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Dominique Folscheid - De La Philosophie Africaine Et Ailleurs

Dominique Folscheid - De La Philosophie Africaine Et Ailleurs

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12/08/2013

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original

 
D. Folscheid,
De la philosophie africaine et ailleurs
1
De la philosophie africaine et ailleurs
Dominique Folscheid 
Professeur de philosophieUniversit 
é
Paris-Est 
Des probl
è
mes en cascade
« Philosophie africaine : l’anthropologie », tel
é
tait le th
è
me d’un colloque qui s’est tenu
à 
Rome,
à 
l’Universit 
é
pontificale urbanienne, les 26-29 novembre 2006. Les textespr 
é
sent 
é
s ici sont soit tir 
é
s des communications pr 
é
sent 
é
es par les participants, soit ajout 
é
s par la suite, en raison de leur consonance avec les probl
è
mes de fond auxquelspareil
é
nonc
é
ne pouvait manquer de renvoyer. Car sous son apparente banali
é
 acad
é
mique, il soul
è
 ve une vol
é
e de questions tant 
ô
é
pineuses, tant 
ô
t br 
û
lantes.Elles concernent bien s
û
r la philosophie : prend-elle ou non la couleur de sesancrages empiriques, avec ses lieux, ses temps et ses hommes ? Affaire de philosophiede la philosophie, bien s
û
r, o
ù
vont s’affronter 
à 
nouveau les deux grandes options quise disputent la pr 
éé
minence. D’un c
ô
é
, la tendance platonicienne ou platonisante, quifait de la philosophie une activit 
é
sans
â 
ge, car centr 
é
e sur un monde d’Id
é
es situ
é
horsde la g
é
ographie et de l’histoire. De l’autre c
ô
é
, la tendance h
é
g
é
lienne, pour quil’universel doit n
é
cessairement se particulariser 
à 
travers l’esprit des lieux, des temps et des peuples. D
é
pend encore de cette derni
è
re celle qui rel
è
 ve de son renversement interne accompli par la pens
é
e marxienne, pour laquelle c’est l’histoire qui fait l’esprit et non l’esprit l’histoire.Pour pouvoir l
é
gitimement parler de « philosophie africaine », il faut, de toutesfa 
ç
ons,
é
tablir un lien entre la philosophie et l’Afrique. Mais en admettant qu’un tel lienexiste, qu’il soit fond
é
en raison, de quelle nature est-il ? Est-il essentiel, ce quipermettrait de parler de « philosophie africaine » comme on parle de « philosophiegrecque » ou de « philosophie allemande » ? Ou bien est-il accidentel et contingent, la « philosophie africaine » n’
é
tant alors qu’un emballage formel pour d
é
signer la philosophie
made in Africa 
? Ou plus simplement encore une mani
è
re de rappeler 
à 
 ceux qui l’ignorent qu’il existe des Africains philosophes ?Mais aussit 
ô
t ces questions laissent appara 
î
tre autant de probl
è
mes sous-jacents,qui ne demandent qu’
à 
revenir 
à 
la surface, quitte
à 
occuper toute la place. Par l
à 
, onen vient 
à 
l’anthropologie, mais dans la plus grande confusion. Car enfin, que signifiepour un philosophe le fait d’
ê
tre africain ? Est-ce que cela entra 
î
ne ou non l’africanit 
é
 du philosophe ? Et m
ê
me si la r 
é
ponse est positive, cela suffit-il
à 
justifier que l’on parlealors de philosophie « africaine » ? Or il est clair qu’aucune de ces questions ne peut recevoir r 
é
ponse, sans qu’on sache ce que signifie «
ê
tre africain » tout court. Maiscomme l’ «
ê
tre africain » ne concerne
é
 videmment pas les seuls philosophes, mais tousles
ê
tres humains appartenant au sous-groupe des Africains, c’est une nouvellequestion qui surgit : en quoi consiste l’africanit 
é
des Africains ? Du fait qu’ils sont  Africains,
é
pondra-t-on, croyant peut-
ê
tre fermer le ban, alors qu’on l’ouvre alors sur l’une des questions les plus controvers
é
es qui soient : celle de l’identit 
é
de l’Afrique elle-m
ê
me.Partis de la question de l’africanit 
é
 
é
 ventuelle de la philosophie, c’est maintenant l’Afrique qui est en cause. Qu’est-ce donc que l’Afrique ? Mais de quelle Afrique doit-on
 
D. Folscheid,
De la philosophie africaine et ailleurs
2
parler ici et qui est habilit 
é
 
à 
en parler ? Car il y aura l’Afrique du g
é
ographe, celle del’historien, celle de l’
é
conomiste, etc., qui apporteront chacun leur pierre. Mais entreapporter des mat 
é
riaux de nature h
é
é
roclite et construire ce qui s’appelle une identit 
é
,il y a un ab
î
me. D’autant que cette identit 
é
qui doit nous servir de ligne de mire doit s’av 
é
rer pertinente en mati
è
re de philosophie.Est-ce alors au philosophe qu’il faut confier cette
â 
che ? Nous avons ici unpr 
é
c
é
dent c
é
l
è
 bre, celui de Husserl, philosophe s’il en est, s’interrogeant sur l’identit 
é
 europ
é
enne au point de vue philosophique
1
.Mais le fait-il en tant que philosopheeurop
é
en, ce qui sugg
è
re l’existence possible d’une « europ
é
anit 
é
» de la philosophie, ou bien en tant que philosophe tout court, adoptant le point de vue de l’Id
é
e ou de Sirius ?
 À 
dire vrai, on ne s’est pas pos
é
la question, et le seul fait qu’on se la pose
à 
propos dela philosophie africaine vaut ici piq 
û
re de rappel, donc bon moyen de faire avancer la 
é
flexion sur la situation de la philosophie dans l’espace et le temps de la culture. Or 
à 
 partir du moment o
ù
le probl
è
me philosophique de la « philosophie africaine » est maintenant associ
é
, voire subordonn
é
,
à 
celui de l’identit 
é
de l’Afrique, on est contraint de se demander si cette t 
â 
che doit revenir ou non aux Africains eux-m
ê
mes, et si elledoit 
ê
tre r 
é
serv 
é
e ou pas aux Africains philosophes.Cela nous fait autant d’englobements r 
é
ciproques o
ù
il y a de quoi se perdre.
La g
é
ographie des philosophes
Pour 
é
 viter de tourner en rond, dans une circularit 
é
sans issue, il n’y a semble-t-ilqu’un seul moyen : attraper cet 
é
cheveau par un bout de fil qui d
é
passe et tirer dessuspour voir ce que cela donne.Le bout de fil qui d
é
passe, de mani
è
re
é
 vidente, c’est l’expression « philosophieafricaine ». Elle pr 
é
sente au moins un avantage : susciter l’introduction dans le d
é
 bat d’expressions analogues, couramment employ 
é
es en philosophie sans poser apparemment le moindre probl
è
me. On peut alors tout reprendre
à 
la base : existe-t-ilune philosophie africaine comme il existe une philosophie grecque, une philosophiefran
ç
aise, une philosophie allemande ou une philosophie anglo-saxonne ? Or du seulfait que l’id
é
e de philosophie africaine nous est apparue probl
é
matique, voil
à 
que ledoute s’instille en ce qui concerne toutes les autres. On comprend la commodit 
é
 d’appellations de ce genre pour l’
é
dition de recueils ou de manuels philosophiques.Mais quelle pertinence philosophique peuvent bien avoir des qualificatifs tir 
é
s ded
é
terminations g
é
ographiques pour sp
é
cifier la philosophie, discipline qui ne sereconna 
î
t pas d’autre lieu que la pens
é
e ? On r 
é
pondra 
é
 videmment que la philosophiene peut exister qu’
à 
travers des philosophies, lesquelles ne peuvent exister que par desphilosophes. Et que si la philosophie se produit toujours
sub specie aetern
, lesphilosophes, eux, sont toujours localis
é
s quelque part.Sans doute. Mais la localisation g
é
ographique des philosophes laisse encorependante et m
ê
me b
é
ante la question de savoir si des d
é
terminations g
é
ographiquessont capables d’engendrer des d
é
terminations philosophiques. Pour combler ce vide, ilfaut recourir 
à 
une autre type de d
é
termination, mais qui pr 
é
sente des liens avec la g
é
ographie : celle de la langue. Les qualificatifs g
é
ographiques d
é
signeraient donc en
é
alit 
é
des aires linguistiques. En parlant de philosophie grecque, fran
ç
aise ouallemande, on voudrait simplement subdiviser la philosophie en fonction des langues
1
E. Husserl,
 La crise de lhumanité européenne et la philosophie
, éd. bilingue, Paris, Aubier, 1987.
 
D. Folscheid,
De la philosophie africaine et ailleurs
3
dans lesquelles elle se pense et s’exprime : le grec, le fran
ç
ais et l’allemand. Or s’il est exact que la philosophie grecque ne parle que le grec, ce n’est pas vrai des deux autres.Descartes, grosse pointure s’il en est de la « philosophie fran
ç
aise », a 
é
crit la plupart deses œuvres en latin,
à 
l’exception notable du
Discours de la m 
é 
thode 
, premier ouvragede philosophie publi
é
directement en fran
ç
ais. Pour Leibniz, que l’on classe volontiersdans la philosophie allemande, c’est encore plus
é
tonnant, puisqu’il
é
crivait essentiellement en latin et en fran
ç
ais. Quant 
à 
la philosophie qualifi
é
e d’ « anglo-saxonne », elle s’exprime dans toutes les langues et sa cartographie ferait fr 
é
mir ung
é
ographe, puisqu’elle qu’elle ne trouve rien de mieux pour se sp
é
cifier que de s’opposer 
à 
la philosophie dite « continentale ».
 À 
s’en tenir l
à 
, on ne voit plus du tout ce que pourrait bien signifier l’expression« philosophie africaine », puisqu’il n’existe aucune langue qui puisse se dire l’ « africain »(sinon l’afrikaner, qui n’a rien d’africain). Les Africains, qui philosophent, ne le font pas« en langue », comme on dit, mais principalement en fran
ç
ais, en anglais et dansquelques autres grandes langues de communication. Au lieu de parler de « philosophieafricaine », il faudrait alors se contenter de parler de philosophie « francophone » ou« anglophone ». Et par ce truchement, les Africains qui philosophent devraient alors serallier 
volens nolens 
 
à 
la philosophie fran
ç
aise, allemande, grecque ou anglo-saxonne,selon des dosages divers.
Exit 
l’africanit 
é
possible de la philosophie !
Le terroir des philosophes
L’affaire se cl
ô
turerait donc sur un non-lieu si les d
é
terminations de « fran
ç
aise »,« allemande » ou « anglo-saxonne », appliqu
é
es
à 
la philosophie, n’avaient pas elles-m
ê
mes d
é
montr 
é
leur insuffisance. Ce que conforte le fait que l’africanit 
é
 
é
 ventuelle dela philosophie des Africains ne correspond pas
à 
une langue africaine. Il nous faut doncd
é
passer le niveau strictement linguistique des langues pour acc
é
der 
à 
leur sous- jacent, l
à 
o
ù
elles se nouent d’une part au langage, qui n’est pas une langue, d’autrepart 
à 
une aire culturelle pr 
é
cise. Au lieu du grec, du fran
ç
ais ou de l’allemand, onrencontre alors la « gr 
é
cit 
é
», la « francit 
é
» ou le « germanit 
é
». Et 
à 
ce niveau-l
à 
,l’africanit 
é
ne fait plus d
é
sordre, elle contribue
à 
l’ordre.Quel ordre ? Celui des lieux, toujours lui, parce que les d
é
terminations qui nousservent 
à 
classifier la philosophie sont riv 
é
es aux lieux. Elles peuvent aussi l’
ê
tre autemps, ce qui nous donne la philosophie antique, classique ou moderne, contemporaineenfin, mais ce n’est s
û
rement pas dans cette voie que nous d
é
couvrirons ce que peut  bien
ê
tre la philosophie africaine, sauf 
à 
mettre l’Afrique
à 
la torture, comme on le verra plus loin. Il faut donc en rester aux lieux. Mais il y a d’autres mani
è
res de lescomprendre que ne le font les g
é
ographes, surtout quand il s’agit de philosophie — et mieux encore : de philosophie de la philosophie. On s’en approche d
é
 j
à 
avec l’id
é
e deterroir, qui articule nature et culture pour des produits de choix,
à 
haute valeur pour une civilisation. Par exemple le vin. Est-ce
à 
dire que la philosophie, pour se classifier,aurait besoin, comme le vin, d’« appellations d’origine contr 
ô
l
é
e » ? Va pour le vin,
in vino veritas 
! Mais comme la v 
é
rit 
é
de la philosophie ne r 
é
side pas dans le vin, m
ê
me s’ilarrive que bien des syst 
è
mes philosophiques rendent ivres leurs auteurs, et passeulement de gloire, il faut chercher plus loin.Qu’est-ce qui pourrait bien jouer le r 
ô
le de terroir pour la philosophie ? Cela nepeut 
ê
tre qu’un lieu servant de substrat 
à 
un nombre minimum de philosophies et de

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