TRANSRURAL
Initiatives
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7 octobre 2008
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II
D o s si e r
Le mouvement de l’agriculture durableest apparu en France dans l’ouest dupays, aux côtés d’autres formes d’agricul-ture alternative, principalement l’agricul-ture biologique et l’agriculture paysanne.Le concept d’agriculture durable aémergé dans le souci d’élaborer des sys-tèmes de production agricole échappantaux écueils que l’agriculture dominante arefusé d’éviter : détérioration des res-sources naturelles, gaspillage énergé-tique, banalisation des produits agricoles,mauvaises conditions detravail des agriculteurs(stress, endettement impor-tant, etc.), difficultés d’ins-tallation pour les jeunes,dissociation de l’activité agricole de sonterritoire local, etc.Deux motivations ont impulsé les pre-mières expérimentations en agriculturedurable menées par des paysans bretons.Une approche économique d’abord, sou-cieuse de réduire les charges d’exploita-tion à une époque où l’encadrement agri-cole (technique et bancaire) poussait lesagriculteurs à s’endetter pour «moderni-ser» leur outil de production. AndréPochon, qui créa le CEDAPA, en fut l’undes principaux acteurs. Une approchetiers-mondiste, plus tard, ajouta le refusde contribuer à l’agriculture intensivedans les pays du Sud en leur achetantdu soja. La recette initiale de ces pay-sans a été simple: plutôt que de pro-duire du maïs qui nécessite engrais,traitements et un complément pro-téique (tel que le soja), bref beaucoupde charges, mieux vaut produire del’herbe de meilleure qualité en entre-tenant un équilibre entre le ray grass,plante fourragère, et le trèfle, quiapporte l’azote. De cette approcheagronomique, visant l’autonomie et larentabilité économique, a découlé unsystème de production préservantmieux l’environnement et offrant demeilleures conditions de travail àl’agriculteur.En 1994, le Réseau agriculturedurable naîtra de la réunion de plu-sieurs groupes de paysans de l’Ouesttravaillant sur l’élevage à l’herbe. Affir-mant le concept d’agriculture durable, ildécline la notion de développementdurable qui émergeait alors : «
L’agricul-ture durable invite à promouvoir et à pra-tiquer une agriculture économiquement viable, saine pour l’environnement et socialement équitable.
[Elle]
répond aux besoins d’aujourd’hui (aliments sains, eau de qualité, emploi et qualité de vie) sansremettre en cause les ressources naturelles pour les générations futures
». Et les résul-tats, pour les systèmes de polyculture éle- vage et d’élevage, sont là.La production laitière ensystème durable affiche desrésultats, sur le terrain éco-nomique et social, qui fontmouche aujourd’hui : endettement trèslimité, revenu effectif plus élevé, transmis-sion facilitée (voir dossier TRI n°354). Latrès faible utilisation d’intrants (engrais,fuel, pesticides) et la valorisation des res-sources locales permettent de plus unefaible contribution au réchauffement cli-matique et un respect des ressourcesnaturelles locales (eau, biodiversité, pay-sage). De quoi motiver de jeunes agricul-teurs à emboîter le pas.Mais ces travaux ne valent encoreaujourd’hui que pour les élevages del’Ouest de la France. Comment diffuserces acquis dans d’autres productions etailleurs en France? L’expérience de cesélevages montre la nécessité de repenserle rapport entre capital et travail au seindes exploitations. La logique de surinves-tissement a plongé les agriculteurs dansdes systèmes qui offrent rarement unrevenu acceptable, et les a poussés à capi-taliser au maximum pour préparer leurretraite. «
Le leitmotiv, c’est la recherche de l’autonomie de l’exploitation, ce qui signifie en particulier un recours mini-mum aux intrants (engrais, fuel, semences, etc.)
», affirme Jacques Mori-neau président du Réseau agriculturedurable, avant d’ajouter «
il faut raisonner l’activité de l’exploitation de façon glo-bale. Par exemple, pour les cultures, il est plus utile de s’intéresser au résultat [éco-nomique] global plutôt qu’à la rentabilité de chacune d’entre elles. La faible rentabi-lité d’une culture de protéagineux ne doit surtout pas faire oublier les avantages agronomiques que celle-ci apporte.
» À l’inverse des systèmes spécialisés intégrésdans des filières industriels, J. Morineaupointe la nécessité de réinstaller desexploitations de polyculture-élevage outout au moins de redévelopper cultures etélevages sur l’ensemble du territoire, carles deux se complètent. Le RAD invite àrevenir à l’agronomie en agriculture : «
Un agriculteur ne doit pas être un exé-cutant, il doit penser et construire ses propres modalités de production,
ajoute J. Morineau,
il nous faut revenir à des systèmes agronomiques plus com- plexes qui valorisent les capacités géné-tiques des variétés et races. Avec del’autonomie, on peut passer toutes lescrises ! Or, rappelons-nous qu’une seulevariété de blé occupe 50 % de l’assole-ment en France ; imaginez qu’elle soit sensible à une maladie émergente, quelle serait la résistance du système ?
»Des arguments qui plaident pour lepartage de savoir-faire au niveau del’exploitation, sinon localement entrepaysans. «
L’enjeu est de réapprendre et d’inventer les savoir-faire,
poursuit J.Morineau,
c’est ce qui fait l’intérêt denotre métier !
»C. T.
Essaimer l’agriculture durable
Recherche d’autonomie, valorisation des ressources naturelles locales et équilibre entre culture et élevagecaractérisent les expériences d’agriculture durable dans l’Ouest. Des principes qui restent à diffuser.
Remettre en cause
«
Des fermes autonomes passeront toutesles crises
»
c r é d i t p h o t o : F N C I V A M
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