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Mantras Et Phonétique Occidentale

Mantras Et Phonétique Occidentale

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S. Freud (1948), évoquant la "magie des mots" affirme qu'elle "découle d'une foi en la toute puissance de la pensée" comme en découlerait aussi la "conviction du pouvoir lié à la connaissance et à l'énonciation de quelque nom
S. Freud (1948), évoquant la "magie des mots" affirme qu'elle "découle d'une foi en la toute puissance de la pensée" comme en découlerait aussi la "conviction du pouvoir lié à la connaissance et à l'énonciation de quelque nom

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01/14/2011

 
Les Mantras
 
Dr Bernard Auriol
 
S. Freud (1948), évoquant la
"magie des mots"
affirme qu'elle
"découle d'une foi en la toute puissancede la pensée"
comme en découlerait aussi la
"conviction du pouvoir lié à la connaissance et àl'énonciation de quelque nom"
(Cf.l'exorcisme).
 
Cette assertion garde sa valeur; il n'empêche que la pratique des sons articulés, mis à part cet aspect"magique" éventuel, semble produire des effets psychophysiologiques démontrables et peut seconforter des constatations de la psychophonétique transculturelle. A ce titre le sujet mérite mieux que
 
du mépris et nous allons tenter de l'aborder.
 
Pour bien des mystiques, de Saint Jean Evangéliste (Nouveau Testament, TOB, Cerf 1975, p. 291)déclarant
"Au commencement était le
Verbe
(. . . ) et le Verbe était Dieu",
 jusqu'aux Tantras
 
dénommant le divin transcendant comme
"Parole silencieuse"
(A. Padoux, 1975, p. 25), le premierprincipe est désigné par un terme évoquant le langage, doté en cette occasion de caractéristiqueséminentes et absolues. Dès lors, il n'est pas extraordinaire que soient proposées quelques applicationsdévotionnelles de l'expression orale. Dans une grande variété de cultes, certains ensembles de mots,pourvus ou non de signification, ont été utilisés afin de faciliter ou même de produire directementl'accès au divin.
 
1. Variétés cultuelles des mantras
 
Près de nous, les
"oraisons jaculatoires"
(Tanquerey, § 528), la récitation de l' "Ave Maria", àpartir duXI
°
s. (Pierre Damien, 1065) ou du rosaire (XII
°
et XIII
°
s. ; cf J. Laurenceau, 1972), les litanies, etc.
 
Les chrétiens orthodoxes font usage de la
"prière du coeur",
répétitions mentales accompagnées derespirations particulières et autres techniques corporelles
(hésychasme).
 
Dans le monde islamique, sans parler des pratiques
 soufi
de psalmodie fascinante réunissant lesadeptes en cercle dansant, l'usage du chapelet avec répétition insatiable de
 noms divins
ou deformules sacrées est fort répandu et attesté dans toute l'aire mahométane
(dhikr).
 
Faisons ici une place particulière à Abû
v
Abd Allah al-Husayn Mansur al-Hallaj, né vers 857 (ou 244 de
 
l'Hégire), mort le 26 mars 922 (ou 309 de l'Hégire) à Bagdad. Ce fut un des plus subtils parmi lesmystiques du soufisme. Il est l'auteur d'une œuvre abondante basée sur le Coran et les mots ou lettresqui le constituent.
 
En quête de «
l'Alphabet Equatorial
», sa poésie est considérée encore aujourd'hui comme une
 
hérésie par de nombreux théologiens de l'Islam. Pour lui, il s'agissait d'une recherche de l'Absolu.Son approche du texte coranique est essentiellement liée à l'essence des lettres dont il assurequ'elles sont l'expression de la pensée divine. _________________________________________
 
Le Judaïsme est loin d'ignorer de telles pratiques et Hruby (1965, p. 214) peut écrire (avec quelqueabus):
"L'une des conceptions les plus originales de la Cabale est sans doute celle de la force créatricedes sons articulés dont le fondement, conformément à l'ancienne doctrine du Logos, est le Verbe primitif".
 
Le point d'interrogation quant à "l'originalité" de ces conceptions me paraît indispensable poursouligner que dans
l'hindouisme et le bouddhisme,
la pratique des mantras est immémoriale et restepleinement active, qu'il s'agisse du fameux "grand mantra " bouddhiste
tibétain
(OMMANIPADME  HUM),
des hurlements
zen
 japonais
(MU MU),
du
nembutsu
(NAMO AMIDA BUTSU)
oud'invocations mystiques hindouistes
(HARE KRISHNA ! HARE RAMA! / OM NAMAH SHIVAYA).
Enfait tout texte déclaré "sacré", objet de cognition par un prophète (rishi) se laisse appeler mantra .
 
Il serait excessif d'en rapprocher le fameux "cri qui tue", le
Kiaï 
(Lasserre, R., 1954) japonais, qui n'a
 
 jamais tué directement personne, mais crée un effet de surprise que le combattant peut mettre à profit
 
pour porter un coup fatal: il tire son action sidérante, non d'une structure sonore précise et sophistiquée(il y suffit d'une voyelle plus ou moins dérivée d'un
"Ai": éi, ai, eight, hait, healt, ait,
etc ... ), maisplutôt de la brusquerie, quasiment impulsionnelle (au sens de l'acoustique) de sa profération et à laforce qu'on y met. Bruit vocal puissant, sauvage, très fort, très soudain, très bref et très concentré, porà un moment adéquat d'interaction entre les protagonistes et surtout basé sur l'observation précise de larespiration de l'adversaire.
 
Technique pour utiliser les mantras
 
Selon la tradition, le mantra doit être dit exactement, en respectant un certain nombre de règles. Il n'atous ses effets, notamment dans l'ordre spirituel, que s'il est intérieurement médité, exactementprononcé sans arriver pourtant aux lèvres ("mémoration" du mantra selon A. Padoux, 1975): lesschèmes centraux de prononciation des phonèmes sont requis - et eux seuls - jusqu'à leur dépassement
 
dans la conscience de la conscience prononçante alors même que tout mouvement intérieur tend à sestabiliser comme en témoigne la diminution spectaculaire du métabolisme de base, la régularisationdes battements cardiaques, l'arrêt complet ou partiel de la respiration...
 
2. Mantra et Mantra
 
Cependant, on doit distinguer l'action de la répétition d'un mantra, quel qu'il soit, (effet aspécifique)d'une part, et l'action liée à la nature de ce mantra exactement prononcé: celui là et pas un autre (effetspécifique), d'autre part (cf Blofeld, p. 232 et sq., H. Benson, 1976, B. Auriol, 1977 et 1979).
 
Pour les yogis du tantrisme, plus encore que dans tous les autres cas, la signification (en tant que code)du mantra est de peu d'intérêt en regard de son effet intrinsèque, qui ne dépendrait en aucune façon de laculture du locuteur ou de son allocutaire. Autrement dit, l'effet d'un mantra devrait se comprendrecomme celui d'une piqûre d'acupuncture, avec un degré supplémentaire de subtilité. On peut encorecomparer cette conception à celle des archétypes de Jung, àceci près que le mantra est une structuresonore et non visuelle. C'est cette idée qui a conduit à annexer à chacun des chakras une lettre "racine"centrale et un certain nombre de lettres périphériques portées par les pétales de son lotus représentatif.Maryse Choisy compare la lettre centrale ou "bija" mantra àune note fondamentale dont les mantras
 
sur pétales seraient les harmoniques.
 
3. Effets
Que les mantras aient une structure archétypique, soient du champ sonore et n'aient pourtant aucunesignification lexicale en font des outils très particuliers "à la limite de la différenciation et del'indifférenciation", capables de ramener l'esprit de la diversité à l'unité (Padoux, 1975, p. 269).L'usager se relaxe, s'intériorise, accède au plus central de son être. Il tend à se replier, à contre-pente dela tendance naturelle vers le monde des objets et jusqu'à "l'intime le plus intime de sa propre existence"
 
(L. Gardet, 1953). L'expérience tend à un "monoïdéisme qui lie en quelque sorte le conscient (maissans l'obnubiler), le met en harmonie explicite" avec la partie mystérieuse de l'être.. . Non-saisie de laNescience ('fana' du 'fana' pour les soufis), Nescience fruitive,
"absorption en un mode supérieur d'existence, fgaturée de l'habituelle dispersion en quelque unité non exprimable"
(dhikr
de l'intime ou
samadhi).
Sur le plan physiologique, j'ai cru pouvoir caractériser ce résultat par le terme d'éveil
 
paradoxal (Auriol B., 1987).
 
4. Les Mantras sauvages
 
Il n'est pas possible de cantonner notre étude aux formules saintes. Les enfants et les clowns, usentaussi de répétitions personnelles ou collectives en vue, sans doute, de limiter l'angoisse, comme S.Freud l'a expliqué, mais peut-être aussi par jeu pur et simple; attitudes ludiques partagées avec nos
 
frères oiseaux (pas seulement les perroquets gris) ou mammifères. Je citerai quelques exemplesconnus en France: "am stram grain, piké piké kolégram, bouré bouré rataplam, am stram grain" / "ra,peti, peta, petit pas, petit bus, si té fatigué ta ka prend, l'autobus" / "aux esclaux, pingui pinglo, barkachouya, ridé ridé ridé, répéti péta", etc.
 
II. Une Science Phono-Psychique ?
 
Nous verrons, en fin de chapitre, l'intérêt d'appliquer nos déductions à toutes formes d'expressionorale. Dès maintenant il convient de noter plusieurs éventualités rendant compte du lien mot/psyché:
 
1. Conceptions reçues
 
1)
 
Dans une première conception, fiée à la linguistique Saussurienne, il existe un lien par essence"arbitraire", autrement dit aléatoire, entre chaque ensemble phonématique et le champ sémantiquecorrespondant. Le langage est une algèbre et il n'y a pas de différence fondamentale entre le morseou n'importe quelle autre forme d'expression numérisée et les langues historiques des différentspeuples.2)
 
On tempère généralement cette assertion en concédant l'existence dans la plupart des languesd'expressions sonores imitant certains bruits de l'environnement: les onomatopées et les allitérations.M. Jousse (1969) insiste tout spécialement sur cet aspect qu'il tente de généraliser dans ce qu'ilappelle le "phonomimisme", bien mieux réalisé autrefois qu'aujourd'hui...3)
 
Plus récemment la psycholinguistique (Fonagy par ex. ), a dégagé certaines relations constantesentre plusieurs phonèmes et tel ou tel champ sémantique. L'aspect moteur, articulatoire du phonèmeprend ici le dessus, il ne s'agit plus d'un "phonomimisme" mais d'un "articulo-mimisme" expliqué parune parenté symbolique hypothétique entre la glotte et l'anus, ou par d'autres considérations toutaussi fragiles. Michel Bernard (1976 p. 328) écrit, par exemple,
"paradoxalement la voix, travaillée par la pulsion de mort, utilise les structures de l'oralité (. . . ) pour en inverser le sens et évoquer, par son mécanisme, la fonction excrétrice qui lui est opposée".
Il fait ainsi écho à G. Deleuze (1969,p. 225) pour qui parler est
"taillé dans manger et chier".
 

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