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Interview Exclusive de Robert Fisk 
Par Wajahat AliCounterPunch, publié le 1er mai 2008
article original : 
Voici une conversation exclusive et candide avec l'un desrares journalistes à faire autorité sur le Proche-Orient 
ALI: Un reportage britannique récent a dit que les conditions de vie àGaza sont les pires de ces trente dernières années. Ne serait-ce que lasemaine dernière, un séminaire a été pris pour cible et plusieurs civilsont été tués. Les Américains voient cela et pensent : "Les Arabes et lesJuifs ne font que s'entretuer." Sur le terrain, quelle est la réalité sur lecaractère explosif actuel de la situation ? Faut-il accuser un camp plusque l'autre pour cette récente explosion de violence ?
FISK: Grands dieux ! On dirait une question posée par CNN ! Vous savez,c'est une question d'Histoire : la façon dont nos sociétés se développent, etce que l'on nous dit et que l'on ne nous dit pas. La situation en Cisjordanie,Gaza, Israël ou en "Palestine" est la même que celle que l'on avait à la finde la Première Guerre Mondiale. Deux groupes de population veulentvivre sur le même morceau de terre et ils ont des revendicationsconflictuelles, dont l'une est en grande partie basée sur des actions quiremontent directement à la période ottomane et à la période britannique. Etle cas des colonies semble reposer sur l'idée de ce que Dieu a promis. Etces deux choses ne marchent pas. On ne peut pas dire d'un côté, eh bien, j'ai le droit de propriété sur cette terre, mais aucun Dieu ne me l'a donnée.C'est la fin de la conversation, non ? A partir de là, on peut débiter toutessortes d'allégories historiques, on peut raconter l'Histoire de différentesfaçons, cela ne mène à rien. A chaque fois que l'on nous dit qu'il faut toutreprendre de zéro, nous devons recommencer à partir de maintenant etoublier le passé. On ne peut pas plus oublier le passé [en ce qui concernela Palestine] que pour l'Irak, l'Europe ou l'Amérique.
 
La Deuxième Guerre Mondiale est et a été constamment évoquée par Blair et Bush pour rationaliser l'invasion de l'Irak. Eh bien, on ne peut pasconstamment se référer à la 2ème G.M. et traiter Saddam de Hitler deBagdad et, ensuite, d'un autre côté, dire que nous n'allons pas remonter dans le passé pour d'autres endroits du Proche-Orient, parce que cela estdérangeant, donc, nous allons prendre les choses à partir du présent. Onentend toujours des gens dire, "Regardons en avant !"
(rires)
A la façondes conseillers matrimoniaux qui ne considèrent que l'avenir, pas le passé,même s'il y a eu autant de chagrin. J'ai bien peur qu'il faille [considérer le passé].Le Proche-Orient est une terre de grande injustice. Les Israéliens peuventrevendiquer, ou du moins l'espérer, que la Déclaration de Lord Balfour de1917, promettant le soutien de la Grande-Bretagne à la création d'une patrie juive en Palestine, ne signifiait pas juste la petite partie à gauche duJourdain qui est devenue Israël. Beaucoup d'Israéliens d'aujourd'hui ou dedemain pourraient revendiquer que la Palestine voulait dire tout ce quienglobe le Jourdain. C'était l'espoir de Chaim Weizmann que l'on permetteaux colonies juives, après la conférence du Caire de 1921, de s'implanter àl'Est du Jourdain. Vous avez deux groupes de population auxquels lesBritanniques avaient fait des promesses contradictoires. D'une part, pour l'indépendance arabe et des promesses que l'immigration ne déposséderaiten aucune manière les Arabes autochtones et qu'ils n'en souffriraient pas.Et d'autre part une promesse faite par la Grande-Bretagne de soutenir une patrie juive en Palestine. Ces choses étaient tout aussi impossibles àintégrer hier qu'elles le sont aujourd'hui. Nous passons notre temps à aller au Proche-Orient et à installer nos diversdictateurs, qu'ils soient les Rois d'Arabie ou le Roi Farouk d'Egypte ou leRoi Idris de Libye. Ensuite, lorsque les peuples ne veulent plus de tous cesrois, nous installons au pouvoir divers généraux. Le Général Sadate et leColonel Kadhafi. Le Roi Abdallah était un soldat, le Roi Hussein était unsoldat. Alors, nous sommes surpris lorsque les gens disent, "Cela suffit !"Mais, en fin de compte, lorsque l'on demande "Qui a raison et qui a tort ?"C'est l'Histoire qui a tort. Ce sont les erreurs que nous avons faites et lesinjustices que nous avons commises dans cette région. On peutcommencer avec l'Empire Ottoman, on peut commencer à partir de l'après1ère G.M., et on peut commencer à partir des Américains. Et au fur et àmesure que l'on remonte dans l'histoire, les publications se font plusminces et plus fragiles, non ?
ALI: Vous êtes au Proche-Orient depuis des décennies. Vous avez vu àla fois la politique étrangère des Républicains et des Démocrates — 
FISK: Quelle est la différence ? Il n'y a aucune différence. Quelle est ladifférence entre Clinton et Bush ? C'est comme si on disait qu'un
 
gouvernement travailliste allait arriver en Israël et qu'il serait différent duLikoud et il s'avère ne pas être différent du tout.
ALI: Bon ! Obama, comme vous le savez, avant de se présenter à laprésidentielle, était plus partial vis-à-vis des droits des Palestiniens.Mais, le mois dernier, en compagnie de Clinton, il a écrit une lettrecondamnant fermement la violence palestinienne. Beaucoup sedemandent : y aura-t-il un changement de politique si Obama, oumême Clinton, remporte cette élection ?
FISK: Voici la chose qui sera différente dans la politique américaine auProche-Orient, quel que soit celui qui remportera l'élection : c'estcomplètement hors du sujet.
ALI: Il semble que le Liban soit une histoire oubliée. En 2006, il étaiten lutte avec Israël, qui a dévasté une grande partie de cette société — 
FISK: Le Hezbollah était en lutte. Je ne sais si le Liban l'était, mais leHezbollah, oui.
ALI: Ces deux dernières années, la société libanaise a-t-elle purécupérer ou cela a-t-il seulement renforcé le Hezbollah ?
FISK: Eh bien, cela a certainement renforcé le Hezbollah, mais sa performance politique, depuis lors, a été si ambiguë que tout ce qu'il agagné militairement en terme de prestige il l'a substantiellement perdu politiquement à l'intérieur même du Liban. Regardez ! La seule bonnenouvelle au Liban est que la guerre civile n'a pas repris. Beaucoup de gens pensaient qu'elle reprendrait, et je le pensais moi-même, mais cela n'a pasété le cas. Ceci pourrait vouloir dire que les Libanais ont réalisé la folie dela guerre : que l'on ne peut pas gagner ! Tout ceci n'est qu'une question demort, pas de victoire. Cela signifie aussi qu'énormément de Libanais quiont été envoyés enfants pour être éduqués [à l'étranger] durant la guerrecivile — qui à Paris, qui à Londres, Genève ou Boston — sont retournésau Liban en disant, "je ne veux pas de ce sectarisme absurde et je veuxvivre dans un pays normal où il n'y a plus aucune guerre". Dans cettemesure, il faut rendre hommage aux Libanais et au Liban, que celui-ci nese soit pas désintégré, à l'instar de Gaza, de l'Afghanistan ou de l'Irak,malgré le souhait des Américains et des Iraniens de s'en servir de champde bataille — ce qu'était [la guerre de l'été] 2006. Qu'ils apprécient leur  bonne fortune est un tout autre sujet !
ALI: Vous avez une expérience du Kosovo et de la Serbie et vous savezque le Kosovo a déclaré son indépendance et sa souveraineté, le 17février, vis-à-vis de la Serbie. Pensez-vous qu'il y a une complicité dela part d'agents occidentaux dans cette souffrance prolongée ? Est-ce
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