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Surveiller et Punir

Surveiller et Punir

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Published by Judicaël Daufin
Présentation de l'éditeur
Peut-être avons-nous honte aujourd'hui de nos prisons. Le XIXe siècle, lui, était fier de ses forteresses qu'il construisait aux limites et parfois au cœur des villes. Il s'enchantait de cette douceur nouvelle qui remplaçait les échafauds. Il s'émerveillait de ne plus châtier les corps, et de savoir désormais corriger les âmes. Ces murs, ces verrous, ces cellules figuraient toute une entreprise d'orthopédie sociale. Ceux qui volent, on les emprisonne ; ceux qui violent, on les emprisonne ; ceux qui tuent, également. D'où vient cette étrange pratique et le curieux projet d'enfermer pour redresser, que portent avec eux les Codes pénaux de l'époque moderne ? Un vieil héritage des cachots du Moyen Age ? Plutôt une technologie nouvelle : la mise au point, du XVIe au XIXe siècle, de tout un ensemble de procédures pour quadriller, contrôler, mesurer, dresser les individus, les rendre à la fois " dociles et utiles ". Surveillance, exercices, manœuvres, notations, rangs et places, classements, examens, enregistrements, toute une manière d'assujettir les corps, de maîtriser les multiplicités humaines et de manipuler leurs forces s'est développée au cours des siècles classiques, dans les hôpitaux, à l'armée, dans les écoles, les collèges ou les ateliers : la discipline. Le XVIIe siècle a sans doute inventé les libertés ; mais il leur a donné un sous-sol profond et solide - la société disciplinaire dont nous relevons toujours. La prison est à replacer dans la formation de cette société de surveillance. La pénalité moderne n'ose plus dire qu'elle punit des crimes ; elle prétend réadapter des délinquants. Voilà deux siècles bientôt qu'elle voisine et cousine avec les " sciences humaines ". C'est sa fierté, sa manière, en tout cas, de n'être pas trop honteuse d'elle-même : " Je ne suis peut-être pas encore tout à fait juste ; ayez un peu de patience, regardez comme je suis en train de devenir savante. " Mais comment la psychologie, la psychiatrie, la criminologie pourraient-elles justifier la justice d'aujourd'hui, puisque leur histoire montre une même technologie politique, au point. où elles se sont formées les unes et les autres ? Sous la connaissance des hommes et sous l'humanité des châtiments, se retrouvent un certain investissement disciplinaire des corps, une l'orme mixte l'assujettissement et d'objectivation, un même " pouvoir-savoir ". Peut-on faire la généalogie de la morale moderne à partir d'une histoire politique des corps ?
Présentation de l'éditeur
Peut-être avons-nous honte aujourd'hui de nos prisons. Le XIXe siècle, lui, était fier de ses forteresses qu'il construisait aux limites et parfois au cœur des villes. Il s'enchantait de cette douceur nouvelle qui remplaçait les échafauds. Il s'émerveillait de ne plus châtier les corps, et de savoir désormais corriger les âmes. Ces murs, ces verrous, ces cellules figuraient toute une entreprise d'orthopédie sociale. Ceux qui volent, on les emprisonne ; ceux qui violent, on les emprisonne ; ceux qui tuent, également. D'où vient cette étrange pratique et le curieux projet d'enfermer pour redresser, que portent avec eux les Codes pénaux de l'époque moderne ? Un vieil héritage des cachots du Moyen Age ? Plutôt une technologie nouvelle : la mise au point, du XVIe au XIXe siècle, de tout un ensemble de procédures pour quadriller, contrôler, mesurer, dresser les individus, les rendre à la fois " dociles et utiles ". Surveillance, exercices, manœuvres, notations, rangs et places, classements, examens, enregistrements, toute une manière d'assujettir les corps, de maîtriser les multiplicités humaines et de manipuler leurs forces s'est développée au cours des siècles classiques, dans les hôpitaux, à l'armée, dans les écoles, les collèges ou les ateliers : la discipline. Le XVIIe siècle a sans doute inventé les libertés ; mais il leur a donné un sous-sol profond et solide - la société disciplinaire dont nous relevons toujours. La prison est à replacer dans la formation de cette société de surveillance. La pénalité moderne n'ose plus dire qu'elle punit des crimes ; elle prétend réadapter des délinquants. Voilà deux siècles bientôt qu'elle voisine et cousine avec les " sciences humaines ". C'est sa fierté, sa manière, en tout cas, de n'être pas trop honteuse d'elle-même : " Je ne suis peut-être pas encore tout à fait juste ; ayez un peu de patience, regardez comme je suis en train de devenir savante. " Mais comment la psychologie, la psychiatrie, la criminologie pourraient-elles justifier la justice d'aujourd'hui, puisque leur histoire montre une même technologie politique, au point. où elles se sont formées les unes et les autres ? Sous la connaissance des hommes et sous l'humanité des châtiments, se retrouvent un certain investissement disciplinaire des corps, une l'orme mixte l'assujettissement et d'objectivation, un même " pouvoir-savoir ". Peut-on faire la généalogie de la morale moderne à partir d'une histoire politique des corps ?

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MICHEL FOUCAULT
SURVEILLER ETPUNIR 
 NAISSANCE DE LA PRISON
nr
GALLIMARD - 1975-------------------------------------------COPYLEFT
YUJI 
- 2004(pagination conforme à l’édition originale)
 
8
I
SUPPLICE
 
9
CHAPITRE PREMIER 
 
Le corps des condamnés
Damiens avait été condamné, le 2 mars 1757, à « faire amendehonorable devant la principale porte de l'Église de Paris »,où il devait être « mené et conduit dans un tombereau, nu, enchemise, tenant une torche de cire ardente du poids de deuxlivres »; puis, « dans le dit tombereau, à la place de Grève,et sur un échafaud qui y sera dressé, tenaillé aux mamelles, bras, cuisses et gras des jambes, sa main droite tenant enicelle le couteau dont il a commis le dit parricide, brûlée defeu de soufre, et sur les endroits où il sera tenaillé, jeté du plomb fondu, de l'huile bouillante, de la poix résine brûlante,de la cire et soufre fondus ensemble et ensuite son corps tiré etdémembré à quatre chevaux et ses membres et corps consumésau feu, réduits en cendres et ses cendres jetées au vent
1
».
 
« Enfin on l'écartela, raconte la
Gazette d'Amsterdam2.
Cettedernière opération fut très longue, parce que les chevaux donton se servait n'étaient pas accoutumés à tirer; en sorte qu'aulieu de quatre, il en fallut mettre six; et cela ne suffisant pasencore, on fut obligé pour démembrer les cuisses du malheu-reux, de lui couper les nerfs et de lui hacher les jointures...
 
« On assure que quoiqu'il eût toujours été grand jureur, il nelui échappa aucun blasphème; seulement les excessives dou-leurs lui faisaient pousser d'horribles cris, et souvent il répéta :Mon Dieu, ayez pitié de moi; Jésus, secourez-moi. Les specta-teurs furent tous édifiés de la sollicitude du curé de Saint-Paulqui malgré son grand âge ne perdait aucun moment pour consoler le patient. »Et l'exempt Bouton : « On a allumé le soufre, mais le feu était
 
1.
 
 Pièces originales et procédures du procès fait à Robert-François Damiens,
1757, t. III, p. 372-374.2.
 
Gazette d'Amsterdam,
1
er 
avril 1757.

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