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Dire I et II :
Un phare s'allume au large son rythme est irritant. Un passage de lumière rapide et un autre ensuite très lent. Celui-ci estinsupportable. On dirait que la lumière va rester fixe, qu'il va se passer là-bas quelque chose, l'éclatement de cettelumière par exemple, qui s'en irait par morceaux sur la surface de l'eau, s'enfoncerait, illuminant de nouvelles couches etcontinuerait à briller au fond, en donnant à la surface une teinte pâle et translucide. Le reste du phare, déchiré, uneruine lugubre sur l'étendue.Plus penser pas entendre. Ni vent ni pluie qui terrasse contre terre, sous les herbes mouillées dégoulinantes. Démissiondepuis tant de mois. ne plus savoir attendre. J'attends dans le vaste, haletant, déraisonnable, pendant de longs momentsatroces, ne plus pouvoir se résoudre à la patience.Le monde crie, ce monde-ci, le monde maintenant, au-delà des murs des chambres chaudes, au-delà de nous liés. Atravers les voix revient le grondement plus fort, plus puissant pour nous envahir. Appeler ta force pour supporter, tesortir de la douceur, t'apporter la dureté cruelle latente autour de nous. Qui se suicide. Qui se sépare. Toi et moiarrachés. Capitule, vivante encore. Je suis entre le tremblement désespéré et l'apaisement qui plane, éloigné, silencieux.Entraîné de l'un à l'autre par la peur.Face à moi la ville. Descente de la rue en pente, calme et fuyante, penchée légèrement en arrière. Arrivée à l'intérieurpour ne pas la voir de haut, sur les hauteurs, des lieux un peu éloignés rassurants. Pénétration immédiate dans la chaleuropaque. Ma lancée trébuchante sur tous les obstacles vivants, sur la dureté d'ensemble.
 
V
oilà enfouie comme la ville toute révolte, celle qui grandissait qui montait, souterraine d'abord, de toute la ville, desgens, sourd bourdonnement aussi, à l'intérieur, le long des nerfs, sans arrêt, énorme bruit croassement aux oreilles. Assezde toutes ces violences continues. Elles s'apaisent en sourdine, alors qu'elles devraient exploser là en bas, sous nos yeux -- quelle explosion -- un déferlement soudain de tout, tout soudain déchaîné, tous sens, tous mouvements, et cris versquoi, sans limite cette tuerie. Beaux crimes commis brusquement pour la violence toute seule au centre, dans la chairretournée autour du couteau des pinces des grilles. De nouvelles répétitions enfin. Réapprendre aussi maintenant lesaigus, par les pointes, barres de dents serrées refermées sur un doigt, et la main mutilée caresse malgré tout le frontsilencieux écrasé -- hurlant du besoin de déchirer encore.Et puis le silence froid des chocs enfouis. On ne peut plus déceler l'origine, le point de départ. Qui parle ici, sans que jepuisse faire cesser ces paroles de haine et de peur, qui commance tous ces gestes d'impuissance à mon bras droit, levétrès haut, étiré plus que d'habitude, les doigts très loin au bout qui se décident à griffer l'air épais. Il n'y a rien àramener, rien à s'unir, pas même quelques vagues légèretés. Repli du bras qui garde sa longueur impressionnante et restetendu, témoin d'un effort ridicule. Me joindre à ces ordres qui partent de moi, tellement dangereux de rester en arrière,se laisser distancer par ses mots, ses souffrances. Pas de retard derrière eux, haletant toujours, leur rapidité. Ils arriventà la fin de ma vie avant moi. Je les vois là-bas s'emmêler. S'emmêler et te prendre à bras-le-corps, te jeter dans le fleuvequi ne peut servir à rien d'autre. Tu te défends mal, tu les repousses par les épaules, les pieds agrippés au rebord, tu netiens pas longtemps contre eux, tu finis par déraper glisser sur la pierre humide et tomber lourdement.Aujourd'hui seule dans ces murs, aujourd'hui dans ces rues. Pas un seul pas sans baigner dans le soleil, sortie pour unmoment à la rencontre -- courte pose et répit parfois, à regarder les choses, à voir avec tendresse les mouvements, lescourbes lentes déroulées dans l'espace, fond gris et limpide, ciel de fin d'hiver avec des images naissantes des rappelsconfus.
«««««..
 
Je dure. Trembler de cette nuit glacée. Ne plus rien trouver pour couvrir tiédir cette peur. Non ce n'est pas encore lecorps, dans cet achèvement, pas encore. Je refuse sans force ² quelle force avoir contre cette destruction ² mesblessures infectées sans cesse avec tellement de soi.
 
Par toi isolé de la révolte, des cris étrangers. Douleur de n'être plus atteint par la distraction, aidé par les voix. Soutenirencore la tête avec les genoux. Le front vers la terre, le regard dépouillé sur le sol transparent livide.Je ne prévois plus. Je veux m'endormir, maintenant, à partir de ce moment, si c'est possible ² ne plus déplacer leschoses, ne plus remonter au soleil. Plus d'obstacles ² le chemin plat et lise, sans colline sans rocher.
V
ouloir l'impossible ² gémissements qui s'enflent à nouveau au ras du sol pour relever un visage durci le renverser sur lesépaules, l'oeil ouvert sur des nuages.Sur la ville, qui s'approche des paupières, avec son dard de fer, transperce mes yeux jusqu'au sanglot.Calme gagné à ce prix chaque jour, au prix de chaque démission de chaque refus. Déroute à l'horizon d'une ville, d'unocéan.Simplement là où on ne peut plus aller. Le fleuve franchi, de l'autre côté la mort douce, le souffle devenu calme le corpssi las ² on flotte au-dessus comme une âme, on devient tout azur. Qui touche encore terre, qui a encore peur du froid.Misère plus grande des jambes liées, mises aux fers ² le fond de la cale, le fond d'un tombeau.
«««««
 Il donc :
Il ² coule ² il se cogne ² heurté aux murs ² il se ramasse ² piétine ² il ne va pas loin ² quatre pas vers la gauche ² nouveaumur ² il tend les bras - s'appuie ² appuie fort ² frotte sa tête ² encore ² plus fort ² le front ² là ² le front ² fait mal ² frotteplus fort ² s'irrite ² pas le front ² de l'intérieur ² pleureun corps là ² qui s'exerce à la douleur ² comme s'il n'en avait pas assez de cete souffrance ² - à chaque instant ² par flots ²par vague immense ² s'essayant au dérisoire de l'exercer ²murs fictifs aussi ² murs sans nécessité - non ² seulement à voir du côté de l'invisible présent ² ici ² face au corps démuni ²bras immobiles balayant pourtant l'espace autour sans rencontrer de support ou prendre appui ² attache provisoire ² rienqu'un instant ² pour ralentir son souffle ² ralentir les battements ² s'apaiser ² ce corps cherchant la place ² le creux où serefondre encore ² chaleur rompue ² et froid du monde autour ² sa place ou position incertaine à inscrire contre le manque² les heurts du jour
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