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AMENAGER LA FRANCE DE 2020
9 Le Magazine littéraire, novembre 1984, propos recueilli par F. Ewald et J.-J. Brochier
4. PLAIDOYER POUR LEPOLYCENTRISME MAILLÉ :
bâtir une France polycentrique dans une Europepolycentrique
«
Si j' 
é 
tais chef d'un grand Etat,j'agirais peu ; je regarderais ce qui
é 
volue spontan
é 
ment ; je choisirais les tendances qui me sembleraient convenables et je les encouragerais
»
.
D'apr
è
s Fernand Braudel
9
Parmi les quatre sc
é
narios exploratoires
é
voqu
é
s,la Datar fait le choix du polycentrisme maill
é
parce qu'il est certainement le mieux
à
m
ê
me de concilier les trois imp
é
ratifs du d
é
veloppementdurable que sont la solidarit
é
et la coh
é
sion sociale,la performance
é
conomique et la pr
é
ser-vation des grands
é
quilibres environnementaux.Ce sc
é
nario pr
é
sente
é
galement l'int
é
r
ê
t d'entrer en r
é
sonance avec les perspectives d'am
é
na-gement du territoire au niveau europ
é
en. M
ê
me si l'am
é
nagement du territoire ne constitue pasexplicitement une comp
é
tence communautaire,les 15 Etats membres et la Commission,conscients de la n
é
cessit
é
d'une approche concert
é
e
à
l'
é
chelle de l'espace europ
é
en,ont
é
labor
é
ensemble le Sch
é
ma de d
é
veloppement de l'espace communautaire (SDEC),et l'ont approuv
é
 
à
Potsdam en mai 1999. Ce sch
é
ma met l'accent sur la construction d'une Europe polycentrique.Sans port
é
e prescriptive,celui-ci constitue n
é
anmoins la r
é
é
rence commune de tous les acteurseurop
é
ens,pour la coop
é
ration men
é
e tant
à
l'
é
chelle de l'Union qu'
à
l'
é
chelle transfrontali
è
re parexemple.Le sc
é
nario du polycentrisme maill
é
est susceptible de constituer un projet collectif mobilisateur,prenant appui sur des dynamiques territoriales d
é
 j
à
 
à
l'
œ
uvre. Il permet de r
é
pondre
à
l'attentesociale et d
é
mocratique de changement qui se fait jour aussi bien localement que nationalement,au regard de la complexit
é
croissante des enjeux de gestion des territoires.Il engage enfin un cycle vertueux d'
é
volution. C'est par l'intercommunalit
é
,les pays et les agglo-m
é
rations que se r
é
aliseront tout
à
la fois la r
é
forme de l'Etat et le renouveau d'une citoyennet
é
v
é
cue,car davantage participative.La r
é
forme de l'Etat est in
é
vitable pour aboutir
à
une globa-lisation - territorialisation - des cr
é
dits et des politiques publiques. Le d
é
cloisonnement desservices et la globalisation remettent en cause tout le fonctionnement sectoriel des services del'Etat au niveau local. La modernisation de la vie publique s'op
è
rera in
é
vitablement en associantla soci
é
t
é
civile
à
l'
é
laboration et
à
la gestion de projets locaux de d
é
veloppement.Passer d'un
«
espace de guichet
»
 
à
un
«
espace de projet
»
et donc au co-d
é
veloppementconstitue une vraie r
é
volution qui devrait s'op
é
rer avec rapidit
é
dans tous les territoires,enFrance et en Europe.Surtout,cette dynamique para
 î 
t la plus apte
à
r
é
soudre certains enjeux d'am
é
nagement des terri-toires,face auxquels buttent les politiques sectorielles de l'Etat,en raison des contraintes quip
è
sent sur leur articulation,les rendant peu aptes
à
g
é
rer les
«
espaces extr
ê
mes
»
.Il s'agit notamment de la question urbaine dans ses diff 
é
rentes composantes,dont le ph
é
nom
è
ned'
é
talement spatial constitue l'un des traits les plus visibles :les interd
é
pendances entre unit
é
s
 
urbaines,la recomposition des villes-centres et plus largement de l'ensemble des territoiresdens
é
ment urbanis
é
s,la structuration des nouvelles aires de la vie urbaine.Cela concerne
é
galement la gestion des
«
espaces singuliers
»
,qu'il s'agisse d'espaces peu densesou au contraire d'espaces soumis
à
de trop fortes pressions (agricoles,industrielles,touristiques,etc.). Pour ces territoires de massifs ou littoraux notamment,l
à
encore une approche globale etint
é
gr
é
e sur la base de territoires recompos
é
s pourrait permettre de mieux contr
ô
ler l'usage dessols,d'accompagner une meilleure int
é
gration fonctionnelle des diff 
é
rentes activit
é
s,de favoriserdes formes de d
é
veloppement originales mais
é
galement durables.
4.1 La recompositionmicroterritoriale en payset en agglomérations
Si le territoire revient sur le devant de la sc
è
ne,il faut quand m
ê
me souligner que
«
trop de terri-toires
»
(isol
é
s) aurait des effets aussi regrettables que
«
pas de territoires du tout
»
,car ils selivreraient
à
des combats acharn
é
s qui nuiraient aux fonctions qu'implique une
é
conomiemoderne. Il faut donc encourager les forces
é
conomiques,politiques et sociales qui poussent
à
des regroupements. Ceux-ci s'op
è
rent pratiquement tous autour des bassins d'emploi et parti-cipent
à
plusieurs aires de recomposition. On peut distinguer ainsi :
s
La recomposition économique du tissu localdes PME-PMI
Il s'agit d'accompagner le mouvement spontan
é
qui conduit
à
accro
 î 
tre les relations interentre-prises de proximit
é
en organisant ce que l'on d
é
nomme en France
«
les syst
è
mes productifslocaux
»
pour insister sur le caract
è
re global de la recomposition ; en Italie se sont les districtsindustriels et aux Etats-Unis ce sont les
«
clusters
»
(grappes) d'entreprises.C'est,en effet,au niveau des bassins d'emplois que se r
é
alise une certaine sp
é
cialisationpermettant aux PME-PMI de tirer le meilleur parti des
é
conomies externes (qualification de lamain-d'
œ
uvre,relation entre universit
é
et entreprises,service d'exportation...) pour affronter lacomp
é
tition mondiale. Sans une certaine sp
é
cialisation des bassins d'emplois,il ne peut y avoirproduction d'
é
conomies externes adapt
é
es
à
chaque type d'entreprise.
s
La recomposition institutionnelleen communautés
La loi du 12juillet 1999,dite loi Chev
è
nement est claire :favoriser l'
é
mergence d'une quinzainede communaut
é
s urbaines au-dessus de 500 000 habitants ; puis recomposer les quelque 140aires urbaines de plus de 50 000 habitants en y favorisant la constitution de communaut
é
sd'agglom
é
ration ; enfin,cr
é
er environ 2 500 communaut
é
s de communes de la taille d'un bassinde vie quotidienne. Soit,au total,une France de 2020 (ou avant) compos
é
e d'environ 2 800collectivit
é
s locales regroup
é
es en quelque 500 pays.
s
La recomposition des services publics
L'Etat a engag
é
la modernisation des services publics de base :
é
cole,h
ô
pital,s
é
curit
é
,poste...Commune par commune,ce travail est impossible. Il ne peut
ê
tre entrepris qu'au niveau des3800 bassins de vie quotidienne (niveau de l'
é
cole primaire et du coll
è
ge,et de la poste) et auniveau des quelque 350 bassins d'emplois (niveau du lyc
é
e,de l'h
ô
pital et du palais de Justice).
73
PLAIDOYER POUR LE POLYCENTRISME MAILLÉ
 
74
AMENAGER LA FRANCE DE 2020
s
La recomposition sociale : recréerdes communautés de solidarité
Face aux difficult
é
s d'assurer dans tous les secteurs la solidarit
é
nationale (pr
é
carit
é
face auxrisques),la proximit
é
g
é
ographique peut
ê
tre source de solidarit
é
s compl
é
mentaires ou de substi-tution. Les r
é
cents
é
v
é
nements li
é
s aux risques naturels - inondations,mar
é
e noire... - ont montr
é
la capacit
é
des personnes et des communaut
é
s (notamment les communes)
à
se mobiliser et
à
faire face aux cons
é
quences imm
é
diates de l'
é
v
é
nement. Une difficult
é
majeure r
é
side dans larelation entre le territoire local et l'espace plus vaste de l'
É
tat,de l'Europe et des grandes firmesmondialis
é
es. Comment y rem
é
dier ? En cr
é
ant des espaces int
é
gr
é
s de solidarit
é
(pays et agglo-m
é
rations) et en exigeant une planification strat
é
gique des territoires (sch
é
mas de servicescollectifs,sch
é
mas r
é
gionaux,directives territoriales d'am
é
nagement).
s
La recomposition des espaces vécus :la géographie des bassins
Qu'il s'agisse des 350 bassins d'emploi ou des 3 800 bassins de vie quotidienne,c'est
à
cette
é
chelle des bassins que la recomposition g
é
ographique s'op
è
re,car ce sont les espaces v
é
cus parles citoyens ou les espaces fonctionnels des entreprises.Cette r
é
alit
é
pousse
à
la recomposition d'une
«
infrastructure institutionnelle
»
qui soit moins lereflet du pass
é
qu'une vision de l'avenir. L'avenir,c'est la recomposition de territoires pertinentsqui se d
é
finissent comme la convergence et si possible la co
ï
ncidence,entre les territoires v
é
cusou fonctionnels,et les espaces juridico-administratifs ou de repr
é
sentation politique.Ces r
é
flexions sur les
«
territoires pertinents
»
que sont les agglom
é
rations et les pays permettentde porter un regard critique sur l'ensemble des zonages et des d
é
coupages sectoriels adminis-tratifs qui meurtrissent les territoires de la France. En effet,
«
un territoire ne se d 
é 
coupe pascomme un fromage
»
,
à
l'aveuglette,ou pour des motifs particuliers,voire partisans. Tout terri-toire,qu'il s'agisse d'un
«
macro-territoire
»
(r
é
gion ou interr
é
gion) ou d'un
«
micro-territoire
»
(agglom
é
ration,pays),est structur
é
par le v
é
cu des acteurs,des citoyens et des entreprises.Avant de prendre leurs ciseaux pour d
é
couper sur les cartes de nouvelles circonscriptions,denouvelles communaut
é
s ou de nouveaux zonages,les minist
è
res ou les
é
lus doivent toujoursveiller
à
respecter les territoires v
é
cus.Le sc
é
nario du polycentrisme maill
é
est un plaidoyer pour les territoires pertinents qui,en faisantco
ï
ncider les territoires v
é
cus et les espaces juridico-administratifs,assurent une meilleureproductivit
é
 
é
conomique et constituent une condition n
é
cessaire
à
un meilleur exercice de lad
é
mocratie locale.
4.2 La région, territoire adéquatpour valoriser les échangeset la solidarité
La coh
é
sion du territoire constitue un objectif prioritaire des politiques d'am
é
nagement et ded
é
veloppement du territoire. La r
é
gion,en valorisant les r
é
seaux d'
é
change et de solidarit
é
deproximit
é
qui peuvent se tisser entre les diff 
é
rents niveaux d'armature urbaine,constituel'
é
chelon privil
é
gi
é
pour assurer cette coh
é
sion en
é
vitant la constitution d'une
é
conomied'archipel form
é
e exclusivement de grands centres urbains,inter-reli
é
s
à
distance,mais indif
é
-rents
à
leurs alentours.Il s'agit de favoriser un nouveau principe d'organisation du territoire qui s'oppose au mod
è
lecentre-p
é
riph
é
rie,traduction dans l'espace d'un syst
è
me d'organisation hi
é
rarchique dont larh
é
torique a longtemps
é
t
é
celle des oppositions entre Paris et les autres r
é
gions fran
ç
aises maisaussi entre la ville et la campagne.
of 00

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