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ISSN
0398
99 45
B U L L E T IN
de lu
SOC1ETE L1GER1ENNE
DE PHILOSOPHIE
 Ane 19
4
N°/1
BIBU8TIIz3UE
UNIVERSITAIRE
LETTRES
 
P 64
IN MEMORIAM
H
E N R Y C O R B I N
Le 7 Octobre dernier, henry Corbin nous a quittés pour le mondede l'ange dont il avait porté hardiment témoignage durant ses soixante-quinze années de vie terrestre. L'institut de philosophie de l'Univer-sité François Rabelais, la société ligérienne de philosophie sontd'autant plus affligés de cette perte qu'il avait honoré de sa présenceactive et chaleureuse deux de nos colloques annuels : celui de 1975sur' " Microscome et macrocosme" (publié dans le numéro 2 de 1975 de notreBulletin) et celui sur "L'homme et l'ange" en 1977 (publié chezAlbin Michel dans la collection des Cahiers de l'hermétisme). Leslecteurs de notre Bulletin avaient pu lire en outre dans le numéro2 de 1974 un article de lui intitulé "Actualité de la philosophie tra-ditionnelle en Iran."L'homme et l'oeuvre ne faisaient qu'un : avec la modestie des savants,il s'effaçait derrière ses travaux, mais c'était en même temps la volontéphilosophique d'atteindre à l'universalité. Ceux qui l'ont entendu àTours dans les salles du Centre de la Renaissance savent bien qu'il n'avaitrien d'un doctrinaire, rien d'un sectaire, mais qu'il vivait intensémentce dont il parlait, et que son enthousiasme juvénile était plus convain
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cant que des démonstrations péremptoires. A la démonstration, il préfé-rait la "monstration", car pour lui, l'expérience religieuse avait savérité en elle-même, pourvu qu'elle fût authentique. Et il redoutaitl'emploi du mot "mythe" comme une étiquette péjorative, réductrice et facile,qui pouvait disqualifier d'un seul coup tout un contenu véritablementreligieux. Il employait les vocables de "phénoménologie" et d "'herméneu-tique" en un sens à lui. Par le premier terme, il entendait
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la description fidèle du fait religieux ; par le second, la lectureet l'interprétation des textes philosophiques et religieux, revécus
de l'intérieur. En fait ces deux ternies correspondaient pleinement
à une méthode "intuitive" au sens bergsonien du mot : ressaisir lefoyer caché qui donne tout son sens à un texte, retrouver l'expériencequi illumine de sa présence les mots qui composent le discours
écrit, Sans quoi les textes sont des mécaniques vides et mortes.
Ayant appris à démonter pesamment les lourdes machines philosophi-ques sous la direction d'un grand maître aujourd'hui disparu, j'airessenti moi-m
g
me intensément ce qui manquait à cette méthodes enrevivant avec Henry Corbin les écrits des platoniciens de Perse,Sa carrière fut un long pélerinage vers l'Orient, Ellecommenca à la Bibliothèque Nationale ; déjà il était à la foisgermaniste et orientaliste. Il traduisit d'abord deux traités persansde Sohravardl, dont le magnifique "Bruissement des ailes de Gabriel"
(1933-1935).
Ceci passa inaperçu du fait de la sclérose des découpa.ges en spécialités universitaires. Mais Henry Corbin était déjà etd'emblée au-dessus des "spécialistes" au sens étroit du terme.C'est précisément cette rupture de ton avec la philosophie sorbo-narde d'un rationalisme exigu et mourant qui l'attira versHeidegger, Il eut l'audace révolutionnaire de traduire en françaisce langage allemand original, rénové, décapé ; c'est en quoi il estconnu comme le premier traducteur français de Heidegger, JulienCain, directeur de la B.N., mit alors fin à l'exil occidentald'Henry Corbin en l'envoyant en Turquie. C'était le commencementd'une aventure spirituelle hors du commun : il eut la patiencede fréquenter longuement les dignitaires musulmans pour avoiraccès aux trésors de leurs bibliothèques entièrement manuscrites.En Iran, il était mieux placé que personne pour percevoir toutes
les richesses et toute la diversité des gt.43$aac traditions
spirituelles, Il était seul capable de les faire connaître aumonde. Sans lui, le grand philosophe de l'Azerâb
g
dg2n (nom arabiséen Azerbaidj
g
m), Shihtboddln Yahaê Sohravardî (XII°siècle) seraitencore aujourd'hui totalement inconnu, mime des Iraniens. En mêmetemps, Henry Corbin enseignait à l'Ecole Pratique des Hautes-Etudes de la Sorbonne, où il succéda à Louis Massignon et restaactif jusqu'à sa mort, C'est aussitôt après la guerre qu'il futinvité par le grand maître de la psychanalyse Cari Gustav Jungaux rencontres d'Eranos à Ascona, et il fut fidèle à ce cercle
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