,
Peer
Gynt
ont-ils
existé,
existent-ils,
et
en
quel
sens
?
Les
racinescarrées
des nombresnégatifs
existent-
elles
?
La
rose
bleue
existe-t-elle
?
Répondre
à
chacune
de
ces
questions
(paroui,parnon,
ou
par
quelquesorte;et
ce
n'est
pas
déjà
si
aisé)
cela
suffit-il
?
assu-
rément
non.Parleur
accumulation même,cesquestions
en
posent
uneautre,plus
vaste
et
qui
les
contient
toutes
:
y
a-t-il
plusieursmanièresd'exister ?
L'existerest-il
multiple, non
dans
lesêtres
il
s'actualise
et
s'investit,
mais dans
sesespèces
?
$
2.
Cettequestion,
la
philosophie
l'a
toujours
tenue
ouverte.
Mais
lesréponsesdes
philosophes
sont
tendancieuses.
En
même
temps
qu'ilsaffirment, ils
désirent.
Et
selon ce
qu'ils
désirent
on
voit
I'existence
tantôt
s'épanouir
en
modes
multiples,
tantôt
redevenir
une.
Si,
lorsqu'onparle
del'être,
I'espoirest
de
le voir
siéger
numériquementseul,aussitôt
la
multitude
des êtres
que
croyaitdistinguer
le
sens
commun
devenant
fantômale,
ces
prétendusêtres,
pour
se
réunir
à
l'être et
se
fondre
en
lui,
s'assemblent
par
tribus,
qui
suivent
chacune
la
bannière
d'un
genre particulier
 
8l
0
Les
dffirents
modes
d'existence
Position
duproblème
alterne
les
deux mouvements
dont
il
vientd'être
question.Après
avoir suivi
la
voie
des
atomistes,
réduit
I'existence
au
typemonadique,
et
fait
de
Dieu
même
une monade
parmi
les
mona-
des
il
repart
en
sens
contraire. Parmi
lesmonades,
il
se
prend
à
considérer
une
différence
profondeentre
celles
qui
sont
créées,
qui
n'existent
que
par
dieu,
et
la
monade
incréée,
l'Etre
néces-
saire.
Puis,
outre
ces
êtres
créés,
quin'ont
qu'une
existence
de
fait
ou
contingente,
il
discerne
des
essences
et
des
vérités,
éter-nelles
et
immuables.
Et
quel
est
leur
statut
d'existence ?
Toutes
ensemble, elles
font
le
règne
du
possible,lequel
doit
avoir
aussi
quelqueréalité.
Au
reste,
à
I'Etre
nécessaire,
<
il
suffit
d'être
possible
pour
être
actuel
>>,
et
.la
possibilité
fonde
l'existence,
donc
la
possède
éminemment.
A
la
lueur
répandue
par
lui
sur
le
monde,
on
distingue
((
un
monde
moral
dans
le
mondenaturel
>>,
un
règne des
causes
efficientes
et
un
règne des
causes
finales,
un
règne
physiquede
la
natureet
un
règne
moral
delagrâce,
quifont
commedeux ontologies
distinctes
reposant
sur
des
principesdifférents.
Ainsi, lorsqu'il
partait
de
la
multitude
desêtres,
Leibniz tendait
à
affirmerl'unicité
de
leur
genre
d'existence,
dont
la
seulemonade humaine
pouvait
être
l'exemple.
Mais
lorsque
inversement
il
part
de
l'
<<
unité
primi-
tive
>>
(Monadologie,
$
47),
aussitôt
commence
le
clivage
du
réel
selon des
genres
différents
d'existence.
Bref,
il
présente
à
lui
seul,comme
un
balancement
double,
les
deux
mouvements
de
pensée
entre
lesquelsserépartissentgénéralement
les
philoso-
phes,
dont
les
uns
tendent
à
reconnaître,
les
autres
à
nier
la
pluralité
existentielleenmêmetemps
qu'à
nier
ou à
reconnaître
en raison
inverse
la
pluralité
des
existants.
$
6.On
voit
donc
quelle
profonde
différence
il
y
a
entre un
pluralismeontique
(posant
lamultiplicité
des êtres)
et
un
plura-lismeexistentiel(posant
la
multiplicité
desmodes
d'existence).
Le
monisme
ontiquepeut,
comme
le
panthéismenous l'atteste,
s'accommoder
d'un
pluralismeexistentiel.
Etle
pluralisme
ontique
peut
s'efforcer
de
valoriser
un
monisme
existentiel,
comme
le
font
les atomistes.
$
7.
Mais
s'il
y
a
quelque
apparence
d'oppositionet d'inver-
sité
entre
cette
pluralité
existentielleet
cette
pluralitéontique,
on
vérifiera
aussitôtquecette
opposition,bien
quefréquente,
n'estpasnécessaire.
Il
peut
exister,
rare à
la
vérité, un
monisme inté-
d'existence.
Ainsi
s'assemblent
entreeuxtous
les
corps,puis
tou-
tesles idées.
Ou
bien,
lespossibles, les
contingents,
les
nécessai-
res.
Et
l'être
unique,
poui
englobercette
multitude'
se
fait
syn-
thèse
de
touslés
genres d'existence,
unit
en
lui
tous
ces
rayonnements.
Spinoia
<<
s'enivre
>
de
l'unicité
de
la
substance'
Mâis
aussitôt
il
la
clive,
etmontre
un
ordre,
uneconnexion
des
choses,
selon
I'attribut
del'étendue
;
ordre
qui
se
redouble.selon
I'attribut
de
la
pensée,
puis
selonune
infinité
d'autres
attributs,chacun
éternel,
èhacutt
infini
en son
genre
;
aucunne suffisant
à
rendre compte
de
la
richesse
de
réalité
que
possède
la
substance,
car,
(
à
proportion
de
la
réalitéou
de
l'être
que
possède
chaquechose,
u.t
pLts
grand nombre
d'attributs
lui
appartiennent
>'
$
3.
Supprimez
la
clef
de
voûte,
ôtez
l'unité
panthéistique
de
la
substanôé,ce
n'est
pasle
monde
qui
se
divise
en
parties
plura-
les(puisque
les
modeJselonSpinoza
se
correspondent
d'unattri-but'à
l,aùtre),
maisc'estI'exister
qui
se
scinde
irrémédiablementenune
multiplicité
d'espèces.
Même
multiplicité
si,
sans.suppri-
mer
l'unique,on
le
plaCeau-dessus
de
I'existence'
<
Je
prie
Dieu,
dit
MaîtréEckhart,
qu'il
me
rende
quitte
de
lui-même;carl'être
sans
êtreest au-dessuide
Dieu.
Que
pourrait-on
sacrifier
deplus
cher
àDieu
quelui-même
par
lui-même
?
>
Plotin,qui
n'admet
pas
I'homottymiedu
verbe
étre,appliquéà
I'Un
ou
aux
êtres
qui
le
suivent,compte
neuf
genresd'exister.
$
4.
Il
est,
inversement,desphilosophes
qui,
loin
de.
poser
I'unicité
de
l'être,
reconnaissent
une
multitude
d'êtres
réellement
substantiels.
Mais
plus
ceux-cideviennent
multitude,
plus
aussi
leur
statut
d'existence
devient
semblable
et
unique.Voyez
les
atomistes,quecesoient
Épicure
ou
Gassendi,
ou
même.
à
cer-
tains égardi,
Leibnir.
Ils
divisentl'êtrejusqu'aux
dernières
limi-
tes
de
-la
division.Mais
ces
êtres
sont
semblables,
fondés,par
exemple,
sur
I'antitypie
et
f insécabilité'
Et,
malgré
sonapparente
richeise
et
sa
complexité,
I'assemblée
innombrablede
ces
êtres
ne
témoigne
enfin
que
pour
un
seul
genre
d'existence,
dont
on
peut
présenter
comme
typeunique
un
seul
atome.
Tout
au
plus
peut-ôn
reconnaîtreencore,
de
ce
point
de
vue(et
c'estce
que
iait
Leibniz),
commedeuxmanières
différentesd'exister,
celle
des
simples
et
celle
des
composés.
$S.
L.itniz,
d'ailleuri,
est
ici
bien
intéressant'
Onvient
de
le
voii
cité
commeatomiste.
Mais
loin
del'être
uniquement,
il

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