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 j-^l^HILOSQPHE.IGNOpANT.1¡"•' "r"-(1T66.)Première question. Qui es-tu?d'où viens-tu?quefais-tu?quedeviendras-tu? C'est unequestion qu'ondoit faire à tous les êtresdel'univers, maisà laquellenulne nous répond. Je demandeauxplantesquelle vertulésfait croître,et comment le mêmeterrain produitdesfruits si divers. Cesêtresinsensibleset'muets,quoiqueenrichisd'unefacultédivine,me laissent à monignoranceet à mes vaines con- jectures..è,1 J'interrogecette fouled'animauxdifférents, quitous ont le mouvezment' etle communiquent, quijouissent desmêmes sensationsquemot, qui ont unemesure d'idées et demémoire avectouteslespas-sions. Ils savent encore moins quemoi cequ'ilssont,pourquoiilssont, et ce qu'ils deviennent. :i'Je .soupçonnej'ai mêmelieu decroire que les planètes quiroulentautour dessoleils innombrablesqui remplissent l'espace, sont peupléescotres sensibles et pensants;mais une barrièreéternelle nous séparé,etaucunde ces habitants des autresglobesne s'estcommuniquéanous.Monsieurle prieur, dansleSpectacle de la nature,a dit à mon-sieur le chevalierlesastresétaientfaitspourlaterre,et laterre,ainsi que, les animaux,pour l'homme.Maiscomme lepetit globede laterre rouleavec les autresplanètesautourdu soleil;commeles mou-vement^ réguliers et proportionnels des astres peuventéternellementsubsister sans qu'il y aitdes hommes; commeil ya sur notre petiteplanète infiniment plus d'animaux quede messemblables, j'ai penque, monsieur le prieur avait Juin peutrop d'amour-propre ense flat-tent quetout avait été fait pourlui; j'ai vu que l'homme,pendant saVie, estdévorépartous lesanimauxs'il estsans défense, etque tousledévorentencore après sa mort.Ainsi j'ai eu de la peine à concevoirque monsieur leprieuretmonsieurle chevalierfussent les rois de lanature. Esclave 4e tout'ce,quim'environne,au lieu d'être roi, resserrédans'un point, et entouré de l'immensité, je commencepar mecher-cher moi-même.:>îII. ATotrefaiblesse. Je1suisun îatDle animal; je n'ai en naissantai force, ni connaissance, ni instinct; je ne peux memetraînerà1. Il existeplusieurséditionsdecet ouvragesousla date de1766,contenant-ausjsliiiufllqu.esautrespièces Petitedigression,qui,'depuis'les éditions deijKtihljj'ps^classéedansles, romansaous.cetitre: Lesaveuglesjuges-descou-r r ~2~tvgnturef~r~ïçn~gr>3,°~iPettt~eo~ai~ysf~ara4dedegrio,znnt,sttr ,L'élogedauphin;Supplémentau, philosopheignorantAndréI)ss touchesà. Une édition' de 1766,quinecontient pascedernier morceau, a,au'Vjbifaotlïi 'frontispice,'cellesiùgulièrenoieimprimée-i,« Pa'r'Â.db Vw'vé,gentilhomme jouissant-dooenlmillelivresderentes,.«'Connaissanttoutes lOlioses, et* no faisant queradoterdepuisquelquesutanûéess;flh!,public,,recevez;ceBdernières parolesAvecindulgence.»-t. IBeuchot.)
 
336 LE PHILOSOPHE IGNORANT.-ci.
la mamelle de mamère,comme font tous lesquadrupèdes; jen'ac-quiers quelquesidéesquecomme j'acquiersunpeudeforce, quandmesorganescommencent à sedévelopper.Cette forceaugmenteenmoi jusqu'au temps où,nepouvant plus s'accroltre,ellediminue cha-quejour.Cepouvoirde concevoir des idéess'augmentedemêmejus-qu'àsonterme,et ensuite s'évanouit insensiblementpar degrés.Quelleestcettemécanique quiaccroit de moment en moment lesforces de mes membresjusqu'àla borneprescrite?Jel'ignore;etceuxquiontpassséleur vie à chercher cette cause n'en saventpasplus quemoi.Quelest cet autrepouvoir quifait entrer desimagesdans moncer-veau, quilesconservedans mamémoire? Ceuxquisontpayés pourlesavoir l'ont inutilementcherché;nous sommes tous dans lamêmeignorancedespremiers principesoù nous étions dansnotre berceau.III.Commentpuis-jepenser? Les livres faitsdepuisdeux milleans m'ont-ilsappris quelquechose? Ilnousvientquelquefoisdes en-viesde savoircomment nouspensons, quoiqu'ilnousprennerarementl'envie de savoir comment nousdigérons,comment nousmarchons.J'aiinterrogémaraisonjelui aidemandécequ'elleestcètte ques-tionl'atoujoursconfondue.J'aiessayédedécouvrir parelle si lesmêmes ressortsqui mefontdigérer, quime fontmarcher,sont ceuxparlesquels j'aides idées. Jen'aijamaispuconcevoir commentetpourquoicesidéess'enfuyaientquandla faim faisait'languirmoncorps,etcomment elles renais-saientquand j'avais mangé.J'ai vu une sigrandedifférenceentre despenséesetta nourrituresanslaquelle jenepenserais point, que j'ai cru qu'ily avaiten moiune substancequi raisonnait,et uneautre substance qui digérait. Ce-pendant,encherchant toujours à meprouver que nous sommesdeux, j'aisentigrossièrementque je suisun seul;et cette contradiction m'atoujoursfait une extrêmepeine.J'aidemandéàquelques-unsdemes semblables, qui cultiventlaterre,notre mèrecommune,avecbeaucoup d'industrie, s'ils sentaientqu'ils étaient deux,s'ils avaientdécouvertpar leur philosophie qu'ilspossédaienten eux unesubstance immortelle,etcependant formée derien,existante sansétendue, agissantsur leursnerfssansy toucher,envoyée expressémentdansle ventrede leur mèresix semainesaprèsleur conception: ils ont cru queje voulaisrire,et ont continuéà la-bourer '«ors champssans merépondre.IV.if est-il nécessairede lavoir?Voyantdoncqu'unnombrepro-digieuxd'hommesn'avait pas seulement la moindreidéedesdifficultésquim'inquiètentetne se doutait pas de ce qu'ondit dans lesécAlas,de l'êtreen général,dela matière, de l'esprit, etc.; voyantmêmequ'ilssemoquaientsouvent de ce queje voulais le savoir, j'ai soup-çonné qu'iln'était pointdu toutnécessaire quenous le sussions.J'aipensé quelanature a donnéà chaqueêtrela portion quilui convient;et j'ai".ru que les choses auxquelles nous ne pouvions atteindre ne
 
'PHILOSOPHE IGNORANT.$37-
.u.1.'1.1'ii¡:v~Voltair» – xxvi,22
sontpasnotre partage.Mais, malgré ce désespoir, jenelaissepas.,dedésirer d'êtreinstruit,' et macuriosité trompéeest toujours insatiable.V.Aristole,JDescarles,et Gassendi Aristote commenceparHire' jue l'incréduliest lasourcedela sagesse;Descartesa 'délayé cettepensée,et euxm'ont apprisà nerlèh croire de cequ'ilsme di-sent,Ce Descartes, surtout,aprèsavoir fà'it semblantdedouter,' parleun tonsiaffirmatif de ce'qu'il n'entend point;il est sisûrdesonfait quandil setrompe grossièrementen1physique;il a bâti un mondesiimaginaireses tourbillonset ses trois éléments sontd'un si prodi-gieuxridicule, que je dois medéfier detoiit cequ'ilmeditsur l'âme,e'après qu'il m'a tanttrompé s"urles corps.Qu'on fasse sonéloge, à labonneheure, pourvu qu'onne fasse pas celuide ses romans'philoso-phiques,méprisés aujourd'hui pour jamaisdans toutel'Europe.Ii croitouil feint decroirequenousnaissons avec des penséesmé-taphysiques. J'aimerais,autant. direqu'Homère naquit aveçl'Iliadedansla tête. Ilest bien vrai qu'Homère,ennaissant,avait,un cerveautellementconstruit, qu'ayantensuite acquisdes idéespoétiques,tan-tôt belles, tantôt incohérentes,tantôtexagérées,ilencompqsaenfinl'Iliade.'Nousapportons, en naissant,legermedetoutce qui se déve-loppe en nous;maisnous n'avons pas réellementplus d'idées innéesque Baphaëlet Michel-Angen'apportèrent, ennaissant, de pinceauxet do couleurs.Descartes, pourtâcher d'accorder les parties éparses de ses chimè-res supposa que l'hommepensetoujours j'aimerais autant imaginerquelesoiseaux necessentjamaisdevoler, ni les chiens de courir,parce que ceux-ciont.lafaculté decourir,etceux-là de voler.Pour peu que l'onconsulte son expérience et celle du genre humain,on est .bien convaincudu contraire. Il n'ya personned'assez<foupourcroire fermementqu'il ait pensétoutesa Vie,.le jouret lanuit sans in-terruption., depuisqu'il était.fœtus jusqu'à sa dernière maladie. Lares-source de ôeux quiont voulu défendre ce romana étéde;dire. qu'onpensait toujours, mais qu'on ,ne s'en apercevait pas. Il vaudrait autantdirequ'on boit,qu'on mange,etqu'oncourtà chevals.ans le .savoir.Si vous ne vous apercevezpasquevous avez desidées,commentpou-vez-vousaffirmerquevous enavez ? Gassendi semoqua commeil ledevait, dece systèmeextravagant.Savez-vousce qui en arriva? onpritGassendi et Descartespourdesathées,parce' qu'ilsraisonnaient.VI.' Lesbêtes.De ce que les hommesétaient supposés avoir con-tinuellement des idées,des perceptions, des conceptions,il suivait naTturellement que lesbêtes enavaient toujours aussi car il ,est incon-testable qu'uni chien de chassea .l'idéede son maître. auquel il obéit,«t.du gibïemqu'il lui rapporte. Il est évident qu'il a:-dela mémoire,etqu'il, combine.quelquesidées. Ainsidonc, si la pensésdg l'hommeétaitraussi l'essence de son àme, lapenséedachien était, aussi l'es-sensedela sienne, et sil'hommeavaittoujours des idées,il fallaibien que lesanimauxen. eussenttoujours.Pour tranchercettediffi-culté,lefabricateurdestourbillons et do la matièrecann,e,}$e;.osadire
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