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S1UE4b : Histoire de l’artEnseignante : Eléonore Marantz-Jaen
INTRODUCTION
L’objectif du cours est de montrer, à partir d’un parti pris chronologique, les différentsapports et les spécificités des artistes et des courants de la deuxième moitié du XIXe siècle etdes premières décennies du XXe siècle (entre 1850 et 1920) et de poser certaines questionsqui permettent de cerner une optique de l’art contemporain. C’est à partir de l’analyse ded’œuvres emblématiques dans lesquelles les particularismes rendent compte et dégagent lapart de création et d’intention des artistes, que les questions seront posées. Ces œuvresimportantes génèrent, souvent à leur tour, des phénomènes changeants, de ruptures.Progrès scientifique et technique, mutations économiques et sociales, urbanisationcroissante ont généré des perceptions antagonistes entre tenants du passé et esprits novateurs,qui oeuvrent pour un monde régénéré par le progrès. Si dans la culture classique, l’homme, laraison humaine, donne la mesure des choses dans l’espace et le temps, cette vision de l’actionhumaine qui maîtrisait le monde naturel et social se trouve contestée vers la fin du XIXesiècle quand s’élargissent les conséquences sociales de la première révolution industrielle.Pour les peintres, la juste mesure de l’espace était donnée par la perspective ; celle-cireconduisait la visibilité du monde aux mesures prises par l’œil humain et était liée à uneconnaissance de l’anatomie. Ce système de mesure chargé de significations morales etpolitiques, où l’homme est représenté comme un acteur sur la scène du monde, remis enquestion à la fin du XIXe siècle, va voler en éclat avec le cubisme.L’art entre dans un âge formaliste, c’est-à-dire qu’il s’interroge sur ses propresvirtualités formelles et se tourne vers une réflexion sur la structure du « langage » pictural, surce qui fonde l’art comme art.
 
S1UE4b : Histoire de l’artEnseignante : Eléonore Marantz-Jaen
I. Ruptures et réactions
La seconde moitié du XIXe siècle est une période de prospérité économique, dedéveloppement industriel et de progrès techniques. La ville se transforme avec ses réseaux,ses règlements, ses alignements et devient la référence et le creuset de tous les arts. Elle serationalise et crée une poétique nouvelle qui fascine Baudelaire comme Gustave Doré. Pourles peintres, la métropole devient aussi un réservoir de motifs nouveaux et un théâtred’expositions. Les Expositions universelles se tiennent au cœur de ces métropoles quimontrent leur richesse dans une compétition internationale. Les grandes villes entreprennentdes travaux d’urbanisme (gares, halles, opéras, théâtres, banques, grands magasins, écoles,bibliothèques, hôtels de ville, …) utilisant une structure métallique, donc une conceptionmoderne, cachée sous un décor éclectique, surchargé et qui procède par citations (ce que l’onnomme l’éclectisme en architecture). Les capitales européennes sont des pôles de création trèsvivants et possèdent leur salon ; Paris en a quatre, le Salon des artistes français, le Salon de lasociété nationale des beaux arts, le Salon des Indépendants et le Salon d’Automne. Les deuxpremiers célèbrent les peintres à la mode, les deux derniers se veulent des contre-pouvoirs ets’ouvrent aux refusés des salons officiels. A ce système s’ajoute, à partir du milieu du XIXesiècle, un autre mode d’expositions parallèles, dans les galeries. Cela bouleverse les donnéesdu marché et joue un rôle important dans l’évolution du goût et la diffusion des artistes. Parexemple les galeries de P. Durand-Ruel, G. Petit ou A. Vollard ont joué un rôle déterminantdans la reconnaissance des impressionnistes alors que les milieux officiels les ont rejetésLa deuxième moitié du XIXe siècle est dominée par l’idée de progrès qui repose sur denouvelles techniques, sur le développement des sciences, sur la rationalisation des méthodesde production. De même, de nouvelles techniques de reproduction – héliogravure,lithographie – le développement de la presse qui multiplie illustrations et caricatures, affichespublicitaires, diffusent la création artistique. La mise en circulation de couleurs industriellesen tubes permet aux artistes de quitter l’atelier et de peindre en plein air. L’invention de laphotographie va modifier le rapport à la figuration. Beaucoup d’artistes, de Courbet àToulouse Lautrec, ne considèrent pas la photographie comme une technique mais comme unart. La photographie fait voir une quantité de choses qui échappent non seulement à la visionmais à l’attention visuelle. Le problème de la vision soulevé par la photographie pousse lesartistes (réalistes et impressionnistes) à définir et à distinguer les types et les fonctionsrespectives de l’image picturale et de l’image photographique. La peinture délivrée de sa
 
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tâche « traditionnelle » de représentation du « vrai ». Elle se présente désormais comme purepeinture et s’attachera à montrer de quelle manière les procédés picturaux rigoureuxpermettent d’obtenir des valeurs irréalisables par d’autres moyens. La photographie a aidé lespeintres à souligner la spécificité de leur médium. Pour Courbet, l’image est une choseconcrète et non l’apparence des choses ; la facture du tableau ne peut pas être supplantée. Letableau est une image construite dont le poids et la consistance en font une chose réelle, unobjet matériel.
II. Modernité et avant-garde
1905 date la rupture qui inaugure l’art du XXe siècle et l’apparition d’une génération depeintres qui rejettent l’héritage impressionniste et se réclament de trois artistes essentiels :Van Gogh, Gauguin et Cézanne.Dès 1905, créer signifie transgresser le principe d’imitation des apparences et peindreau mépris des règles ordinaires.Pour certains, cette révolution va passer par la couleur. Si la couleur des peintres fauves(Matisse et Derain en particulier) ne reproduit pas le ton local mais le transpose librementdans des orchestrations de complémentaires, celle de Kirchner ou des artistes de Die Brücke(le pont) et celle du Blaue Reiter (Cavalier Bleu) sont purement subjectives.Pour d’autres, cette révolution va passer par la forme. Picasso et Braque, au travers duCubisme, fragmentent et dispersent les formes avant de les recomposer autrement par lecollage (1912) et l’assemblage de matériaux de récupération. Quant aux futuristes, ilsobservent les êtres et les choses métamorphosés par la vitesse et cherchent à insuffler autableau le dynamisme de la vie moderne. D’autres artistes tels que Kandinsky, Kupka,Delaunay ou Malevitch mettent en cause toute représentation identifiable pour aboutir à l’artabstrait avant la première guerre mondiale. Tous les bouleversements artistiques se diffusentrapidement grâce aux expositions, aux revues, aux voyages et aux rencontres ; l’Europe desartistes vit au même rythme ; des idées proches émergent simultanément à Paris, à Berlin et àMoscou. Ce monde d’innovation et de libre circulation s’interrompt en 1914 ; la vie artistique,très réduite pendant la guerre, reprendra en 1918.Pendant les premières décennies du XXe siècle, l’activité artistique est dominée par lanotion de modernité. Depuis le milieu du XIXe siècle, les considérations sur la modernité, àcommencer par celle de Baudelaire qui avait annoncé comme principe que les arts du présent
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