valeurs. Tillinacavaitdéjà
renié son pedigree gaulliste enexhor-
tant
Marine
Le
Pen
à
soutenir
NicolasSarkozy
:
«Jamaisje
n'ai
cru
quevotre
parti
représentait
un
danger
pour
la
démocratie,
la République
et
les
valeurs humanistes»,
écrivait-il
dans
«
leFigaro
»
au
lendemain du premier
tour
de la
présidentielle. Renaud
Camus
avait,
lui,
appelé
à
voter
pour
Le
Pen,
la
seule
candidateconscienteque
«
le
phénomène politique
le
plusimportant
et
le
lus cataclysmique
e
toute l'histoire
de
notre
pays,
c'est
le
changement
depeuple,
la
contre-colo-
nisation,
le
Grand Remplacement
».
Lepénisme
à
visage
humain,
le
marinisme,
et
notamment
sa
version
médiatique incarnée par
le
volubileGilbert
Collard,
contribue largementàlibérer et
à
banaliser un discoursraciste longtemps clandestin.
Car,
quoiqu'en dise Richard
Millet,
le
quaide
la
station
Châtelet-les Halles
ne
fut pas
son pilier
de
Notre-Dame.
La
question
raciale letravaillait
de
lon-
guedate.
Dans les
années
1980
déjà,
sous
le
pseudo de
Marc
Fournier,
il
inondait
les
fanzines fascisants de
ses
aphorismes dénonçant
«
ces
"jeunes"venus
des
banlieues de
Parisqui
ne
connaissent rien
d'autre
que
le
tutoiement
»
par
«pure
ignorance de
la
langue et
de
la
civilisation
françaises
».
Trente ans plus tard,
le
Net
a
remplacé
les
brochures confidentielles,
et
la dif-
fusion des
idées
rances
s'accélère.
La
Toile
grouille
de sites diffusantàpleinrégime
les
fantasmesidentitaires,
tel
Fdesouche
ou
Enquête
&
débat, fondé
parl'éditeur d'extrême-droite Jean
Robin.Un
modèle
du
genre puisque,souscouvertde
prôner«ouverture
d'esprit etliberté
d'expression
», il
dif-
fuse,
entre autres, l'intégralité
desconférences
d'Oskar Freysinger,
le
lea-
derdes populistes suisses
de
l'UDC.
Pourrecouvrir ces
obsessions and-immigrés
d'un
vernis culturel,
ces
sites
exhument quelques
référenceslointaines
tel
«
le
Camp des
saints
»,
de
Jean
Raspail,
que Jean-Marie
Le
Pen
louecomme
le
livre
d'un
prophète.
L'auteur y
décrit
les
ravages
d'une
immigrationde masse
qui
vient sub-
merger
la
France en
profitant
del'aveuglementd'élites complices.
De
son
côté,
le
pape de
la
«
Nouvelle
Droite
»,
Alain
de
Benoist,
continue
à
annexer et
à
réinterpréter
l'oeuvre
de
grands intellos pour en
faire des
Reproduction interdite(Usage strictement interne)Journal:
Le
Nouvel
Observateur
Date Article:
19.09.2012
L'«
éloge
»deBreivik
par Milletévoque
les
pamphlets
des années
1930.
Spécialiste desrelations
entrelittérature
et
politique*,
Gisèle Sapiro
a lu le
livre deRichard Millet
« Les
bons sentiments
ne
sont
pas
matière àlittérature
»,
disait
Gide.
Richard Millet
se
moque
des bons
sentiments;
son
«
Eloge
littéraire
d'Anders Breivik
»
relève-t-il pour autant
de
la
littérature?
Frappé par
la
«
perfection
formelle,,
desactes
du meurtrier, Millety
voit
une a
dimension littéraire
»,
«
la
perfection, comme
le
Mal, ayant,
selon
lui,
toujours peuouprou
à
voir
avec la
littérature
».
On
attend donc
une
description esthétisante
de cesactes,
à
la
manière
d'Apollinaire
-
cetimmigré
-
versifiant
sur
les
obuscouleurs
de
lune
qui pleuvaient
sur
lui.
Aulieude
quoi
suit
un
simple rappel
des
faits.
Et
l'éloge littéraire
de
tourner
nonpas
en
apologie,
maisen un
étrange plaidoyer qui,deux jours
avant
le
verdict,
tout
en
clamant
la
responsabilité deBreivik,en
fait
une a
victime
»
du
multiculturalisme.
Rendre
les
(vraies) victimes
responsablesdes
crimes perpétréscontre
elles est
une
rhétoriquetropfamilière
:
nazis
et
fascistes
martelaientque
les
juifs
étaient
responsables de
la
Seconde Guerremondiale.
Cetterhétoriquepamphlétaire,
qui
n'a de
littéraire que
le
style,
évoque
ce
que Benjamin
a
appelé
l'«
esthétisationdu
politique
»
pratiquéepar
le
fascisme. Elle
ressasse
les
leitmotive
réactionnaires d'avantguerre:décadence,
métissage,
atteinte
à
l'«
essence
française »
et
à la
«
pureté
» de
la
langue,
réification
de
la
a
race
e.
Pour
comprendre commentcetterhétorique s'articule
à
la
défense de
la
littérature
pure,
il
faut
revenir
au
renversement qui
a
eu
lieu
à la
Libération, quand
les
intellectuelscollaborateurs
ont
cherché
à
atténuer leur
responsabilité
face aux
tribunaux. Utilisée jusque-làpar
la
droitelittérairepour
limiter
la
liberté
de
l'art,
la
notion
de responsabilité de
l'écrivain
est alors
réappropriée
par
les
écrivains
issus
de
la
Résistance
etthéorisée
par Sartre. Marginalisée, la
nouvelle
droitelittéraire revendique
désormais,
sous
la
plume
des
Hussards,
l'irresponsabilité,
la
désinvoltureet
le
style.
A
eux
la
provocation!
A
la
différence
des
modernes, cependant,
la
forme
demeure
chez eux
au
service d'unevisiondu monde
élitaire et réactionnaire.
Comme chez Millet.
Propos
recueillis
par
ERIC
AESCHIMANN
(r)«
La
Responsabilité de
l'écrivain
»,
Seuil.
cautions respectables
du
combat
identitaire. Unerécupérationexercée
récemmentdans
la
revue
«
Ele-
ments
»,
à
propos du philosophe
anti-
capitaliste Jean-Claude
Michéa,spécialiste
de
George
Orwell,
puis
de l'essayiste
inclassablePhilippe
Muray,
décédé
en 2006.
Le
fauxnezde
la
laïcité sert
d'ultimesubterfugepour maquiller
la
haine desmusul-mansen«combat
pour
la
liberté»,
comme
s'y
appliquel'association
Riposte laïque de ChristineTasinetPierre Cassen.
Un
petit
livre
de
Jean
Robin,
qui
s'est taillé
un
francsuccès
dans
la galaxie
brune, résume
la
démarche de
ces nouveauxfachospour distiller leurs
idées.
Abondam-
ment promu sur
RadioCourtoisie,
«
radio libre du
pays
réel
»,
la
stationd'obédience
maurrassienne,
carre-
four
des droites sulfureuses depuisun
quart de
siècle, cet
ouvrage
révèlel'existence
d'une
«
nouvelleextrême-
droite
»:
elle
est composée
des
«partisdits républicains
»
qui, au
nomdu
«
Bien et
du Mal»,
prétendent
instau-rer
le
«
totalitarisme
»
du
«politique-
ment correct».
Car
pour
ces
polé-
mistes,
le
comble, c'est
que
le
simple
fait de
contester
leurs propos,
bref,
depolémiquer,
fait de
leursadversaires
d'insupportables
censeurs.
Et le
(sale)
tour
est joué!
RENAUD DÉLY
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