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Reproduction interdite (Usage strictement interne)Journal:
Le
Nouvel
Observateur
Date Article:
19.09.2012Page
1/9
 
Reproduction interdite (Usage strictement interne)Journal:
Le Nouvel
Observateur
Date
Article:19.09.2012
Le
rejetdes musulmans alimente
en
Europe
et
aux
Etats-Unis une
nouvelle
extrême-droitepopuliste.
En
France,
l'affaire
Millet révèle
les
contoursd'unenébuleuse
brune au
sein delaquelle
des écrivains
et des
journalistes
communient
dans
l'obsession
de
la
sauvegarde
d'une
identitéfrançaise
"blanche
et
chrétienne". Enquête
e
n'estpas
un
parti, pas
même
un
réseau
orga-
nisé.
Plutôt
une
nébu-
leuse,
une sorted'ami-cale
brune,
reflet del'air
dutemps.
Cette
toile
d'araignée compte
sesréfé-rences, ses
adeptes et
ses
cautions,simplessympathisants, soucieux
de
défendreune
liberté d'expression
prétendument
menae.
Au coeur
decettegalaxieinforme
:
une
poignée d'écrivains maudits,
quis'érigent
enultimes
défenseurs
d'une
identité
française,
chrétienneet
blanche, menacée aupremier chefpar
lesravages
du
«
métissage
»
et
l'«
invasion
des
musulmans
»
(RenaudCamus,Richard
Millet,etc.) ou,
pourune autrebranche,
par
l'éternellemainmisedu
«
capital
apatride
»
à
la
solde
«
des
sionistes
»
et de
«
Washing-ton
»
(Alain Soral,
Marc-Edouard
Nabe, etc.).
Ces
écrivains deseconde zone n'au-
raient
pas
grandeinfluence
s'ils
nedisposaient
de
porte-voix. Quelques
intellectuels
égarés,
«
idiots utiles
»
d'une
cause perdue,
qui,
à
forcede
vitupérer
«
l'antiracisme
»,
ce
«
coin-
munismedu
xxr
siècle»,
selon
AlainEinkielkraut.
en viennent
à
caution-
ner
l'intolérable.
Et
desrelais
média-tiques plus
puissants
qui
prennent
leur défense
de
télé
en
radio
contre
les
milices
d'une
introuvable
«
police
de
la
pensée
».
Le
tout, des élucubra-
tions élitistes
de
Millet
aux
saillies
poujadistes
d'un
RobertMénard,esquisse
les
contours
d'une
galaxieinformelle,reflet
du mal-être
d'un
petitmorceau de
France plongé
dans
la
mondialisation.
En
se
fendant
d'un
«
Eloge
littéraired'Anders
Breivik
»,
le
Norvégien
qui a
assassiné
77
personnes,
Millet a
faitresurgir cessolidaritéssouterraines.
Loin
d'être
ce
pestiféré
dont
il
a
pres-
tement endossé
la
tunique,
l'écrivaina
vu sortir del'ombre
une
batterie
desoutiens. Renaud Camus fut
l'un
des
premiers. Solidarité
de
réprouvéspartageant
les
mêmesphobies
:
le
mélange,l'immigration, l'islamet
tout
ce
quipolluerait la
pureté
dela
France
éternelle».
L'affaire
Millet
permettra-t-elle
de
«
sortir
de
leur
torpeur
quelquesindigènes hébétés
par
laGrandeDéculturation
et
par
l'endoctrinement
popétuel
»,
comme
l'espèreCamus?
Elle
agit
entout
cas
commeun détonateur pour
ceux
qui
entendent
lutter
Par
tous
les
moyens
«
contre l'islamisation de la
France
».
Pour
les
rameuter,
Millet
entonne unecomplaintecensée parler au
«
bonsens
»
de
ses
congénères
«
blancs,
catholiqueset hétérosexuels
»
«
Jamais je
n'aurais pen
me
retrou-
ver un
jour
minoritaire,
sur
le
plan
racial, culturel,
religieux,
aupoint
de
faire
figure
de
perdant
historique
sommé
de
renoncer
à ma
culture
pour
milieux
"accueillirl'autre".
»
L'écrivain
assure
avoir
eu
une
révélation
un
soir
où
il
attendait
son
train
à
la
station
Châtelet
et
où
il
prétendit
être
le
seul
Blanc. Un
cri
du
cur
qui
parle
à
lajournaliste
Elisabeth
Lévy,
patronne
dumensuel
«
Causeur
»
«
Quiconque
a déjà
voyagé
dans une rame entouré
degens
vêtus de
boubous
ou de djella-
bas
devraitavoir l'honnêteté
e
parta-
ger
ce
constat.
»
Bien sûr,
pas plus
que
Millet
«
n'ap-
prouve
les
actes
»
de
Breivik
Elisabeth
Lévy
n'approuve
le
texte
de ce
«
très
bon
écrivain
»
qui
«
charrie
»
un
peu...
Mais
ce
qui
la
chagrine, c'est
le
déclenchementde
la
«
machine
à
lyncher,
à
exclure,
à exiger
des
têtes
qui
gouverne
notreaimable
Répu-
blique
des
lettres
».
En
dénonçantune
«
fativa
»
(évidemment...)
à
Saint-Germain-des-Prés,
la
polé-
miste
cible
les
deux
populations
qu'elle
exècre
:
les
musulmans
et
les
«
bobos
bien-pensants».Drapée
dans
sa
«
liberté
d'expres-sion
»,
Elisabeth
Lévy
a
fait
desonmagazine,
et
du site
qui
y
est
adossé,
une
officine
de
blanchimentd'idéessales enfouies
sous
unesommed'articlesparfaitementrespectables
et
intéressants.
C'est
au
nomde
la
même logique que
«
Valeursactuelles
»
s'est
dressé contre
les
«
lyncheurs
»
pourassumer
unevibrante fense
des
«
dissidents
»
Millet,
Camus,
Finldelkraut,
Lévy
et
Eric
Zemmour.
Le
journaliste
a
étéérigé
en
martyr par
l'extrême-droitedepuis sa condamnation pour
provo-cation
à
la
haine
raciale. Ses
fans
com-
munient
sur
le
site
«
Zemmour
:
le
blog deceux qui
l'aiment
»
autour
dusort
infligé
à
un
journaliste
«
injuste-
mentcensuré»etdeplus
en
plus
pré-
sentdans
les
médias
:
«
FigMag
»,
RTL,
i>Télé,
ParisPremière,
M6,
etc.
Ivan
Rioufol,
éditorialiste
au
«
Figaro
»,
angoissé
par
«
les
ravages
dumulticulturalisme
»,
est
une
autrevedetteappréciée
des
obsédés
del'identité, et
son
blog,
un
lieu deren-contres
prisé.
Son
titre?
«
Liberté
d'ex-
pression
»,
bien sûr!Dans
son
«
Bloc-
notes
»,
il
s'indigne
des
cris
de
«
mentebien-pensante
»
qui fait de
Millet
un
«
hérétique
car
il
écrit
unevérité indicibl:
«
L'islam s'est
lancé
àla
conquête del'Europe,
et
seuls
les
aveugles et
les
collaborateurs
le
nient.
»
Parce
que
ce
sontde
«
bons
clients
»,
garants
d'une
polémiquemusclée
à
défautd'être
subtile,
les
émissions grandpublic
leur ouvrent
volontiers leurs
antennes,depuis
les
studios
de
RMC
jusqu'au
plateau
de
«
Ce
soir
ou
jamais
»,
de
Frédéric
Tadd, qui
a
accueilli
à
de
multiplesreprises
Soral,
Dieudonné,
le
néo-lepénistePaul-MarieCoûteaux
ou,
encore récemment,
Millet.
Danssa
croisade
en
faveur
deces
autoproclamés
«
refuzniks
»,«
Valeurs
actuelles
»
a
aussienrôlél'écrivainDenis
Tillinac
:
il
appelle
à
l'insurrection
contre
la
«
flicomanie
des
Torquemada
de la
rive
gauche
»
qui
«
cherchent
leur gibier dans
tous
les
recoins où
l'insoumission
croittrouver
refuge
et maquillent
leursrafles
en
défense de
l'humanisme
».«
Flics
»,
«
rafles
»,
«
dissidence
»
ou
encore
«
collaborateurs
»,
les
termessontsoigneusement
choisis
pour
opérer
un
renversement
lexical(voir
p. 100-101)
et
une
inversion des
Page 2/9
Mouvance
identitaire
GlossaireRéacosphère
 
valeurs. Tillinacavaitdéjà
renié son pedigree gaulliste enexhor-
tant
Marine
Le
Pen
à
soutenir
NicolasSarkozy
:
«Jamaisje
n'ai
cru
quevotre
parti
représentait
un
danger
pour
la
démocratie,
la République
et
les
valeurs humanistes»,
écrivait-il
dans
«
leFigaro
»
au
lendemain du premier
tour
de la
présidentielle. Renaud
Camus
avait,
lui,
appelé
à
voter
pour
Le
Pen,
la
seule
candidateconscienteque
«
le
phénomène politique
le
plusimportant
et
le
lus cataclysmique
e
toute l'histoire
de
notre
pays,
c'est
le
changement
depeuple,
la
contre-colo-
nisation,
le
Grand Remplacement
».
Lepénisme
à
visage
humain,
le
marinisme,
et
notamment
sa
version
médiatique incarnée par
le
volubileGilbert
Collard,
contribue largementàlibérer et
à
banaliser un discoursraciste longtemps clandestin.
Car,
quoiqu'en dise Richard
Millet,
le
quaide
la
station
Châtelet-les Halles
ne
fut pas
son pilier
de
Notre-Dame.
La
question
raciale letravaillait
de
lon-
guedate.
Dans les
années
1980
déjà,
sous
le
pseudo de
Marc
Fournier,
il
inondait
les
fanzines fascisants de
ses
aphorismes dénonçant
«
ces
"jeunes"venus
des
banlieues de
Parisqui
ne
connaissent rien
d'autre
que
le
tutoiement
»
par
«pure
ignorance de
la
langue et
de
la
civilisation
françaises
».
Trente ans plus tard,
le
Net
a
remplacé
les
brochures confidentielles,
et
la dif-
fusion des
idées
rances
s'accélère.
La
Toile
grouille
de sites diffusantàpleinrégime
les
fantasmesidentitaires,
tel
Fdesouche
ou
Enquête
&
débat, fondé
parl'éditeur d'extrême-droite Jean
Robin.Un
modèle
du
genre puisque,souscouvertde
prôner«ouverture
d'esprit etliberté
d'expression
», il
dif-
fuse,
entre autres, l'intégralité
desconférences
d'Oskar Freysinger,
le
lea-
derdes populistes suisses
de
l'UDC.
Pourrecouvrir ces
obsessions and-immigrés
d'un
vernis culturel,
ces
sites
exhument quelques
référenceslointaines
tel
«
le
Camp des
saints
»,
de
Jean
Raspail,
que Jean-Marie
Le
Pen
louecomme
le
livre
d'un
prophète.
L'auteur y
décrit
les
ravages
d'une
immigrationde masse
qui
vient sub-
merger
la
France en
profitant
del'aveuglementd'élites complices.
De
son
côté,
le
pape de
la
«
Nouvelle
Droite
»,
Alain
de
Benoist,
continue
à
annexer et
à
réinterpréter
l'oeuvre
de
grands intellos pour en
faire des
Reproduction interdite(Usage strictement interne)Journal:
Le
Nouvel
Observateur
Date Article:
19.09.2012
L'«
éloge
»deBreivik
par Milletévoque
les
pamphlets
des années
1930.
Spécialiste desrelations
entrelittérature
et
politique*,
Gisèle Sapiro
a lu le
livre deRichard Millet
« Les
bons sentiments
ne
sont
pas
matière àlittérature
»,
disait
Gide.
Richard Millet
se
moque
des bons
sentiments;
son
«
Eloge
littéraire
d'Anders Breivik
»
relève-t-il pour autant
de
la
littérature?
Frappé par
la
«
perfection
formelle,,
desactes
du meurtrier, Millety
voit
une a
dimension littéraire
»,
«
la
perfection, comme
le
Mal, ayant,
selon
lui,
toujours peuouprou
à
voir
avec la
littérature
».
On
attend donc
une
description esthétisante
de cesactes,
à
la
manière
d'Apollinaire
-
cetimmigré
-
versifiant
sur
les
obuscouleurs
de
lune
qui pleuvaient
sur
lui.
Aulieude
quoi
suit
un
simple rappel
des
faits.
Et
l'éloge littéraire
de
tourner
nonpas
en
apologie,
maisen un
étrange plaidoyer qui,deux jours
avant
le
verdict,
tout
en
clamant
la
responsabilité deBreivik,en
fait
une a
victime
»
du
multiculturalisme.
Rendre
les
(vraies) victimes
responsablesdes
crimes pertréscontre
elles est
une
rhétoriquetropfamilière
:
nazis
et
fascistes
martelaientque
les
juifs
étaient
responsables de
la
Seconde Guerremondiale.
Cetterhétoriquepamphlétaire,
qui
n'a de
littéraire que
le
style,
évoque
ce
que Benjamin
a
appelé
l'«
esthétisationdu
politique
»
pratiquéepar
le
fascisme. Elle
ressasse
les
leitmotive
réactionnaires d'avantguerre:décadence,
métissage,
atteinte
à
l'«
essence
française »
et
à la
«
pureté
» de
la
langue,
ification
de
la
a
race
e.
Pour
comprendre commentcetterhétorique s'articule
à
la
défense de
la
littérature
pure,
il
faut
revenir
au
renversement qui
a
eu
lieu
à la
Libération, quand
les
intellectuelscollaborateurs
ont
cherché
à
atténuer leur
responsabilité
face aux
tribunaux. Utilie jusque-làpar
la
droitelittérairepour
limiter
la
liberté
de
l'art,
la
notion
de responsabilité de
l'écrivain
est alors
réappropriée
par
les
écrivains
issus
de
la
Résistance
etthéorisée
par Sartre. Marginalie, la
nouvelle
droitelittéraire revendique
désormais,
sous
la
plume
des
Hussards,
l'irresponsabilité,
la
désinvoltureet
le
style.
A
eux
la
provocation!
A
la
différence
des
modernes, cependant,
la
forme
demeure
chez eux
au
service d'unevisiondu monde
élitaire et réactionnaire.
Comme chez Millet.
Propos
recueillis
par
ERIC
AESCHIMANN
(r)«
La
Responsabilité de
l'écrivain
»,
Seuil.
cautions respectables
du
combat
identitaire. Unerécupérationexercée
récemmentdans
la
revue
«
Ele-
ments
»,
à
propos du philosophe
anti-
capitaliste Jean-Claude
Michéa,spécialiste
de
George
Orwell,
puis
de l'essayiste
inclassablePhilippe
Muray,
décédé
en 2006.
Le
fauxnezde
la
laïcité sert
d'ultimesubterfugepour maquiller
la
haine desmusul-mansen«combat
pour
la
liberté»,
comme
s'y
appliquel'association
Riposte lque de ChristineTasinetPierre Cassen.
Un
petit
livre
de
Jean
Robin,
qui
s'est taillé
un
francsuccès
dans
la galaxie
brune, résume
la
démarche de
ces nouveauxfachospour distiller leurs
idées.
Abondam-
ment promu sur
RadioCourtoisie,
«
radio libre du
pays
réel
»,
la
stationd'obédience
maurrassienne,
carre-
four
des droites sulfureuses depuisun
quart de
siècle, cet
ouvrage
révèlel'existence
d'une
«
nouvelleextrême-
droite
»:
elle
est composée
des
«partisdits républicains
»
qui, au
nomdu
«
Bien et
du Mal»,
prétendent
instau-rer
le
«
totalitarisme
»
du
«politique-
ment correct».
Car
pour
ces
polé-
mistes,
le
comble, c'est
que
le
simple
fait de
contester
leurs propos,
bref,
depolémiquer,
fait de
leursadversaires
d'insupportables
censeurs.
Et le
(sale)
tour
est jo!
RENAUD DÉLY
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