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54
AMENAGER LA FRANCE DE 2020
3. PROSPECTIVE DE LAFRANCE DANS L'EUROPEEN 2020 :
enjeux et scénarios
«
Il est important de s'interroger sur l'avenir,car nous sommes condamn
é 
s
à
y passer le restede notre vie.
»
Woody AllenAnim
é
par la passion de l'anticipation,le pr
é
sent exercice prospectif se propose de r
é
unir deuxcaract
è
res :
d'une part,
ê
tre une
«
prospective partag
é
e
»
de repr
é
sentations
é
labor
é
es collectivement;
d'autre part,
ê
tre une
«
prospective
à
finalit
é
pratique
»
,d'embl
é
e inscrite dans un processusd'action publique.Pour ce faire,il recourt essentiellement,
à
l'
é
laboration de sc
é
narios exploratoires.La prospective ne cherche pas seulement
à
se repr
é
senter le futur,mais
à
le modeler et
à
d
é
finirles cheminements pour orienter l'action publique. Elle propose des figures de l'avenir. Elle ne secontente pas de d
é
finir les futurs possibles,mais
é
galement les futurs souhaitables. Il ne s'agitplus d'am
é
liorer la connaissance,mais de lui donner un sens et de mobiliser les
é
nergies.Cette id
é
e de la prospective est celle d'Am
é
nager la France de 2020. Elle offre une vision dufutur,et un trajet. Il ne s'agit plus de proposer une g
é
ographie de la France en 2020. Nous nesommes plus dans le sch
é
ma d'une confusion entre un Etat central fort et sa vision du futurimpos
é
e par le haut.Pour
é
laborer cet exercice,nous proposons d'avancer en trois
é
tapes :
d'abord,
é
num
é
rer des
«
points de tensions
à
l'
œ
uvre
»
dont les enjeux nous apparaissent d
é
ter-minants pour l'avenir ;
ensuite,esquisser les risques territoriaux induits ou potentiels ;
enfin,pr
é
senter quatre sc
é
narios exploratoires contrast
é
s qui sont autant d'images du futur dontl'une est souhaitable du point de vue de la Datar.Par cette approche,il s'agit d'identifier les d
é
fis pos
é
s aux politiques d'am
é
nagement du territoiredans les deux d
é
cennies qui s'ouvrent,
à
travers les tendances,les risques,les opportunit
é
s et lesruptures qui se dessinent d
è
s aujourd'hui.
3.1. Les points de tensions à l'œuvre :des faits porteurs d'avenir ?
Il s'agit de d
é
gager,de fa
ç
on n
é
cessairement sch
é
matique,quelques grands th
è
mes qui noussemblent significatifs pour l'
é
volution des territoires.Pr
é
sent
é
s sous la forme d'alternatives,leurs effets potentiels ne sont pourtant pas univoques. Cesoppositions t
é
moignent plut
ô
t de paradoxes qui constituent autant de d
é
fis que les politiquesd'am
é
nagement du territoire seront amen
é
es
à
relever.
 
s
La dialectique mondial-local : les lieuxsont-ils toujours à leur place ?
Le paradoxe du mondial et du local s'accentue. La mondialisation entra
 î 
ne en
é
cho la mont
é
e dulocal. Le processus contradictoire de
«
glocalisation
»
structure l'organisation de nombreusesfirmes multinationales-locales. Les effets paradoxaux en sont multiples :prise en tenailles desstructures de r
é
gulations nationales,d
é
veloppement d'activit
é
s concurrentielles internationa-lis
é
es et strat
é
gies compl
é
mentaires de
«
niches
»
localis
é
es,etc. Le paradoxe mondial-localentra
 î 
ne
à
sa suite l'accentuation de la mobilit
é
,de l'homog
é
n
é
it
é
,de la banalisation,del'
é
ph
é
m
è
re. Mais cette mobilit
é
g
é
n
è
re en retour le besoin de rep
è
res,de s
é
dentarit
é
et de droit
à
la singularit
é
. Ces tendances contradictoires renvoient aux dangers de la fermeture identitaireou aux ambigu
ï
t
é
s du localisme et du communautarisme qui peuvent quelquefois d
é
vier enoppression sur les personnes.Les jeux complexes de la g
é
ographie des lieux et de la g
é
ographie des flux induisent destensions. Les r
é
seaux financiers,techniques,
é
conomiques se combinent avec les territoiresphysiques,faisant appara
 î 
tre une
«
 
é
conomie d'archipel
»
organis
é
e souvent par les grandesentreprises internationalis
é
es ou par des partenariats d'entreprises,y compris des PMEinnovantes. Apparemment ces flux et les r
é
seaux malm
è
nent les lieux et les territoires,d'autantqu'ils en d
é
laissent explicitement certains. Pour autant,ils tendent
é
galement
à
les valoriser parleurs capacit
é
s de connexion
é
conomique et identitaire.Les attendus de la nouvelle
é
conomie bouleversent les ancrages territoriaux. Int
é
grant desdimensions immat
é
rielles,virtuelles,valorisant l'ubiquit
é
,la nouvelle
é
conomie se donne
à
voir,du moins dans ses pr
é
misses,comme tout
à
fait d
é
territorialis
é
e. Pour autant,fond
é
e surl'
é
change d'informations,de contenus,de savoirs,cette
é
conomie de la soci
é
t
é
de l'informationest essentiellement une
é
conomie de la culture,et donc de la singularit
é
,de l'identit
é
,des patri-moines et de la polarisation dans des lieux d'innovation. C'est pourquoi les territoires peuventretrouver toute leur place comme producteurs de contenus diff 
é
renci
é
s.
s
Le paradoxe du tout technologiqueet l'exigence environnementale :où en est-on avec l'idée de progrès ?
Globalement,l'attachement
à
la qualit
é
de la vie,
à
son cadre,aux
é
quilibres environnementauxinduit une sensibilit
é
accrue aux
«
d
é
g
â
ts du progr
è
s
»
et
à
ceux d'un technologisme excessif etmal ma
 î 
tris
é
,mais co
ï
ncident aussi avec une attente de modernit
é
,li
é
e par exemple auxnouvelles techniques d'information et de communication,
à
l'offre de services et
à
des emploisqualifiants. L'attente
à
l'
é
gard de l'am
é
nagement du territoire doit concilier les deux exigences :l'emploi li
é
aux lieux de concentration d'activit
é
s (notamment les villes ou les p
ô
les
é
conomico-techniques) et la qualit
é
de vie. Le traitement de cet enjeu est l'objet des politiques de d
é
velop-pement durable.Parall
è
lement,le r
ô
le implicitement conf 
é
r
é
 
à
la nature comme source d'un
é
quilibre
à
la foisindividuel et collectif,notamment dans une strat
é
gie r
é
cr
é
ative,se double d'une tr
è
s forte intol
é
-rance collective aux risques et al
é
as naturels,qu'ils soient le produit de processus d'artificiali-sation excessive ou la r
é
sultante de ph
é
nom
è
nes intrins
è
quement
«
naturels
»
.
s
Comportements individuels et attentescollectives: quand l'intérêt gérals'incarne dans les territoires
Les contradictions des comportements individuels et sociaux s'amplifient. Les sociologuesconstatent la mont
é
e concomitante des
é
go
ï
smes et des solidarit
é
s,du besoin de communicationet de
«
d
é
connexion
»
,de mobilit
é
et d'enracinement,d'int
é
gration et de reconnaissance des
55
PROSPECTIVE DE LA FRANCE DANS LEUROPE EN 2020
 
diff 
é
rences,d'assistance et d'autonomie,etc. Ces attitudes paradoxales interrogent la strat
é
gie detous les acteurs (Etat,collectivit
é
s,entreprises et individus eux-m
ê
mes).Le risque de la survalorisation du territoire,oppos
é
e
à
la d
é
valorisation des id
é
ologies se fait jour. La
«
fin des id
é
ologies
»
,ou tout au moins,l'apaisement des tensions socio-politiquesvalorisent d'autres appartenances,notamment territoriales,tout en faisant surgir d'autres formesde tensions,elles aussi ancr
é
es spatialement. Une formule permet de r
é
sumer cela :
«
Si parfoison ne sait plus dire qui l'on est,on sait par contre toujours dire d'o
ù
l'on est
»
. Les conflits (et lesespoirs) se focalisent sur la question de l'espace :les citadins r
ê
vent de village et de nature,leshabitants isol
é
s demandent les connexions et les atouts de la ville. La question territoriale localedevient un enjeu identitaire,existentiel.Le partage des b
é
n
é
fices et des co
û
ts des projets locaux est source de tensions. La mise en valeurdes territoires locaux
à
une
é
chelle fine r
é
v
è
le,d'une part,la comp
é
tition entre les projets et,d'autre part,la fragilit
é
des
é
quilibres ant
é
rieurs,faisant
é
merger des b
é
n
é
fices pour les uns etdes co
û
ts
é
lev
é
s pour les autres. Si le projet local doit
ê
tre valoris
é
,il pose aussi le probl
è
me dutransfert des externalit
é
s n
é
gatives vers les voisins ou au d
é
triment des projets d'int
é
r
ê
t g
é
n
é
ral.La valorisation des effets positifs appelle des politiques de coop
é
ration et de compensationd
é
licates et toujours pr
é
caires.
s
Les dynamiques européennes : effetsimmédiats et perspectives ouvertes
Les effets des dynamiques europ
é
ennes sur le territoire fran
ç
ais seront fonction de la dimensionde l'espace communautaire de 2020 suite
à
l'
é
largissement,et de son mode d'organisation.Plusieurs hypoth
è
ses d
’é
volution sont envisageables,avec des cons
é
quences variables pourl'espace fran
ç
ais :a) Une Europe
à
27 membres,en conformit
é
avec les processus en cours qui d
é
bouchent surl'int
é
gration des pays d'Europe centre-orientale respectant les crit
è
res,mais aussi de Malte etChypre. Dans cette hypoth
è
se,la France s'
é
loigne du centre de gravit
é
g
é
ographique de l'Unionmais y conserve son rang en terme de puissance relative,en raison du faible poids
é
conomiqueet d
é
mographique des nouveaux pays membres. La France appara
 î 
t aux nouveaux membres maisaussi
à
la Russie et aux Etats gravitant dans sa sph
è
re d'influence traditionnelle,comme un parte-naire susceptible d'
é
quilibrer le poids de l'Allemagne.Mais on ne peut exclure des sc
é
narios de moindre
é
largissement.b) Une Europe r
é
duite
à
moins de 15 membres,ce repli territorial r
é
sultant du retrait de certains
É
tats qui jugeraient la construction europ
é
enne contraire
à
leurs int
é
r
ê
ts nationaux :deux Europese feraient jour. L'Union europ
é
enne,affaiblie par ses dissensions internes et un voisinage indif-
é
rent ou hostile,perdrait de son influence internationale. Dans ce cas de figure,la France renfor-cerait son partenariat fondateur avec l'Allemagne au sein d'une communaut
é
restreinte et d
é
sta-bilis
é
e.c) La consolidation d'une Europe
à
15,l'
é
cart de richesses avec les pays ext
é
rieurs ayant retard
é
l'
é
largissement promis. Les relations avec les pays ext
é
rieurs seraient de plus en plus d
é
licates :des tensions seraient de plus en plus tangibles aux fronti
è
res de l'Union et des menaces derupture d'ordre
é
conomique,diplomatique ou
é
cologique seraient perceptibles entre un centreeurop
é
en int
é
gr
é
et une p
é
riph
é
rie souffrant de son exclusion. Dans un tel sc
é
nario,la Franceconforterait sa place privil
é
gi
é
e au sein d'une Union stabilis
é
e par les liens
é
tablis de longuedate. L'int
é
gration du territoire fran
ç
ais dans l'espace communautaire progresserait,mais lesdifficult
é
s g
é
opolitiques,
é
conomiques et sociales s
intensifieraient aux fronti
è
res de l'Europe.d) L'
é
largissement de l'Europe
à
la Suisse et la Norv
è
ge,et au reste des Balkans et
à
la Turquie.Le centre de gravit
é
de cette Europe pouvant compter jusqu'
à
37 pays se d
é
placerait vers l'est etse situerait
à
proximit
é
de la fronti
è
re germano-polonaise. Les contrastes
é
conomiques combi-neraient une opposition est-ouest et nord-sud. Le risque serait grand de voir
é
merger denouvelles ruptures r
é
gionales au sein d'un ensemble territorial devenu tr
è
s h
é
t
é
rog
è
ne. La Francese retrouverait en situation charni
è
re par son ouverture g
é
ographique sur la M
é
diterran
é
e. A
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AMENAGER LA FRANCE DE 2020
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