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numéro 24avril 1999
L’annonce faite, le 19 janvierdernier, par le Premierministre, de la libéralisation del’usage de la cryptologie, a étésaluée de manière quasi una-nime tant en France qu’àl’étranger. Chacun se réjouit eneffet de pouvoir choisir libre-ment son procédé cryptolo-gique parmi ceux qui affichent,exprimée en nombre de bits, laclef la plus longue.Aujourd’hui, l’utilisateur estseul maître de son choix, lorsqu’il en existe un, et seul responsable de l’usagequ’il fait de la cryptologie.Si pour des organismes parfaitement rompus à l’utilisation de ces tech-niques, conscients des contraintes qu’elles imposent, des pièges qu’ellesrecèlent et de la limite de leur efficacité, cette tâche et cette responsabiliténe posent guère de problèmes, qu’en est-il pour le profane qui a découvertla cryptologie dans
Que sais-je?
ou même dans le livre de Bruce Schneier?Ce cryptologue reconnu internationalement n’a-t-il pas avoué lui-même,après avoir révélé une multitude de malfaçons dans les produits des plusgrands éditeurs, que le drame est que rien ne ressemble plus à un bon pro-cédé cryptologique qu’un mauvais! et que, finalement, il regrettait d’avoirvulgarisé des notions de cryptologie laissant croire qu’on a tout compris aumoment où tout se complique.Nous savons que la cryptologie n’est pas la panacée à tous les maux. Ensuite,qu’elle n’est pas simple à mettre en œuvre. Enfin, que la force d’un procédécryptologique ne se résume pas à la longueur de sa clef…La sélection d’un tel dispositif, s’intégrant dans un système défini et répon-dant à ses besoins réels, exige un travail rigoureux et un niveau d’expertiseélevé. Sinon, gare à ceux qui vous vendront du pseudo 128 bits, à la portéed’un pirate débutant! Mais gare, également, aux produits plus finementaffaiblis offrant un accès réservé à quelques privilégiés.Certains l’ont déjà compris. C’est pourquoi le SCSSI est, d’ores et déjà, trèssollicité par des utilisateurs qui cherchent leur voie à travers ce nouveauchamp de liberté.
Général Jean-Louis Desvignes
Chef du Service central de la sécuritédes systèmes d’information (SCSSI)
CURITÉ INFORM ATIQUE
SÉCURITÉDESSYSTÈMESD
INFORMATION
CENTRE NATIONALDE LA RECHERCHESCIENTIFIQUE
é d i t o r i a l
De lusagede la cryptologie
L
A
plus grande partie des transactions quisont faites en vis-à-vis,ou par le support dupapier,le seront bientôt par le truchementdes médias électroniques.La facilité d’emploi,de transmission et de traitement des informa-tions électroniques va en augmenter l’usagedans tous les domaines.Pour l’instant,la consul-tation de sites Internet et le courrier électro-nique sont les applications les plus répandues –et déjà un besoin de protection se fait sentir.Que ce soit pour échanger des informations surun brevet avant qu’il ne soit déposé ou pouraccéder à une banque de données médi-cales,on exige un certain secret.Pour envoyerun ordre ou un bon de commande numérique,il est essentiel que l’identité de l’émetteur soitgarantie.Quand le porte-monnaie électro-nique nous permettra de régler tous nosachats,pour respecter la vie privée,c’est-à-dire,ici,l’anonymat dans la vie courante,il fau-dra empêcher que toutes les opérations nesoient liées à une personne.Tous ces besoins,donnés à titre d’exemple,sontessentiellement couverts par une partie bienspécifique de la sécurité des systèmes d’infor-mations: la cryptologie.
Que recouvre la cryptologie?
s
La cryptologie est à la fois une science et unetechnologie.Science,dont les principes les plusrécents sont encore l’occasion de nouvellesdécouvertes.Technologie,utile et nécessairedans l’industrie de la sécurité et pour tous ceuxqui veulent protéger leur information.La cryptologie couvre couramment quatregrandes fonctions de sécuri:
1. L’authentification
Il s’agit de garantir l’origine d’une information.En général,on utilise la signature numériqueavec un couple de clés dont celle permettantde créer les signatures est gardée secrète,etdont l’autre permettant de vérifier la signature
 Libéralisation de l’utilisationde la cryptologie…
suite page 2
 
est rendue publique.Le courrier électro-nique,un bon de commande transmis enligne,un acte administratif peuvent êtresignés pour prouver leur origine et engagerle signataire,à l’identique d’un paraphesur le papier.La signature numérique n’a réellement prisson sens qu’avec la découverte des sys-tèmes de cryptologie dit «asymétriques».On peut diffuser largement le moyen devérifier une signature sans risque de donnerle moyen d’en contrefaire.Cependant lesprincipes mathématiques employés sontrécents,et si l’utilisation de la signaturenumérique est maintenant techniquementpossible,l’édifice juridique et les usagescourants ne sont pas encore adaptés àson utilisation.Divers travaux internationauxau sein de la Communauté européenneou de l’OCDE tentent d’amorcer une évo-lution favorable à la reconnaissance juri-dique universelle des signatures numé-riques.
2. L’identification
Il s’agit de garantir l’identité et la qualitéd’une personne qui souhaite accéder àdes informations ou à des ressources maté-rielles.En général,on utilise le contrôled’acs par mot de passe.Pour consulterson courrier électronique,pour se connec-ter à un ordinateur distant,ou pour entrerdans un lieu protégé,on peut ainsi s’assu-rer de l’identité du demandeur.Ce problème est souvent négligé.En parti-culier,on voit encore trop de mots depasse circuler en clair sur les réseaux.Lorsd’une ouverture de session ftp,ou telnet,
vous êtes-vous déjà demandé commentest protégé le mot de passe que vousentrez sur l’ordinateur en local?
Dans lamajorité des cas,il est simplement envoyéau serveur,risquant sur son trajet d’êtreattrapé par un «renifleur» et de finir dans labase de mots de passe d’un pirate qui sefera un plaisir de l’utiliser pour toutes sortesd’acs illégaux.Il conviendrait d’amélio-rer rapidement les méthodes de contrôled’accès,mais,paradoxalement,c’est undes domaines de la sécurité où l’évolutionest des plus lentes.Pourtant il existe dessolutions,qu’il serait bon de valider au plusvite.Des techniques de cryptologie relati-vement simples,comme le défi réponse,permettent de ne pas diffuser l’informationclé réutilisable,que cela soit un mot depasse ou une clé plus complexe sur un sup-port physique.
3. La confidentialité 
Il s’agit de garantir le secret de l’informa-tion transmise ou archivée.En général,onutilise le chiffrement au moyen d’une clésymétrique (
cf.
page5: «La révolution dela cryptologie asymétrique»).Tout,du cour-rier électronique aux commandes d’admi-nistration d’un ordinateur à distance,peutêtre ainsi protégé sous une forme chiffrée.Trop souvent,la cryptologie est limitéedans les esprits à cette fonction de protec-tion de la confidentialité.Sans doute desraisons historiques ne sont pas étranres àcette confusion.En effet,pendant dessiècles,c’est à peu près le seul usage quien était fait.Déjà au Moyen Age,les grandsstratèges et l’église utilisaient des formesélémentaires de chiffrement,dans le des-sein de cacher le contenu de messagesqui traversaient les lignes ennemies outransitaient sur des terres hostiles.
4. Lintégrité 
Il s’agit de garantir l’intégrité,c’est-à-direl’absence de modification d’un messageou d’un document.On peut utiliser lasignature numérique sous sa forme symé-trique ou asymétrique,ou encore le chif-frement.Il est particulièrement importantque,dans toute négociation et accordcontractuel,on puisse vérifier qu’aucunemodification du document électroniquen’a été faite.La cryptologie s’intéresse aussi à d’autresproblèmes dont l’importance va croissant,comme la non-répudiation – garantissantque l’auteur d’un message ou d’un docu-ment ne peut pas nier l’avoir écrit et,le caséchéant,transmis ,l’anonymat (ou la non-trabilité).La technologie peut rendrenombre de services,mais il lui est aussi pos-sible de protéger l’individu de ses propresabus (
cf.
en encadré «Illusion de l’anony-mat»).
Plus qu’un ensemblede principes mathématiques,un savoir-faire
s
Pour assurer correctement l’ensemble deces fonctions de sécurité,il ne suffit pas demettre les uns à côté des autres des algo-rithmes sans réflexion préalable particu-lière.La diffusion d’une certaine connais-sance cryptologique dans le domainepublic,et en particulier sur Internet,adonné l’illusion de la facilité.Le livre deBruce Schneier
Applied cryptography 
enest le meilleur exemple.Se voulant,dans unpremier temps,le chantre de la liberté dediffusion de l’information,Bruce Schneier arassemblé dans son livre une somme deconnaissances sur les algorithmes crypto-logiques,donnant leur description,leursconditions d’utilisation,leur limite connuede solidité… Son aspect relativementlinéaire et simple tend à faire croire à lalecture que l’implémentation de tous cesprincipes est simple.Il est intéressant desavoir que depuis,lors de certaines de sesconférences,Bruce Schneier avoue lui-même avoir fait plus de mal que de bien àla sécurité,créant cette illusion de facilité.Il décrit de manière imagée mais fort justequ’il existe deux types de cryptologie:celle qui empêche votre petite sœur d’ac-der à vos fichiers,et celle qui empêcheles services étrangers d’écouter et demanipuler vos informations.La vraie diffi-culté est de passer du premier audeuxième type de cryptologie.Dans cecontexte,le défi,que nous rencontronschaque jour au SCSSI,est d’aider la Franceà entrer dans la société de l’informationavec un bon niveau de sécurité.
2
De l’usage de la cryptologie… De l’usage de la cryptologie… De l’usage de la cryptologie…
I
llusion de l’anonymat
Certains semblent penser que la large diffusionde la cryptologie suffira à la protection de la vieprivée. Ce n’est malheureusement pas aussisimple. Certes le chiffrement peut cacher desinformations, mais la signature, elle, ajouteune identification claire de l’émetteur d’undocument, par exemple d’un courrier électro-nique. Les protocoles sécurisés de commerceélectronique portent inévitablement des réfé-rences des vendeurs et acheteurs, plus oumoins bien protégées. D’autres protocoles per-mettent, sans en casser la sécurité, d’obtenirdes détails sur les interlocuteurs.Toutes ces informations transitant sur lesréseaux peuvent énormément simplifier la col-lecte et le traitement des données concernantun individu particulier. Si certains s’interro-gent sur le droit à l’anonymat, d’autres pensentque chacun a le droit d’acheter un livre ou un journal sans être référencé pour autant dansune base de données. Si l’on veut dans l’avenirpermettre des transactions à la fois sûres etanonymes – en particulier dans le commerceélectronique –, il faudra faire appel à des prin-cipes cryptologiques d’une complexité biensupérieure au simple chiffrement.
s
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   s   u    i   t   e    d   e    l   a   p   a   g   e    1
sécurité informatiqueavril 1999 - n°24
 
Quelle que soit la fonction de sécuritérecherchée à travers l’utilisation de lacryptologie,il convient de faire appel àdes outils sûrs et adaptés.Pour assurer la confidentialité,la simpleobservation de la longueur de la clé n’estpas suffisante.L’étude de l’algorithme uti-lisé,c’est-à-dire sa cryptanalyse,est indis-pensable.Les exemples sont nombreux deméthodes inattendues d’attaque d’algo-rithmes jugés dans un premier tempscomme sûrs.Citons pour l’exemple RC3,algorithme de chiffrement,qui,«cassé» eninterne,n’est jamais sorti de RSA DataSecurity,Safer,algorithme de chiffrementde Massey pour Cylink,dont une crypta-nalyse réaliste a été présentée en 1997,etSHA,standard de condensation améri-cain,qui a été modifié après sa diffusionpour compenser une erreur de concep-tion.Quand on a acquis une confiance rai-sonnable en la solidité d’un algorithme,ilfaut encore s’assurer de sa bonne utilisa-tion dans un produit,logiciel ou matériel.Ilconvient de définir précisément les par-cours de l’information secrète,la gestiondes clés,les protocoles d’échanges dansles cas de transmissions…Il est simple,en oubliant la question de l’in-terface homme-machine,de faire un logi-ciel chiffrant des fichiers sur un ordinateuren local.Il est,à l’opposé,très difficile demettre au point une infrastructure permet-tant de certifier,distribuer et gérer dans letemps les clés de milliers de personnes quidoivent échanger des messages avec unbon niveau de confidentialité et d’authen-tification.La moindre faille peut compro-mettre l’ensemble des secrets des interve-nants.La question de ces grandesinfrastructures de gestion de clés est undes fis des quelques années à venir.Même pour l’identification,les principesretenus doivent être adaptés au besoin.Unsimple code de quatre chiffres suffit pourdéverrouiller un GSM ou une transactionde paiement par Carte Bleue.Enrevanche,l’administration à distance d’ungros calculateur ou d’un pare-feu devraitfaire appel à des méthodes d’une autrerobustesse,où la possession d’un supportphysique – comme une carte à puce – etd’un mot de passe est indispensable.Mal-heureusement,la grande majorité desconnexions dans le monde Unix et Internetn’utilisent que la protection par mot depasse envoyé au serveur encore trop sou-vent en clair.Enfin l’intégrité est assez souvent prise encompte au titre de la sûreté de transmissionplus qu’en terme de sécurité.On secontente alors d’utiliser des codes correc-teurs d’erreur dont la finalité n’est que decontrer certaines erreurs aléatoires et invo-lontaires de transmission sur des supportsphysiques de qualiinégale.Mais,dans cer-tains cas,il faut aussi se garantir contre lesmodifications volontaires,par exemple lorsde la transmission de montants financiers oude commande d’une centrale électrique.Ces exemples montrent qu’au-delà desalgorithmes utilisés,il faut faire appel à unvrai savoir-faire pour concevoir et réaliserdes produits de sécurité,quelles qu’ensoient les fonctions attendues.On est loind’une simple classification en fonction dunombre de bits d’une clé.
L’architectureest essentielle.
Selon le cadre d’utilisation,les protocoles sont plus ou moins adaptés.Même le séquencement des opérationspeut être déterminant pour la sécuritéd’un édifice cryptologique.Doit-on identi-fier d’abord le correspondant,ou négocierles fonctions cryptologiques utilisées? Doit-on avoir un mode dégradé en casd’échec de négociation? Des questionsde fond se posent à chaque moment dela conception des produits,et cetteréflexion doit accompagner l’ensemble ducycle de développement.
Comment trouver le bonproduit de cryptologie?
s
S’il apparaît qu’il n’est pas si facile de faireun bon produit de cryptologie,malheureu-sement il est aussi très difficile de distinguerles bons produits des mauvais.En l’ab-sence d’informations précises,il est mêmeimpossible à l’expert de se prononcer.Ilfaut en faire une analyse poussée tant auniveau des principes et objets cryptolo-giques utilisés qu’au niveau de leur mise enœuvre pratique.La garantie d’un savoir-faire,mais aussi une grande ouverture ettransparence de la part du concepteursont des conditions essentielles de la réus-site de ce processus de sélection enconnaissance de cause.Être connu et reconnu ne suffit pas.Dansles produits que l’on peut facilement trou-ver sur le marché,bon nombre ne méritent
3
P
etit Glossaire
Le vocabulaire de la cryptologie pose parfoisquelques problèmes, en particulier à cause desanglicismes qui ont pu s’y glisser. Voiciquelques termes:
²
CHIFFRER
:
transformer à l’aide d’une convention secrète,appelée clé, des informations claires en infor-mations inintelligibles pour des tiers n’ayantpas la connaissance du secret;
²
 DÉCHIFFRER
:
retrouver les informations claires, à partir desinformations chiffréesen utilisantla conven-tion secrète de chiffrement;
²
 DÉCRYPTER
:
retrouver l’information intelligible, à partir del’information chiffréesans utiliserla conven-tion secrète de chiffrement.Par contre, crypter ou encrypter n’ont pas desens clairement défini, mais sont parfois utilisésà tort comme synonymes de chiffrer.
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uelques adresses utiles:
On retrouve un certain nombre d’explications ainsi que le discours intégral du Premier ministre, àl’adresse du site gouvernemental :http://www.internet.gouv.fr/francais/frame-actualite.html#RegulationLa page donnant la liste des derniers décrets et arrêtés sur la cryptologie ainsi que les liens vers les docu-ments complets à:http://www.internet.gouv.fr/francais/commerce/textesref.htm#1ouhttp://www.internet.gouv.fr/francais/textesref/cryptodecret99199.htmDécret n°99-200 du 17mars 1999 définissant les catégories de moyens et de prestations de cryptologiedispensées de toute formalité préalable:http://www.internet.gouv.fr/francais/textesref/cryptodecret99200.htmUn article très instructif de Bruce Schneier A LIRE ABSOLUMENT, à l’adresse:http://www.counterpane.com/pitfalls_french.html.
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sécurité informatiqueavril 1999 - n°24
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