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N° 366
7OCT2008
Malgré des conjonctureschangeantes et une politiqueagricole peu favorable, desagriculteurs composent auquotidien leur propre déclinaisondu développement durable. Améliorant leurs pratiques, à l’écoute de leur environnementnaturel et soucieux de tisser des liens avecla société dépassant le simple échangecommercial, ils tentent de mettre enœuvre une agriculture viableéconomiquement, respectueuse desressources naturelles et socialementacceptable. Après s’être intéressé aux expériencesd’agriculture durable dans les élevageslaitiers de l’Ouest (TRI n°354), qui offrentdes références encourageantes mais peudiffusées (p. II), Transrural vous proposede découvrir d’autres initiatives. Cescultivateurs, éleveurs, maraîchers,apiculteurs et arboriculteurs, membres duréseau Civam, élaborent des techniquesnouvelles ou issues de savoir-faire quis’étaient perdus. Ce focus sur le réseauCivam ne doit pas faire oublier que bien
 Dossier réalisé avec la FNCIVAM 
DossierDossier
Transrural
d’autres initiatives sont menées individuellement par desagriculteurs ou dans les autres réseaux d’agriculture alternative(bio, agriculture paysanne, intégrée, etc.).L’innovation d’aujourd’hui est davantage dans une agriculturequi saura relever conjointement, et non indépendamment, lesdéfis alimentaires, environnementaux et sociaux. Une façonde réenchanter l’agriculture.
Crédit photo : petite photo Civam B.L.E., grande photo J.B. Guillou
 Agriculture durable
(2)
Des savoir-faire à inventeret diffuser
 
TRANSRURAL
Initiatives
7 octobre 2008
II
D    o    s    si    e    r
Le mouvement de l’agriculture durableest apparu en France dans l’ouest dupays, aux côtés d’autres formes d’agricul-ture alternative, principalement l’agricul-ture biologique et l’agriculture paysanne.Le concept d’agriculture durable aémergé dans le souci d’élaborer des sys-tèmes de production agricole échappantaux écueils que l’agriculture dominante arefusé d’éviter : détérioration des res-sources naturelles, gaspillage énergé-tique, banalisation des produits agricoles,mauvaises conditions detravail des agriculteurs(stress, endettement impor-tant, etc.), difficultés d’ins-tallation pour les jeunes,dissociation de l’activité agricole de sonterritoire local, etc.Deux motivations ont impulsé les pre-mières expérimentations en agriculturedurable menées par des paysans bretons.Une approche économique d’abord, sou-cieuse de réduire les charges d’exploita-tion à une époque où l’encadrement agri-cole (technique et bancaire) poussait lesagriculteurs à s’endetter pour «moderni-ser» leur outil de production. AndréPochon, qui créa le CEDAPA, en fut l’undes principaux acteurs. Une approchetiers-mondiste, plus tard, ajouta le refusde contribuer à l’agriculture intensivedans les pays du Sud en leur achetantdu soja. La recette initiale de ces pay-sans a été simple: plutôt que de pro-duire du maïs qui nécessite engrais,traitements et un complément pro-téique (tel que le soja), bref beaucoupde charges, mieux vaut produire del’herbe de meilleure qualité en entre-tenant un équilibre entre le ray grass,plante fourragère, et le trèfle, quiapporte l’azote. De cette approcheagronomique, visant l’autonomie et larentabilité économique, a découlé unsystème de production préservantmieux l’environnement et offrant demeilleures conditions de travail àl’agriculteur.En 1994, le Réseau agriculturedurable naîtra de la réunion de plu-sieurs groupes de paysans de l’Ouesttravaillant sur l’élevage à l’herbe. Affir-mant le concept d’agriculture durable, ildécline la notion de développementdurable qui émergeait alors : «
 L’agricul-ture durable invite à promouvoir et à pra-tiquer une agriculture économiquement viable, saine pour l’environnement et  socialement équitable.
[Elle]
répond aux besoins d’aujourd’hui (aliments sains, eau de qualité, emploi et qualité de vie) sansremettre en cause les ressources naturelles pour les générations futures
». Et les résul-tats, pour les systèmes de polyculture éle- vage et d’élevage, sont là.La production laitière ensystème durable affiche desrésultats, sur le terrain éco-nomique et social, qui fontmouche aujourd’hui : endettement trèslimité, revenu effectif plus élevé, transmis-sion facilitée (voir dossier TRI n°354). Latrès faible utilisation d’intrants (engrais,fuel, pesticides) et la valorisation des res-sources locales permettent de plus unefaible contribution au réchauffement cli-matique et un respect des ressourcesnaturelles locales (eau, biodiversité, pay-sage). De quoi motiver de jeunes agricul-teurs à emboîter le pas.Mais ces travaux ne valent encoreaujourd’hui que pour les élevages del’Ouest de la France. Comment diffuserces acquis dans d’autres productions etailleurs en France? L’expérience de cesélevages montre la nécessité de repenserle rapport entre capital et travail au seindes exploitations. La logique de surinves-tissement a plongé les agriculteurs dansdes systèmes qui offrent rarement unrevenu acceptable, et les a poussés à capi-taliser au maximum pour préparer leurretraite. «
 Le leitmotiv, c’est la recherche de l’autonomie de l’exploitation, ce qui signifie en particulier un recours mini-mum aux intrants (engrais, fuel, semences, etc.)
», affirme Jacques Mori-neau président du Réseau agriculturedurable, avant d’ajouter «
il faut raisonner l’activité de l’exploitation de façon glo-bale. Par exemple, pour les cultures, il est  plus utile de s’intéresser au résultat [éco-nomique] global plutôt qu’à la rentabilité de chacune d’entre elles. La faible rentabi-lité d’une culture de protéagineux ne doit  surtout pas faire oublier les avantages agronomiques que celle-ci apporte.
» À l’inverse des systèmes spécialisés intégrésdans des filières industriels, J. Morineaupointe la nécessité de réinstaller desexploitations de polyculture-élevage outout au moins de redévelopper cultures etélevages sur l’ensemble du territoire, carles deux se complètent. Le RAD invite àrevenir à l’agronomie en agriculture : «
Un agriculteur ne doit pas être un exé-cutant, il doit penser et construire ses propres modalités de production,
ajoute J. Morineau,
il nous faut revenir  à des systèmes agronomiques plus com- plexes qui valorisent les capacités géné-tiques des variétés et races. Avec del’autonomie, on peut passer toutes lescrises ! Or, rappelons-nous qu’une seulevariété de blé occupe 50 % de l’assole-ment en France ; imaginez qu’elle soit  sensible à une maladie émergente, quelle serait la résistance du système ? 
»Des arguments qui plaident pour lepartage de savoir-faire au niveau del’exploitation, sinon localement entrepaysans. «
 L’enjeu est de réapprendre et  d’inventer les savoir-faire,
poursuit J.Morineau,
c’est ce qui fait l’intérêt denotre métier !
»C. T.
Essaimer l’agriculture durable
Recherche d’autonomie, valorisation des ressources naturelles locales et équilibre entre culture et élevagecaractérisent les expériences d’agriculture durable dans l’Ouest. Des principes qui restent à diffuser.
 Remettre en cause
«
Des fermes autonomes passeront toutesles crises
»
   c   r    é    d    i   t   p    h   o   t   o   :    F    N    C    I    V    A    M
 
III
TRANSRURAL
Initiatives
7 octobre 2008
 D o s  s  i    e r 
1. B.L.E.,Biharko Lurra-ren Elkarteasignifie enbasque Associa- tion pourl’Agriculture dedemain, Tél. :05 59 65 66 99,ble-arra- pitz@wana-doo.fr.
 Au delà de l’essaimage des pratiquesd’agriculture durable en élevage, leRéseau agriculture durable s’aventuredans un tout autre domaine, celui desgrandes cultures (céréales, oléo-protéa-gineux). Il travaille en effet à la mise enœuvre de systèmes de production pluséconomes en intrants. Au programme,tout d’abord, le retour à la rotation, àsavoir la succession de plusieurs culturesdans l’année et sur plusieurs années, quipermet de casser les cycles de maladieou de parasites et de faire jouer des complémentari-tés entre espèces. Les cul-tures protéagineuses sontréintroduites. Par ailleurs,les techniques dites «deconservation des sols»,c’est à dire principale-ment l’absence de labour, sont explo-rées. La vie microbienne du sol est ainsirespectée, la matière organique, qui ali-mente la fertilité du sol, n’est pas diluée.Les économies de fuel sont égalementau rendez-vous, ce qui n’est pas sanseffet en ce moment. Enfin, ces travaux  visent à limiter l’utilisation de produitsphytosanitaires (herbicides, fongicides,insecticides), afin de préserver l’environ-nement et la santé des agriculteurs.Cette expérimentation intitulée«grandes cultures économes » est lancéedans une cinquantaine d’exploitationsen Pays de la Loire, Bretagne, Indre, Poi-tou-Charentes. «
 L’accompagnement technique est ressenti comme un élé-ment capital de la démarche, les agri-culteurs sont en manque de références,en demande de solutions
, mentionne
 Lalettre de l’agriculture durable
, revue duRéseau agriculture durable, dans sondernier numéro,
une partie d’entre eux  a encore leréflexe-technicien coop”: dès qu’il y a problème, ils demandent  au technicien “Alors? qu’est-ce que je fais, maintenant?”. Onne se déshabitue pas si facilement du schéma:“1 problème=1 réponsecoop” 
. Là aussi, le savoir-faire d’agriculteur est àreconquérir.Ce travail a pour voca-tion de tester la mise en place d’uncahier des charges qui pourrait donnerlieu à une indemnisation s’il étaitreconnu dans le cadre des mesuresagri-environnementales européennes.Si son entrée est avant tout agrono-mique, cette expérimentation n’enoublie pas pour autant les enjeux envi-ronnementaux et sociaux. Le respectde 10% de la surface agricole del’exploitation en « Zones écologiquesRéservoir et l’obligation d’avoir desparcelles de moins de 10ha sont ainsitestées.L’association « Les Défis ruraux » parti-cipe en Haute-Normandie à cette expéri-mentation. Elle souhaite associer à celala création d’une filière courte de valori-sation des céréales. Depuis 1996, lesDéfis Ruraux accompagnent ainsi unefilière locale, de l’agriculteur au boulan-ger, incluant les meuniers, constituée enassociation autonome : « les compa-gnons du Pain Normand ». Soucieux desréflexions actuelles de l’impact de l’agri-culture sur l’environnement et la santé,les agriculteurs de cette filière entre-prennent de modifier leurs pratiques surla culture du blé à destination d’unefilière de « Pain normand ».La variété qui donne toutes ses caracté-ristiques à ce pain est le Camprémy. Or,cette dernière n’est pas adaptée à des iti-néraires agronomiques économes enintrants. Des expérimentations sontdonc menées depuis peu de façon àpouvoir repérer une variété adéquate.Cette démarche de sélection, réaliséesur des variétés rustiques, ne s’intéressepas qu’à la seule résistance aux maladiesou aux caractéristiques techniquespropre à sa culture, mais également àson utilisation en boulangerie. Ainsi destests de panification sont réalisés auregard de la typicité organoleptiquerecherchée.C. T., Aymeric Maillot (Defis Ruraux)
Marre des phytos
Le Réseau agriculture durable élargit son travail aux grandes cultures afin de créer des systèmes de productionéconomes en intrants.
Pour les paysans de l’associationbasque BLE, le terroir commence avecle sol : «
c’est le fondement d’une typi-cité d’un lieu qu’il faut tenter de tra- duire en typicité d’un produit…
»confirme Yves Hérody, géo-pédologue.Pour y parvenir, les itinéraires tech-niques et agronomiques - aux champs,à la bergerie, à l’étable, en salle detransformation - doivent s’adapter aux réalités locales, orchestrées notammentpar le type de sol et de climat. Il s’agiraainsi pour le paysan, de mieux com-prendre les composantes et fonction-nement du sol afin d’exprimer «
le potentiel terroir 
» et d’obtenir une prai-rie ou une céréale de qualité.Pour obtenir, par exemple, un lait dequalité, il faut raisonner de façon glo-bale et préférer l’itinéraire dit «d’opti-misation» à celui dit « de substitution ».Plutôt que d’«apporter ce qui manque»comme on le fait classiquement dansl’agriculture intensive en intrants,l’optimisation, plus complexe, plusintuitive, fait elle appel au «bons senspaysan» et consiste à optimiser le fonc-tionnement complexe du sol et du duosol plante. Il s’agit de savoir «commentça marche» pour essayer d’intervenirsur la «géochimie du terroir». «Il fautse confronter sans cesse aux résultatspour affiner le modèle.» Ici, on inter- vient sur deux grands phénomènes : lamobilisation des éléments au profit dela plante et le passage à la plante. Pourcela l’agriculteur dispose de trois outilsagronomiques : le travail du sol, la ges-tion organique, le chaulage adapté. Alors pour avoir du bon fromage augoût de terroir, les paysans de BLE ontconçu des outils tant pour bien fertili-ser et «chauler» le sol, mettre en placeune gestion de pâture, que pour suivrel’équilibre nutritionnel des aliments dubétail, l’état d’engraissement du trou-peau.N. C.
 À l’écoute du terroir
 les systèmes de production
Retour à la rotationdes cultures, réductiondes produitsphytosanitaires,respect des sols
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