2dans l’ordre politique. Qu’est ce que le rejet massif de l’assignat sinon une forme monétairede la sédition, dont Spinoza examine sous quelles conditions elle peut, ailleurs, conduire àdéposer le souverain et à transformer les institutions ? Entre le tyran et les sujets qu’il tente demaintenir sous son joug comme entre le despote économique et les agents à qui il veut à touteforce imposer une monnaie fondante, s’instaure le même type de rapports de puissances ets’ouvre le même type de questions : de quel côté penchera la balance entre les effortsd’assujettissement des uns et la rétivité des autres ? Faire ces rapprochements est déjà assez pour indiquer l’intuition directrice de notre travail : les instruments de pensée que Spinozafournit dans ses
Traités
, et tout particulièrement dans le
Traité politique
, pour rendre comptede la genèse, mais aussi de la possible ruine, des institutions de la Cité, sont, par un parallèlefrappant, très susceptibles d’être mis au travail sur cette autre construction institutionnellequ’est la monnaie des sociétés marchandes. C’est donc la même grammaire de la puissancequi se décline dans l’ordre politique comme dans l’ordre monétaire.Pour apercevoir la fécondité de ce parallèle, il faut toutefois disposer d’une conceptionde la monnaie qui n’est pas exactement celle de l’économie standard... Cette dernière ne veuty voir qu’un simple instrument, retenu ou rejeté pour ses seules propriétés fonctionnelles. Notre point de vue est tout autre. La monnaie nous semble un fait éminemment institutionnel.Bien davantage, dans la monnaie se joue un certain rapport des individus à la totalité sociale.Ici naît alors la possibilité d’une rencontre inattendue, et pourtant bien réelle, entre tout uncourant d’études monétaires hétérodoxes
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et le courant des études politiques spinozistes. Car d’une part le
Traité politique
propose en fait une vue de l’émergence et de la crise desinstitutions bien plus générale que le seul cas des institutions politiques de la Cité, généralitéqui s’offre à redéploiement dans les ordres institutionnels les plus variés
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– celui de lamonnaie notamment. Et d’autre part ce même
Traité politique
propose avec l’idée de« puissance de la multitude » une certaine figure des rapports des parties et du tout dans lemonde social, où le fait monétaire comme fait communautaire trouve un éclairage particulièrement intéressant. Ainsi la théorie monétaire, par ce croisement imprévu avec la philosophie de Spinoza, indique-t-elle à sa manière la parfaite actualité analytique du
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Dont les textes de références sont : Michel Aglietta et André Orléan (1982),
La violence de la monnaie
, PUF ;Michel Aglietta et André Orléan (éds.) (1998),
La monnaie souveraine
, Odile Jacob ; Michel Aglietta et AndréOrléan (2002),
La monnaie entre violence et confiance
, Odile Jacob ; Bruno Théret (éd.) (2006),
La monnaiedévoilée par ses crises
, Paris, Éditions de l’EHESS, à paraître.
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A propos de cet argument de la portée institutionnaliste générale du
Traité politique
, voir Frédéric Lordon(2006), « La légitimité n’existe pas. Eléments pour une théorie des institutions »,
document de travail Régulation
, http://web.upmf-grenoble.fr/lepii/regulation/wp/seriec.html
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