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Diable

Diable

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11/17/2013

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LE DIABLE
Le paysan restait debout en face du médecin,devant le lit de la mourante. La vieille, calme,résignée, lucide, regardait les deux hommes et lesécoutait causer. Elle allait mourir ; elle ne serévoltait pas, son temps était fini, elle avait quatre-vingt-douze ans.Par la fenêtre et la porte ouvertes, le soleil de juillet entrait à flots, jetait sa flamme chaude sur lesol de terre brune, onduleux et battu par les sabots dequatre générations de rustres. Les odeurs des champsvenaient aussi, poussées par la brise cuisante, odeursdes herbes, des blés, des feuilles, brûlés sous lachaleur de midi. Les sauterelles s’égosillaient,emplissaient la campagne d’un crépitement clair,pareil au bruit des criquets de bois qu’on vend auxenfants dans les foires.Le médecin, élevant la voix, disait :« Honoré, vous ne pouvez pas laisser votre mèretoute seule dans cet état-là. Elle passera d’unmoment à l’autre ! »Et le paysan, désolé, répétait :
 
 Le diable
« Faut pourtant que j’rentre mon blé ; v’làtrop longtemps qu’ilest à terre. L’tempsest bon, justement.Qué qu’t’en dis, mamé ? »Et la vieillemourante, tenailléeencore par l’avaricenormande, faisait« oui » de l’œil et dufront, engageait sonfils à rentrer son bléet à la laisser mourirtoute seule.Mais le médecin sefâcha et, tapant du pied :« Vous n’êtes qu’une brute,entendez-vous, et je ne vouspermettrai pas de faire ça, entendez-vous ! Et, si vous êtes forcé de rentrervotre blé aujourd’hui même, allez chercherla Rapet, parbleu ! et faites-lui garder votre mère. Jele veux, entendez-vous ! Et si vous ne m’obéissez
 
 Le diable
pas, je vous laisserai crever comme un chien, quandvous serez malade à votre tour, entendez-vous ? »Le paysan, un grand maigre, aux gestes lents,torturé par l’indécision, par la peur du médecin etpar l’amour féroce de l’épargne, hésitait, calculait,balbutiait :« Comben qu’é prend, la Rapet, pour unegarde ? »Le médecin criait :« Est-ce que je sais, moi ? Ça dépend du tempsque vous lui demanderez. Arrangez-vous avec elle ;morbleu ! Mais je veux qu’elle soit ici dans uneheure, entendez-vous ? »L’homme se décida :« J’y vas, j’y vas ; vous fâchez point, m’sieul’médecin. »Et le docteur s’en alla, en appelant :« Vous savez, vous savez, prenez garde, car je nebadine pas quand je me fâche, moi ! »Dès qu’il fut seul, le paysan se tourna vers samère, et, d’une voix résignée :« J’vas quéri la Rapet, pisqu’il veut, c’t’homme.T’éluge point tant qu’je r’vienne. »Et il sortit à son tour.

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