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Le journal indépendant de l’Université d’OttawaÉdition du 12 janvier – Volume LXXVI N
o
15
D
éranger et pointer les failles
du système institutionnel fi-gurent parmi les deux occu-
pations pour lesquelles MarcKelly, étudiant, et Denis Rancourt,professeur, sont reconnus auprèsdes médias étudiants de l’Université
d’Ottawa. Mais cette fois-ci, c’est autour de l’administration d’agir: ar-restation, suspension et recomman-
dation de congédiement. Bref retoursur les faits.
Marc Kelly, étudiant du Départe-
ment de physique de l’Université, aété arrêté avant la réunion du Sénatdu 1er décembre dernier. L’incidentse serait produit lorsque Kelly arefusé d’arrêter l’enregistrement
 vidéo de cette rencontre. Après l’in-
tervention du Service de protection,
l’étudiant s’est fait arrêté par la po-
lice de la Ville d’Ottawa, a été banni
du campus. Il a pu ensuite le rega-gner suite à l’obtention de l’autori-
sation du procureur de la Couronne.«Malheureusement, il ne voulait passortir, ni enlever sa caméra. […] Ce
sont des évènements dont on aime-
rait bien se passer», a commenté
 brièvement Robert Major, vice-pré-
sident du Sénat.Denis Rancourt, professeur auDépartement de physique, s’est vu refusé l’accès à son bureau etau campus suite à l’attribution dela note A+ à tous les étudiants descours PHY 4385/5100, avec pourseul critère la présence en salle decours. Soutenant qu’il emploie unedifférente méthode pédagogique
de celle que l’on utilise à l’Univer-
sité d’Ottawa, il se défend corpset âme. «Ce n’est pas un mauvaissystème, il est juste différent. Jedonne la liberté aux étudiants et je
peux comprendre que ce soit diffi-cile pour eux d’apprendre par eux-mêmes. Cependant, n’est-ce pas le
meilleur outil pour les étudiants?»,
questionne ce professeur. Étant dé-
fenseur de la cause palestinienne,Rancourt estime que cette histoirede note est clairement un prétexte et
 blâme les relations entretenues en-
tre le recteur Allan Rock et le lobby israélien.
DOSSIER PAGES 23
L’administration sort les dents... et mord.
Rancourt et Kelly hors-combat?
SPORTS
Un nouveau Josh donne desailes aux Gee-Gees
ARTS ET CULTURE
Entrevue avec
Tracteur Jack 
Et rencontre avec
City of aHundred Spires
Basket-ballmasculin
Photo Martin LalandePhoto Céline Basto
À gauche, le professeur activiste Denis Rancourt est banni du campus et voit sa permanence remise en question. À droite, Marc Kelly, suspendu du campus.
 
Actualités
Phillipe Teisceira-Lessardactualites@larotonde.ca
le 12 janvier 2009actualites@larotonde.ca
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www.larotonde.ca
 Karine Hébert 
U
ne fois de plus, l’adminis-
tration de l’université auramontré ses dents à MarcKelly. Après l’avoir désinscrit d’uncours sans préavis et avoir refusé
d’approuver sa nomination au co-
mité d’appel du Sénat, il semble que
l’université n’en ait toujours pas finiavec l’étudiant et activiste. Ce der-
nier, rendu célèbre pour avoir faitconnaître sa cause à la population
universitaire en utilisant des mé-
thodes surprenantes, a été arrêtéun peu avant la réunion du Sénat dece 1
er
décembre dernier. Le tout se
serait produit parce que Kelly a re-
fusé de retirer la caméra qu’il avait
apportée dans la salle du Sénat afin
d’enregistrer la réunion.
Étudiant arrêté
Mireille Gervais, témoin lors del’arrestation, raconte que le Sénat n’alaissé à Kelly que deux choix : «soit tu
sors ta caméra du local, soit on appel-
le la police». Voyant que Kelly n’avait
pas l’intention d’obtempérer, les po-
liciers d’Ottawa ont été contactés.«Quand la police est arrivée, ils onttout de suite demandé à lui parler àl’extérieur de la salle.» En les voyant,Kelly se serait plutôt dirigé vers lefond de la pièce pour discuter avecles policiers. Il aurait alors demandés’il allait être arrêté simplement pour
avoir enregistré la réunion. Par la sui-
te, «la police lui a sauté dessus, elle l’a
mis contre le mur, elle l’a amené de-
hors et ils lui ont passé les menottes.»conclut Gervais.«Malheureusement, il ne voulaitpas sortir, ni enlever sa caméra.[…] Ce sont des évènements dont
on aimerait bien se passer», a com-
menté brièvement Robert Major,
 vice-président du Sénat. Gervaiset Julie Séguin, v-p aux communi-
cations de la FÉUO, auraient tenté
d’enregistrer les évènements, la pre-
mière à l’aide de sa propre caméra
photo-vidéo et la seconde, avec uneenregistreuse vocale. Les deux ap-
pareils ont été saisis de force par lespoliciers sur place avec pour seuleexcuse que «ce sont des preuves,
maintenant», rapporte Séguin. Se-
lon cette dernière, Gervais et elleauraient été menacées par un agentd’être arrêtées pour obstruction sielles continuaient de suivre Kelly.
Plus tard, un autre agent aurait in-formé Séguin que Kelly avait été ar-
rêté pour
trespassing
, l’équivalentde la violation de propriété. Ce n’estqu’à sa libération qu’on aurait remis
à Kelly les deux caméras et l’enre-
gistreuse. Les documents vidéos etsonores n’avaient pas été effacés.
En tout, l’opération aura néces-sité la présence de trois automobi-
les du service de police de la Villed’Ottawa. C’est la deuxième fois queKelly est arrêté pour des faits liés àson activisme.
Étudiant banni
En entrevue avec
 La Rotonde
, Kel-
ly raconte : «Après mon arrestation, j’ai été banni de toutes les propriétésappartenant à l’Université.» Ce n’estqu’après avoir rencontré quelques foisle procureur de la Couronne que Kelly a pu obtenir l’autorisation d’accéderau campus. «Maintenant, je peuxseulement me rendre sur le campuslorsque j’ai des cours, ce qui veutdire une heure et demie le mardi etune heure et demie le jeudi.» Sinon,Kelly pourra continuer ses travaux derecherche à condition d’être en tout
temps sous la supervision de son di-
recteur de recherche, en l’occurrence
Denis Rancourt, lui-même banni du
campus pour avoir attribué la note A+ à tous ses élèves dans le coursPHY 4385. En conséquence, Kelly se voit maintenant dans l’impossibilitéde continuer sa recherche. À ce jour, selon Andrée Dumulon,directrice des communications, il n’y 
aurait pas de politique écrite qui em-
pêche les caméras au Sénat, mais «il y a une décision du Sénat qui a étéémise visant à interdire l’utilisationde caméras lors des réunions.»
 La Rotonde
n’a toutefois pas réussi à re-trouver la décision du Sénat en ques-tion dans les procès-verbaux mis à
la disposition du public. Tout porteà croire que, comme pour le Bureaudes gouverneurs, il s’agisse plutôtd’une tradition conventionnelle.
Kelly-la-menace
ADMINISTRATION
Marc Kelly a été arrêté par la police de la Ville d’Ottawa lors d’une réunion du Sénat
Photo Céline Basto
Marc Kelly, étudiant de l’Université d’Ottawa, s’est fait arrêté par la Police d’Ottawa pour avoir filmé une réunion du Sénat. Après coup, l’étudiant a étébanni et ce n’est qu’après avoir rencontré le procureur de la Couronne que Kelly a pu obtenir l’autorisation d’accéder au campus.
Ottawa tue le laissez-passeruniversel
Le projet de U-Pass est définiti- vement mort à la fin du mois de dé-
cembre dernier, alors que le conseil
municipal de la ville d’Ottawa met-tait fin à toutes discussions sur lesujet en confirmant officiellement
le maintien de son offre à 194$.Encore plus que ce rejet, c’est laméthode de la Ville qui choque leprésident de la FÉUO : «Ils ont voté et on n'a même pas su qu’il y 
avait un vote. C’est la fin de la U-
Pass pour cette année. On est battu,mais on va continuer à se battre.»Mentionnons qu’un référendumtenu l’an dernier a limité la FÉUOà 125$/session/étudiant dans sesnégociations.
Action pour l’accessibilité
La FÉUO organisera une actionthématique sur l’accessibilité du
campus afin de conscientiser l’ad-
ministration aux problèmes quepeuvent rencontrer les personnesà mobilité réduite sur un campus
enneigé. «Nous ferons une simu-
lation d'un escalier difficilement
accessible pour rappeler aux ad-
ministrateurs l'importance d'uncampus accessible pour tout le
monde», annonce le groupe Face-
 book de l’événement, organisé encollaboration avec le Centre pourles étudiants handicapés. « Lesrampes pour fauteuils roulants nesont déneigées qu’à la toute fin »,
explique Julie Séguin, vice-prési-
dente aux communications de laFÉUO.
Haldenby s’avoue vaincu
C’est à contrecoeur que DeanHaldenby a annoncé, dimanche,l’abandon du projet de créationd’un nouveau centre étudiantpour. «Bien des fois je viens vous voir en vous disant ‘’Maintenant,c’est le bon moment’’. Et bienaujourd’hui, je viens vous voirpour vous dire ‘’Maintenant, cen’est pas le bon moment’’. Selon
moi, pour un débat de cette im-portance, le Conseil d’administra-
tion va continuer à pousser pouret, j’espère, les étudiants aussi »,a expliqué Haldenby à son Conseild’administration. La constructiond’un nouveau centre étudiant était
un engagement central de la plate-forme électorale de l’actuel prési-
dent de la FÉUO.
EN BREF
 
Actualités
actualites@larotonde.cale 12 janvier 2009
www.larotonde.ca
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 Philippe Teisceira-Lessard 
Les derniers évènements dans le
cas Rancourt remontent au 10 dé-
cembre dernier. Contacté la veillepour l’informer de la tenue d’unerencontre formelle, le professeurn’en connaît pas encore l’objet aumoment de passer la porte.
«Il y a avait le vice-recteur aux
études [Robert Major], le doyende la Faculté des sciences [André
Lalonde] et la secrétaire de l’Uni-
 versité [Nathalie Des Rosiers]. Ilsm’ont simplement informé que ledoyen recommandait maintenantau Bureau des gouverneurs que jesois congédié, et Robert Major m’adit qu’en plus de ça, j’étais suspendu
sur-le-champ, banni du campus, etque des agents de sécurité m’atten-
daient de l’autre côté de la porte.
C’était une réunion de trois minu-
tes», a expliqué Rancourt mardi, à
l’émission Talk Ottawa, sur les on-
des de Rogers TV.
Permanence universitaire
Il faut savoir que les professeursd’université sont protégés par la
permanence universitaire, qui ga-rantit la liberté académique et per-
met d’exprimer toute opinion sanscrainte de représailles. «Il s’agitdu droit d’enseigner, d’apprendre,
d’étudier et de publier sans crain-
dre l’orthodoxie ou la menace dereprésailles et la discrimination.Cette liberté comprend le droit decritiquer l’Université et de prendre
part à sa gouvernance. La perma-
nence constitue la base de la libertéacadémique en empêchant qu’on necongédie le personnel enseignantsans raison valable et sans suivreune procédure rigoureuse», selon
l’Association canadienne des pro-
fesseurs d’université.Les cas de renvoi de professeurssont donc extrêmement rares et
presque toujours liés à des compor-
tements criminels dangereux. Dansle cas de Denis Rancourt, c’est la
distribution d’un A+ à tous les étu-
diants du cours PHY 4385/5100 qui
 justifierait, selon les informations
accessibles à
 La Rotonde
, cette re-
commandation de renvoi. Le doyende la Faculté des sciences socialesaurait même désigné ces actions
comme une «forme de fraude aca-
démique».
«Est-ce que cela veut dire que je suis dangereux? Est-ce que je
pourrais marcher sur le campuset lancer des A+ sur les gens?», semoque Rancourt, toujours sur Talk Ottawa.
«C’est complètement injustifié de
renvoyer un professeur parce qu’il adonné des A+ à plein d’étudiants. Il y a un jugement qui lui donne raison
de ce côté», commente Mireille Ger-
 vais, membre du comité de soutienà Denis Rancourt.
Rock et le «lobby israélien»
Bien loin de croire à ces motifs,Rancourt imagine une conspiration
d’une beaucoup plus grande impor-tance pour expliquer son renvoi im-
minent. «Cette histoire de note est
clairement un prétexte. Il y a quel-
que chose de beaucoup plus grosderrière cela. […] Je crois que cela
a plutôt à voir avec le rôle du Ca-
nada dans le monde, avec le fait quele Canada devient un satellite des
États-Unis, fait la guerre en Afgha-
nistan, se place du côté d’Israël et de
ses crimes à Gaza. Je suis un criti-
que de ces choses et Allan Rock estde l’autre côté du débat. […] Quandune université se fait si vicieuse en
 Amérique du Nord, cela a habituel-
lement à faire avec des questions
macro-politiques. Le complexe mili-taro-industriel et le lobby israélien»,a-t-il déclaré à la télévision.Pour soutenir cette affirmation
incendiaire, Rancourt n’avance pas
d’autre preuve que ses prises de po-
sition assez radicales en ce qui a trait
à Israël et le rapprochement que plu-
sieurs ont vu entre le Canada et l’État
hébreu, alors qu’Allan Rock était am-
 bassadeur du Canada à l’ONU.
Un comité de soutien
Un comité de soutien s’est mis en
place afin de s’opposer à la propo-
sition du doyen Lalonde et recueilleactuellement des lettres de soutiendes membres de la communautéuniversitaire. Baptisé «Comité pourla défense de l’éducation» (CDE), le
groupe est présidé par Claude La-
montagne, l’animateur de Cinéma Academica.
La décision finale devrait être
rendue durant le mois de mars parle comité exécutif du Bureau desgouverneurs. «Dans mon esprit, iln’y a aucun doute que ce comité va
étudier les dossiers de façon super-ficielle et qu’il prend ses directives
de la haute direction», s’insurgeRancourt, en entrevue.Comme dans tout ce qui concernel’affaire Rancourt, l’Université s’estrefusée à tout commentaire pour cetarticle.
CAS DENIS RANCOURT
Denis-la-mitraille
Menacé d’un renvoi imminent, Rancourt accuse Rock et ses liens avec le lobby israélien
»Septembre 2005 :
Début du « squattage » du cours Physique et envi-ronnement, suspendu puis autorisé à reprendre parl’administration. Ce cours donne lieu à une répriman-de o cielle pour l’avoir mal qualié de bilingue et deniveau supérieur.
»Septembre 2006 :
Début officiel du cours d’activisme, avec plusieurscentaines d’étudiants pour la première séance-confé-rence. Le cours ne se donne qu’une session, l’Univer-sité le retirant de la charge de travail de Rancourt.
»Septembre 2008 :
L’Université met fin à la série Cinema Politica, dontRancourt était l’animateur, et ne lui donne plusaucune charge d’enseignement. Le Bureau des gou-verneurs le suspend sans solde pour une journée enguise de représailles pour son utilisation illégale dephotos sur son blogue.Il faut bien comprendre qu’à travers ce squeletted’évènements, un conflit durable et profond s’est crééentre Rancourt et l’administration. Plusieurs procédu-res légales ont été entreprises d’un côté comme del’autre.
Repères : Denis Rancourt
Photo Céline Basto
Denis Rancourt, professeur depuis 22 ans à l’Université d’Ottawa, voit sa permanence remise en question.
La Section Actualités est à la recherche de
 journalistes bénévoles.
(Les autres sections aussi)
Ça vous intrigue? Vous ne savez pas par oùcommencer?Venez voir de quoi il s’agit à notre rencontre bi-hebdomadaire des bénévoles, ce mardi, à midi, au109 Osgoode.
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