V
oilà enfouie comme la ville toute révolte, celle qui grandissait qui montait, souterraine d'abord, de toute la ville, desgens, sourd bourdonnement aussi, à l'intérieur, le long des nerfs, sans arrêt, énorme bruit croassement aux oreilles. Assezde toutes ces violences continues. Elles s'apaisent en sourdine, alors qu'elles devraient exploser là en bas, sous nos yeux -- quelle explosion -- un déferlement soudain de tout, tout soudain déchaîné, tous sens, tous mouvements, et cris versquoi, sans limite cette tuerie. Beaux crimes commis brusquement pour la violence toute seule au centre, dans la chairretournée autour du couteau des pinces des grilles. De nouvelles répétitions enfin. Réapprendre aussi maintenant lesaigus, par les pointes, barres de dents serrées refermées sur un doigt, et la main mutilée caresse malgré tout le frontsilencieux écrasé -- hurlant du besoin de déchirer encore.Et puis le silence froid des chocs enfouis. On ne peut plus déceler l'origine, le point de départ. Qui parle ici, sans que jepuisse faire cesser ces paroles de haine et de peur, qui commance tous ces gestes d'impuissance à mon bras droit, levétrès haut, étiré plus que d'habitude, les doigts très loin au bout qui se décident à griffer l'air épais. Il n'y a rien àramener, rien à s'unir, pas même quelques vagues légèretés. Repli du bras qui garde sa longueur impressionnante et restetendu, témoin d'un effort ridicule. Me joindre à ces ordres qui partent de moi, tellement dangereux de rester en arrière,se laisser distancer par ses mots, ses souffrances. Pas de retard derrière eux, haletant toujours, leur rapidité. Ils arriventà la fin de ma vie avant moi. Je les vois là-bas s'emmêler. S'emmêler et te prendre à bras-le-corps, te jeter dans le fleuvequi ne peut servir à rien d'autre. Tu te défends mal, tu les repousses par les épaules, les pieds agrippés au rebord, tu netiens pas longtemps contre eux, tu finis par déraper glisser sur la pierre humide et tomber lourdement.Aujourd'hui seule dans ces murs, aujourd'hui dans ces rues. Pas un seul pas sans baigner dans le soleil, sortie pour unmoment à la rencontre -- courte pose et répit parfois, à regarder les choses, à voir avec tendresse les mouvements, lescourbes lentes déroulées dans l'espace, fond gris et limpide, ciel de fin d'hiver avec des images naissantes des rappelsconfus.
«««««..
Je dure. Trembler de cette nuit glacée. Ne plus rien trouver pour couvrir tiédir cette peur. Non ce n'est pas encore lecorps, dans cet achèvement, pas encore. Je refuse sans force ² quelle force avoir contre cette destruction ² mesblessures infectées sans cesse avec tellement de soi.
Leave a Comment