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Proposition15_CollectifRoosevelt2012

Proposition15_CollectifRoosevelt2012

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08/05/2012

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 Négocier un vrai Traitéde l’Europe Sociale
PROPOSITION 15jaNvIeR 2012-1 / 3
« Votez Oui à Maastricht et on se remettra au tra-vail tout de suite sur l’Europe sociale » affirmait JacquesDelors quelques jours avant le référendum sur Maastrichten 1992. Il reconnaissait que le Traité était très insuffisanten matière sociale mais demandait aux citoyens de ne pascasser la dynamique européenne. Le Oui était passé de justesse.Vingt ans plus tard, alors que la crise sociale s’aggravedans tous nos pays, les Traités européens sont de nouveauen discussion. Les peuples ne peuvent plus se contenterde promesses. Il faut passer aux actes.Réguler nos échanges avec la Chine est une question fon-damentale, mais comment éviter que notre productionindustrielle soit délocalisée au sein même de l’Europe ?La France doit-elle s’aligner sur le moins-disant fiscal etsocial tchèque (c’est la direction que prend Nicolas Sarko-zy quand il annonce qu’on supprime la taxe profession-nelle) ou faut-il agir, au contraire, pour que l’ensembledes pays membres renoncent à des stratégies de dumpinget retrouvent, ensemble, la voie du progrès social ?Pour éviter que les pays d’Europe soient tentés les unsaprès les autres d’imiter et d’amplifier ce dumping, il fautprofiter des négociations en cours pour imposer un vraiTraité social européen, avec des critères de convergencesociaux, qui oblige les 27 états membres à converger «
vers en haut 
» en matière sociale comme ils ont su convergervers en haut en matière économique grâce aux critères deMaastricht.Si, depuis des années, nous sommes nombreux àmiliter pour l’adoption d’un vrai Traité de l’Europe sociale,c’est pour trois raisons au moins : 
1 > des raisons sociales
, évidemment. Commentse résigner à de tels niveaux d’injustice ? Comment accep-ter qu’on laisse autant d’hommes, de femmes et d’enfantssur le bas côté ? Pas besoin d’insister; vous partagez sansdoute la même volonté de lutter contre l’injustice. 
2 > des raisons politiques
. En ne se donnantpas les moyens de devenir une force politique, diploma-tique et militaire, l’Europe participe à la déshumanisationdu monde : en 1993, les signataires des accords d’Oslodemandaient à l’Europe de les aider à construire la Paixentre Israël et la Palestine... Presque vingt ans plus tard, iln’y a toujours pas d’Europe politique, toujours pas de forceeuropéenne d’interposition.Il est temps de réagir et de faire naître une Europe poli-tique, disposant d’une vraie diplomatie et d’une vraie ar-mée. Oui, il y a urgence à faire naître une Europe puissante,capable de tirer richesse de sa diversité. Mais il n’y aurapas d’Europe forte sans soutien des opinions publiques :pas d’Europe politique sans Europe sociale.Dans de nombreux pays,
les citoyens n’accepteront au-cune évolution vers une Europe politique si la questionsociale est toujours remise à plus tard
. Il n’y aura pasde progrès institutionnel (une diplomatie européenne,une défense européenne) si l’Europe oblige ses Etatsmembres à mettre en place des plans de rigueur et n’estpas capable de répondre mieux aux attentes de la vie quo-tidienne des citoyens. 
3 > des raisons économiques
enfin. Si nous vou-lons un Traité de convergence sociale c’est aussi parceque, comme le disait Ford au siècle dernier, «en périodede crise, chacun voudrait baisser les salaires et baisser laprotection sociale, mais cette baisse des salaires aggravela crise ! Il faut donc nous donner des règles collectivespour éviter que le dumping de l’un oblige tous les autresà un dumping équivalent.» Surtout quand ce dumping estinutile parce que, globalement, la balance commerciale del’Europe est équilibrée !C’est quand tous ont un vrai travail, un vrai salaire et unebonne protection sociale que l’économie fonctionne de lafaçon la plus solide. Voilà pourquoi il nous paraît urgent -vraiment urgent - de doter l’Europe d’un vrai traité social.Le traité de Maastricht comportait cinq critères (déficitinférieur à 3 %, dette inférieure à 60 %…). De même, nousproposons 5 objectifs pour l’Europe sociale :* un emploi pour tous : un taux de chômage inférieur à5 % ;* une société solidaire : un taux de pauvreté inférieur à5 % ;* un toit pour chacun : un taux de mal-logés inférieur à3 % ;* l’égalité des chances : un taux d’illettrisme à l’âge de10 ans inférieur à 3 % ;* une réelle solidarité avec le Sud : une aide publique audéveloppement supérieure à 1 % du PIB.Nous avons su vaincre l’inflation (en quelques années, elleest passée de 14% à 2%). Pourquoi ne pas nous attaqueravec autant de force au chômage, à la pauvreté ou au mallogement ? Des sanctions doivent être prévues pour lesEtats qui ne respecteraient pas ces critères sociaux d’ici10 ans. Le traité doit comporter également des garantiesfortes en matière de financement des systèmes de sécu-rité sociale et des services publics.
 
 
PROPOSITION 15jaNvIeR 2012-2 / 3
Le Traité doit obliger le Président de la Banquecentrale à dialoguer avec les élus (comme c’est le cas auxEtats-Unis). Il doit permettre le financement du budgeteuropéen par un impôt européen. Le Traité reconnaît leprincipe d’intérêt général et l’utilité des services publics.Il charge le Parlement européen d’élaborer d’ici deux ansune vrai Charte du développement durable qui obligeral’Europe à modifier sa politique énergétique et ses posi-tions en matière de politique commerciale.Dans un marché unique, aucun pays ne peutprogresser durablement en matière sociale si les autresrégressent.
La France ne pourra pas garder longtempsun haut niveau de protection sociale si tous nos voisinsy renoncent progressivement
. Si, en Italie, en Autricheou en Espagne, des millions de retraités pauvres viennentrejoindre les rangs des salariés pauvres, il est illusoirede penser que nous pourrons, seuls, conserver un hautniveau de cotisation et de protection sociale. Voilà pour-quoi il faut créer un « carcan positif » obligeant tous lespays à converger vers le haut, au lieu de se résigner àdétruire progressivement toutes les protections socialesconstruites depuis un demi-siècle.Non seulement l’Europe doit être un bouclier protecteur,mais elle doit inciter chaque pays à améliorer son systèmesocial en allant voir chez le voisin ce qu’il y a de mieux.
En 2004
, dès que notre projet de Traité de l’Europe socialea été rendu public, il a reçu le soutien d’un grand nombrede personnalités
1
 
: aussi bien Stéphane Hessel ou JacquesDelors que José Bové, Bronislaw Geremek (ancien ministrepolonais), Enrique Baron Crespo (président du groupe so-cialiste au Parlement européen), Jean Daniel du NouvelObservateur, Susan George d’Attac, Bruno Trentin (pré-sident du plus grand syndicat italien), René Passet (éco-nomiste), Timothy Radcliffe (ancien Supérieur général del’ordre des Dominicains), l’abbé Pierre, Philippe Guglielmi(ancien Grand Maître des franc-maçons du Grand Orient),Jean-Maurice Dehousse (ancien Ministre-président de laWallonie), Robert Goebbels (ancien Ministre de l’économieluxembourgeois), Jean-Jacques Viseur (ancien Ministredes finances belge), Gérard Pelletier (Président de l’Asso-ciation des Maires Ruraux de France), Claudy Lebreton(Président de l’Assemblée des Départements de France),Alain Rousset (Président de l’Association des Régions deFrance), le Mouvement National des Chômeurs et pré-caires (MNCP), quelques 250 parlementaires et des mil-liers de citoyens issus de neuf pays de l’Union.Pour soutenir notre initiative et demander à la ConventionGiscard qui rédigeait la Constitution européenne d’en tenircompte, le Président de la Commission, Romano Prodi,avait reçu une délégation des premiers signataires.
1 Cf. la tribune de Stéphane Hessel, Michel Rocard et Pierre Larroutu-rou dans Le Monde du 9 juin 2004.
Devant tous les journalistes présents au siège dela Commission européenne, Romano Prodi souligna avecforce l’importance et la crédibilité de notre démarche : «Ce sont des critères tout à fait réalistes. Ce sont des objec-tifs tout à fait atteignables. C’est une question de volontépolitique. J’en suis persuadé : c’est seulement une ques-tion de volonté politique.» Hélas, Valéry Giscard d’Estaingqui présidait les travaux de la Convention sur l’avenir del’Europe, refusa d’intégrer un projet de Traité social.Après le Non au référendum français en mai 2005, l’idéede compléter les traités avec un protocole social s’étaitprogressivement imposée chez les dirigeants européens :«Le Non français n’est pas un rejet de l’Europe elle-mêmemais
un rejet de l’Europe néolibérale
, affirmait JohnMonks, le Secrétaire Général de la Confédération Euro-péenne des Syndicats (C.E.S.) juste après le vote. Près de80 % des ouvriers ont dit non. L’Europe n’est pas apparuecomme une réponse au problème du chômage.»Et le problème ne concerne pas que la France: «
Si lesAllemands se prononçaient par référendum, je suis sûrqu’ils voteraient non
» affirmait Peter Altmaier, députéCDU, «il faudrait que le modèle social soit clarifié.»En mars 2007, à l’occasion des 50 ans du Traité de Rome,
Angela Merkel
réunissait à Berlin tous les Chefs d’Etatd’Europe et rappelait devant eux sa volonté d’ajouter un«protocole social» à la Constitution européenne.Hélas, la France élit Nicolas Sarkozy.Et le nouveau Président voulut clore très vite le dossiereuropéen. Alors que tous nos partenaires européens au-raient préféré se donner le temps de la réflexion et pen-saient ne boucler la négociation d’un nouveau traité qu’en2009, Nicolas Sarkozy exigea de conclure immédiatement.Sans prendre le temps du dialogue. Au risque de rater uneoccasion historique de rapprocher l’Europe des attentesdes peuples et des nécessités économiques et sociales del’époque.

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