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Recension
Publiée dans :
 De l’anarchisme aux courants alternatifs (XIX-XXIe siècles),
Marie-Claude Chaput (éd.),
 Regards
, n° 9,2006, Paris X-Nanterre-Publidix, p. 437-438.
 
Antoine GIMENEZ & les GIMÉNOLOGUES,
 Les Fils de la nuit. Souvenirs de la guerred’Espagne,
Montreuil-Marseille, L’Insomniaque & les Giménologues, 2006, 559 p. [14x21cm ; ISBN : 2-915694-14-1 ; 16 €]Gimenez est le nom d’emprunt de l’activiste anarchiste italien Bruno Salvadori (1910-1982), qui écrivit ses souvenirs en français de 1974 à 1976, à Marseille où il demeurait. Lorsdu coup d’État militaire de juillet 1936, il se trouvait près de Lérida et il rejoignit rapidementle Groupe international de la colonne Durruti sur le front d’Aragon. Son récit nous faitdécouvrir l’action de ces unités héroïques et très mal connues de francs-tireurs, appelées aussiles Fils de la nuit, qui précédèrent les fameuses Brigades internationales et furent finalementmilitarisées. Rien n’est occulté de la sauvagerie de cette guerre sans quartier, où l’on achèveles blessés plutôt que de les laisser tomber vivants aux mains de l’ennemi. Tandis quepérissent amis et maîtresses, l’auteur, qui avoue souvent sa peur, ne doit sa survie qu’à unechance inexplicable. Il rappelle, en leur rendant hommage, que nombre de ses compagnonsétaient des révoltés en délicatesse avec la justice. Les transformations révolutionnaires de lazone contrôlée par les anarchistes sont brièvement évoquées. Ainsi, les descriptions de lacollectivité de Pina de Ebro témoignent d’une évolution rapide des mentalités et de lasolidarité réciproque de la population et des miliciens. La montée en puissance descommunistes, les affrontements de mai 1937 à Barcelone et l’assassinat de son ami CamilloBerneri lui inspirent un profond sentiment de découragement. Le manque d’armes et desoutien tactique, entretenu par un gouvernement plus soucieux de se débarrasser des milicesanarchistes que de gagner la guerre, est aussi pointé. Mais ce qui rend exceptionnel lemanuscrit de Gimenez-Salvadori, outre son intérêt historique, est la succession de scènesd’amour et de combat, dont la liberté de ton et le réalisme surprennent. On se demande mêmesi elles ne sont pas un peu romancées, compte tenu des failles naturelles de la mémoire. À titrede comparaison, les mémorialistes anarchistes espagnols sont extrêmement réservés sur cessujets. L’importance accordée à l’érotisme et à la violence trahit peut-être une influencecinématographique sur un récit d’ailleurs construit comme un scénario. Les reconstitutions depropos sur des thèmes tels que la religion ou la famille sont peu fréquentes et le talentlittéraire de l’auteur rend la lecture de ses souvenirs aussi agréable que celle d’un romand’aventures, quoique plus émouvante. La générosité, l’abnégation, le courage désintéresséd’hommes et de femmes prêts à tous les sacrifices pour l’avènement d’un monde plus juste ysont parfaitement restitués.Rares sont les éditions critiques de mémoires et encore davantage celles de militantsanonymes. On ne peut donc que se féliciter qu’une équipe de personnes touchées par cemanuscrit, plusieurs fois refusé par des éditeurs pudibonds, ait non seulement entrepris sapublication mais se soit aussi prise au jeu de la recherche historique. Le texte des souvenirs(190 pages) est complété par un appareil critique riche et varié qui, en croisant les travauxd’historiens et les témoignages de survivants, corrige les erreurs chronologiques et autresapproximations de l’auteur, dévoile l’identité et le parcours d’un certain nombre deprotagonistes, resitue la petite histoire dans la grande. Par exemple, les Giménologues enprofitent pour faire le point, de manière convaincante, sur la mort de Durruti évoquée dans
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