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N° 362-63
15 JUIL2008
Il faut se faire une raison, l’Union européenne a encore perdu une occasion d’évaluer et repenser sa politique agricole. Alors qu’elle s’était proposé pour 2008 de réaliser un «bilan de santé» de la Politique agricole commune, à mi-parcours de l’application de la réforme de 2003, la Commissioneuropéenne a soigneusement évité d’engager une réelle évaluation de la PAC aux regards des nouvellesdemandes de la société et du contexte international. Le rapport des forces en présence a abouti aumaintien d’une ligne libérale qui entend réintégrer l’agriculture européenne dans les marchésmondiaux. Le fait que 20% des agriculteurs continuent de toucher 80% des aides, sans réellecontrepartie sociale, sanitaire et environnementale, ne semble toujours pas gêner plus que ça la Commission et une majorité du Parlement. La PAC reste le plus gros budget de l’UE, mais continue desouffrir d’un fort déficit démocratique, malgré le retour récent sur le devant de la scène médiatique desquestions agricoles et alimentaires (pV).Dans le contexte actuel de crise alimentaire, la proposition de Marianne Fischer-Boel qu’une partie desfonds de la PAC non utilisés soient réorientés pour soutenir le développement agricole de pays pauvresest une pâle compensation des impacts que la PAC continue d’avoir sur l’économie de ces régions(pVII).Pour le début de la présidence française de l’UE,
Transrural 
apporte sa contribution à l’évaluation de la politique agricole communautaire.
 Dossier réalisé en partenariat avec le Fédération nationale des Centres d’initiatives pour valoriser l’agriulture et le mileu rural (Civam)
DossierDossier
Transrural
Crédit photo : FNCIVAM
Quelle politique agricolecommune en Europe demain ?
 
TRANSRURAL
Initiatives
15 juillet 2008
II
D    o    s    si    e    r
TRI :
Comment expliquez-vous l’évolution vers une Politique agricole commune moinsinterventionniste et pourquoi jugez-vous celanéfaste ?
 Jean-Christophe Kroll :
Deux tendancessont à l’œuvre. Une première plaide pourun interventionnisme bien compris : desprotections aux frontières pour éviter lesimportations, mais des subventions fortes àl’intérieur de l’Union euro-péenne pour soutenir lerevenu des producteurs etd’autres pour aider l’expor-tation. Ce «néo-mercanti-lisme» est porté par les syn-dicats agricoles majoritaires(FNSEA en France) et le sec-teur des grandes coopéra-tives. À côté de cela, le point de vuedéfendu par la Commission européenneest celui d’un retour au marché avec unsouci écologique: on veut garantir uneagriculture productive mais qui soit propreet également récréative. Cela amène à fairediminuer l’importance du 1
er
pilier de laPAC (soutiens à la production) et à faireaugmenter celle du 2
nd
pilier (développe-ment rural, environnement). La logiqueultime de cette approche est le zonage quidistingue des zones d’agriculture compéti-tive, d’autres où l’on trouve une agriculturerécréative, et des zones naturelles. On pol-lue à un endroit mais on protège ailleurs.Les logiques en cours ont amené à la miseen place du découplage des aides
1
. Celarepose sur l’hypothèse que les marchésagricoles sont des marchés concurrentielsefficients. Or on constate depuis long-temps que ce n’est absolument pas le cas:les marchés agricoles sont chaotiques, etce d’autant plus en l’absence de politiquespubliques. Les prix sont très fluctuants, onne peut aucunement être sûr que l’alimen-tation sera accessible à tous à chaquemoment car les prix sont susceptibles des’envoler, et les producteurs n’ont aucunegarantie de prix minimum qui leur per-mette de prendre le risque d’investir àlong terme.Depuis la création de l’Organisation mon-diale du commerce qui accélère la libérali-sation des échanges, force est de constaterqu’aucun des objectifs recherchés n’a étéatteint: les prix agricoles restent instables,les aides agricoles n’ont pas baissé, ledéveloppement des pays pauvres n’a pasété facilité car leur agricul-ture ne peut pas se reposersur des prix rémunérateursgarantis permettant l’inves-tissement productif.Cette confiance aveugledans les marchés agricolesconstitue une régressionintellectuelle. Il nous fautconserver une politique agricole euro-péenne. Aucune augmentation significativedu bien-être collectif ne peut résulter de lalibéralisation des échanges agricoles.
TRI :
Quelles propositions faites-vous pour la politique agricole en Europe et ailleurs ?
 J.-C. K. :
 Avant toute chose, rappelons quela question agricole ne peut être dissociéede celle de la solvabilité des acheteurs. La«demande» considérée dans les discoursactuels correspond à la demande solvable,et non pas à celle des estomacs…Un certain nombre de forces politiques uti-lisent l’OMC pour supprimer la Politiqueagricole commune européenne, le risque àterme étant la renationalisation des poli-tiques agricoles avec un axe fort autour del’assurance des récoltes. Mais une poli-tique agricole européenne est nécessairecar l’addition de politiques nationales dansun marché qui resterait unique seraitsource de distorsions fortes et donc ineffi-cace.Il faut cesser d’opposer deux piliers ausein de la PAC. Leur existence n’a pas desens car l’agriculture constitue un toutqu’il faut traiter comme tel. Notre collectif défend une politique agricole qui prenneen compte les besoins d’intervention del’agriculture ainsi que la demande sociale(en termes social, environnemental). Leplafonnement des aides est selon nousnécessaire afin de ne pas favoriser le capi-tal par rapport au travail. Le découplagedes aides a maintenu le lien entre l’aide etle nombre d’hectare et donc la substitu-tion du capital au travail, en totale contra-diction avec les discours officiels d’uneagriculture vivante et qui emploie.Les aides doivent également être liées aux prix. Des aides invariables et sans condi-tions alors que les prix augmentent,comme en ce moment celui des céréales,ne sont pas défendables politiquement.Par ailleurs, les aides doivent être modu-lables en fonction des régions, ce quiplaide pour le maintien des aides en com-pensation de handicaps (type aide en zonede montagne).D’autre part, nous affirmons la nécessitéd’un renforcement des aides alimentairesaux plus démunis. La France et biend’autres pays européens n’ont jamais misen place de politiques alimentaires car celarevenait à reconnaître qu’il y avait desbesoins chez eux. Or, il est urgent decontribuer à l’alimentation de tous et depromouvoir une alimentation de qualité,notamment
via
la restauration collective.Enfin, des politiques internationales derégulation des prix mondiaux doivent êtrecréées. L’OMC pourrait en être le pilote, àcondition que la FAO la rejoigne pour faire valoir les nécessités alimentaires avant lecommerce.Propos recueillis par C. T.
Le texte «Quelle politique agricole pourl’Europe», dont Jean-Christophe Kroll est signa-taire aux côtés d’autres membres del’Académie d’Agriculture de France, est dispo-nible sur ruralinfos.org.(http://www.ruralinfos.org/spip.php?article2586)
1. Les aides directes versées ne sont plus liées à la pro-duction. La détention d’une surface agricole permet doncun large choix d’utilisation possible incluant la possibilitéd’un simple entretien, sans aucun acte de production.
Aucune augmentationsignificativedu bien-être collectif ne peut résulter de la libéralisationdes échanges agricoles
Les marchés agricolesincapables de répondre seuls aux exigencesde la société
Interview de Jean-Christophe Kroll, professeur au département d’économie et sociologie de l’ENESAD, signataireavec d’autres chercheurs d’un texte pour le maintien d’une politique agricole européenne.
 
TRI :
Vous êtes concerné par la suppres-sion annoncée des quotas laitiers, qu’enpensez-vous ?
 Fabrice Bouin :
C’est une fausse bonneidée. Si on prend comme exemple lacampagne de production qui vient dese terminer, les indus-triels nous ont incité àproduire plus, et les agri-culteurs ont réagi très vite (10 à 15% de lait enplus). Au bout ducompte, on a reçu unelettre qui disait qu’il fal-lait arrêter, car ils ne savaient plus quoifaire du lait…Sans quotas, ce sera la désorganisationdu marché et on aboutira à une ré-intensification des systèmes de produc-tion avec des conséquences environne-mentales néfastes, à une surproductionqui conduira à une chute du prix du laitdans un contexte où les charges aug-mentent. Ce sera donc au final unenouvelle baisse de revenu pour les pro-ducteurs. Les charges augmentent plus vite que le prix du lait. Cette année celas’est traduit par une nouvelle baisse durevenu et ce, au profit,comme toujours, desfournisseurs d’intrants.
TRI :
Comment analysez- vous la PAC actuelle et lesperspectives de réforme ?
 F.B. :
Plus de modula-tion et de subventions au sein du pilierII [
 développementrural, ndlr 
] est plu-tôt une bonne idée, car pour nos sys-tèmes orientés vers l’agriculturedurable et la valorisation des produc-tions à l’herbe, c’est ce qu’on demandedepuis des années. Mais il faut faireattention avant tout au maintien dubudget global de la PAC, car s’il baissela question ne se posera même plus.Ce sera une baisse générale des sub- ventions.Il faut également être attentif aux typesde transfert qui seront proposés, car il y a des gens qui ont tout intérêt àmaintenir les choses telles qu’ellessont. Il faut absolument faire pressionpour que la répartition des aides évo-lue vers plus d’équité. Peut-êtrequ’avec l’appui des environnementa-listes et des consommateurs on peutconstituer un lobby efficace.Propos recueillis par Michael Chariot.
III
TRANSRURAL
Initiatives
15 juillet 2008
 D o s  s  i    e r 
1. Centres d’ini- tiatives pour valoriser l’agri-culture et lemilieu naturel.
«
Les industriels nous ont incité à produire plus,mais au bout du compteils ne savaient plusquoi faire du lait 
»
TRI :
Comment jugez-vous la PAC?
 Xavier Uzu :
Nous, les producteurs engrandes cultures, sommes les grandsbénéficiaires de la PAC actuelle.D’ailleurs cette année avec les prix éle- vés, je me demande dans quellemesure la PAC actuelle est légitime.Certaines productions ne sont pasaidées et il n’est pas normal que ceux qui vendent leurs produits à un bonprix touchent la majeure partie desprimes. Il faut revenir à plus d’équité.Il faut cibler les aides par rapport à desobjectifs environnementaux forts. Jesuis le cahier des charges «GrandesCultures Economes» des CIVAM
1
quiprouve qu’il est possible de produireen quantité tout en respectant les équi-libres naturels. Il n’est quand mêmepas normal que les gens qui impactentle plus sur l’environnement touchentl’essentiel des primes ! Il faut absolu-ment orienter celles-ci en fonction despratiques agricoles.
TRI :
Que pensez vous des propositionsd’évolution de la PAC ?
 X. U. :
Rien à redire sur le fait qu’il failleplus de modulation [
 prélèvement d’un faible pourcentage des aides directes pour abonder d’autres fonds, notam-ment le développement rural, ndlr 
],mais c’est plutôt le système d’assurancerécolte qui me choque. Le métierd’agriculteur exige qu’il faille compo-ser avec la météo, on n’a pas besoind’assistanat supplémentaire. La PAC estdéjà un système d’assurance en soi.Pour ce qui est de la conditionnalitédes aides (pilier I), il faut aller beau-coup plus loin que le simple respect dela réglementation. Là aussi, il fautconditionner l’octroi des aides à deréelles pratiques en faveur de l’envi-ronnement. Par exemple, pour les pro-duits phytosanitaires, on peut large-ment diminuer leur utilisation en reve-nant vers plus d’agronomie, en diversi-fiant les assolements, en réalisant desmélanges de variétés… Chez nous, parexemple, on pratique des mélanges de variétés ce qui se traduit par plus derusticité et plus de résistance aux mala-dies, aux ravageurs.Revenir à plus d’agronomie c’est ça labase du métier et c’est ça que doit pro-mouvoir la PAC.Propos recueillis par Michael Chariot(FNCivam)
La PAC, un système d’assurance ?
Les céréaliers, qui ont vu en France leur revenu augmenter de 104% en 2007, sont souvent pointés commeles principaux bénéficiaires de la PAC. Interview de Xavier Uzu, agriculteur (grandes cultures) dans la Sarthe.
La production laitière en proie au chaos du marché
Interview de Fabrice Bouin, éleveur bovin lait en production biologique(Manche).
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1957 :
le 25 mars, signature du traité de Romequi instaure la CEE (France, Allemagne, Bene-lux et Italie) et la Politique agricole commune
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 Années 1970 :
des excédents apparaissent dansles secteurs laitiers et céréaliers
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1984 :
Instauration des quotas laitiers
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1988 :
Instauration des «régulateurs» (ex : inci-tation au gel des terres, à l’extensification…)
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1992 :
Réforme de la PAC (Système basé sur lesprix garantis avec mesures de soutien des prix et aides directes au revenu)
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1999:
Réforme dite «Agenda 2000» (cetteréforme prolonge celle de 1992 avec la baissedes niveaux d’intervention sur les céréales, la viande bovine…), apparition de la conditionna-lité environnementales des aides, du secondpilier (développement rural)
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 2003 :
accords de Luxembourg : découplagedes aides de la production, DPU et référenceshistoriques, conditionnalité
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 2007-2008 :
« Bilan de santé »
>
 2013 :
nouvelle PAC
La PAC : repèreschronologiques
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