JULES VUILLEMIN
I. Les thèmes majeurs des Principia Mathematica
Commençons par exposer brièvement la conception de Russell, en même temps queses conséquences logiques.a) C'est à Richard et à Poincaré (1906) que Russell emprunte ce qu'il regarde commel'explication des antinomies qui menacent de ruiner l'édifice tout entier de la logique et desmathématiques (théorie naïve des ensembles). Les antinomies proviennent d'une espèce decercle vicieux qui consiste, en l'occurrence, à « supposer qu'une collection d'objets peutcontenir des membres qui ne peuvent être définis qu'au moyen de la collection prise comme untout » (PM, I, p. 36
;
IPM, pp.
225
sq). On notera la présence, dans ce passage, du mot
définir.
Comme l'a observé Gödel
(1951,
p. 135), on trouve, sur la même page des PM, deux autresfaçons de caractériser la notion de cercle vicieux
:
l'une selon laquelle le cercle réside dans le faitqu'une certaine chose
met enjeu <
involves > la totalité d'une collection
;
l'autre qui remplacel'expression
mettre en jeu
par le verbe
présupposer.
Mais, tandis que ces deux dernièresinterprétations du principe du cercle vicieux semblent faire porter tout le poids de celui-ci surles objets, et non sur leur description, la première (dont il est clair qu'elle est celle de Russell)revient à interdire toutes les définitions imprédicatives, c'est-à-dire toutes les définitions quinous invitent à construire une notion en combinant « un ensemble de notions auquel la notion àformer appartient elle-même» (Gödel,
op. cit.,
p. 138).b) Dans cette version plus radicale, le principe du cercle vicieux aboutit, chez Russell,à la théorie dite « ramifiée » des fonctions propositionnelles
:
aucune fonction ne saurait êtrebien définie avant que les valeurs de cette fonction elles-mêmes ne soient bien définies (PM, I,
39).
Or les fonctions propositionnelles peuvent être obtenues à partir de propositions enremplaçant par des variables soit les constantes individuelles, soit les constantes de prédicat (oude relation) qui figurent parmi les constituants de ces propositions. Dans les propositions de laforme
φ (a), je puis faire varier l'argument individuel, tout en maintenant constant l'argument
prédicatif,
ou bien au contraire rendre variable le prédicat en maintenant constant l'argumentindividuel (PM, I, p. XXXIII). A partir des deux sortes de fonctions ainsi obtenues, nouspouvons former, par généralisation, deux nouvelles espèces de propositions différentes — àsavoir (pour nous en tenir au quantificateur existentiel)
:
soit
(
3x)
φ !
χ, qui est une proposition
élémentaire (et qui s'écrit, en conséquence, avec un
φ
!),
soit (3f) f ! a
(c'est-à-dire: « Il existeune propriété possédée par a »), qui n'est pas une proposition élémentaire. Il convient de noterque ces deux propositions portent sur des individus, bien que la première puisse s'exprimerdans la logique de la quantification (la seconde exigeant que l'on quantifie sur des variables deprédicat). Si les variables sont regardées comme non restreintes, les deux méthodes degénéralisation peuvent donner naissance à des antinomies, si bien que notre principe nousoblige à introduire deux sortes de limitations différentes, dont l'une concerne les arguments et
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