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Main Basse sur Hong KongSuko noua la serviette autour de ses reins. Il allait cadenasser la porte du placard, lorsqu’ils’immobilisa.Quelque chose le troublait.Le calme régnait dans la cabine, à peine altéré par la voix lointaine du maître nageur rappelantquelque gamin à l’ordre. La lumière jaunâtre filtrée par les épais carreaux de verre au-dessus de lui était lamême que les autres jours.Un son inhabituel en ces lieux lui parvenait : une respiration haletante, celle d’un homme aprèsune longue course à pied.Suko attendit sans bouger. Son instinct et son expérience lui indiquaient que les prochainessecondes lui amèneraient une surprise.Il aurait aimé rouvrir le placard pour y prendre son Beretta; la peur de faire grincer la porte, etd’avertir ainsi un adversaire éventuel, le fit changer d’avis.Se mettant pieds nus pour avoir une meilleure prise sur le carrelage, il s’appuya contre sonarmoire, la dernière de la longue rangée.C’est à l’autre extrémité de cette rangée que la silhouette lui apparut.Un homme encore jeune, à la tenue négligée, à la chevelure de jais retenue par un bandeaudécoloré lui enserrant le front.Le garçon regarda autour de lui, comme s’il voulait s’assurer qu’il était bien seul. Il s’essuya la paume de ses mains sur son jean, avant de porter son regard sur le Chinois.Suko se détendit en constatant que l’homme n’était pas armé.Il le laissa approcher. Pas trop tout de même. À mi-chemin, il interpella le garçon aux frêlesépaules :-Que me voulez-vous?-C’est vous, Suko?-Depuis ma naissance.-Ha, ha! gloussa l’autre. Elle est bien bonne.-Et vous, quel est votre nom?-Appelez-moi Anonyme. J’ai oublié comment je me nomme.-Anonyme? grimaça Suko. Voyez-vous, j’ai pour principe de ne pas m’adresser aux anonymes.-Et alors?-Et alors vous pouvez disparaître...-Non, non, protesta le jeune gars en tendant le bras. Vous ne m’avez pas compris. Il faut que nous parlions, Suko. J’ai quelque chose à vous remettre.-Quoi?L’interlocuteur de Suko ne répondit pas immédiatement; il jeta une nouvelle fois des regardsapeurés alentour, comme si quelqu’un allait le surprendre.Suko remarqua son désarroi :-Alors, mon gars, que se passe-t-il? Pourquoi vous affoler?-J’ai... co... comme un pressentiment...-On vous a suivi?-Je croyais les avoir semés. Mais je... (Il se racla la gorge.) Après tout, ça m’est égal. Je ne suisqu’un messager. Je ne veux être rien de plus.-Que deviez-vous me donner?L’Anonyme poussa un profond soupir.-Une simple nouvelle. J’ai reçu la lettre et...-Qui était l’expéditeur?-Votre...Le garçon n’ajouta plus rien. À l’autre bout de la rangée de placards, il y eut un léger mouvement,suivi d’un «pouf» étouffé et d’un sifflement. Le porteur de message se cassa en deux et tomba en avant;Suko eut juste le temps de tendre les bras pour le retenir.Les yeux grands ouverts du messager ne verraient plus rien, du gauche s’écoulait un mince filet desang. Une de ses mains était dissimulée sous le mince blouson de simili cuir. Le bout d’une flèche dépassaitde son occiput.Suko laissa glisser le corps sur le sol. Tout s’était passé en l’espace de quelques secondes, lemeurtrier avait eu le temps de se mettre à l’abri. Le Chinois se précipita vers son casier pour y pêcher son1
 
Beretta. Il se retourna et, aussitôt, se jeta à plat ventre : un sifflement annonçait l’arrivée d’une nouvelleflèche.Le projectile mortel ne fit pas d’autre victime, il alla se ficher dans la porte d’un placard.Suko ne put ajuster son agresseur qui, déjà, avait pris la fuite.Un sourire carnassier éclaira le visage du Chinois : l’homme n’irait pas loin... Le tueur avait pris ladirection des bassins; il ne trouverait aucune issue pour s’échapper.
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L’eau chaude m’arrivait au ras du menton. Je distinguais vaguement, dans les vapeurs aux odeurs balsamiques, les cloisons de droite et de gauche qui permettaient une relative intimité dans ma baignoire.Suko m’avait longuement vanté les mérites de cet établissement de bains chinois; j’avais fini pas accepter de l’y accompagner.Pourtant je m’y retrouvais seul; mon ami n’était pas au rendez-vous. Un type aux allures decatcheur m’avait conduit avec un large sourire au bassin qui m’était destiné; il m’avait proposé des sels etdes essences destinés, selon lui, à multiplier les vertus bénéfiques de l’eau. Je m’étais décidé pour un produit vert-jaune capable de nettoyer la peau à fond et de la rendre aussi douce qu’un derrière de bébé :-Vous vous en servez également? avais-je voulu savoir.-Bien entendu!-Alors, n’oubliez pas d’en prendre une triple dose, avec la peau que vous avez!Le garçon de bain s’en était allé, piqué au vif. J’avais saupoudré mon bain avec le contenu d’unsachet dont la publicité, imprimée sur l’une des faces, me promettait le septième ciel.À chacun son idée du septième ciel! Tout ce que je pus remarquer était que la forte teneur en sel del’eau me permettait de flotter...Autour de moi régnait l’atmosphère normale des établissements de bains. Des volutes de vapeur s’élevaient de mon bassin comme des autres, mêlant diverses senteurs, un peu étourdissantes.J’essayai, malgré le brouillard environnant, d’observer les nouveaux arrivants.Ils m’apparaissaient tels des fantômes glissant presque immatériellement sur le carrelage. Leursvoix me parvenaient estompées, incompréhensibles.Un certain bien-être me gagnait dans cette eau dont la température restait constante. Pourtant,l’engouement de Suko pour cet établissement me dépassait; si je voulais m’endormir dans une baignoire, je pouvais le faire tout aussi bien chez moi.D’ailleurs, mes yeux commençaient à se fermer; une sorte de lassitude s’emparait de moi, venaitdes pieds, me semblait-il, et remontant lentement.L’absence de Suko m’irritait peu à peu. Le bassin à côté du bien lui avait été réservé et jel’attendais depuis un bon bout de temps.Il ne me restait qu’à m’armer de patience et à trouver la formule idéale pour l’accueillir vertementà son arrivée.Je continuai à barboter dans l’eau, souriant à l’idée qu’il ne me manquait qu’un petit canard ou un bateau en plastique. Béatement, je me laissais aller à une douce somnolence; j’étendis les bras pour lesreposer sur les bords du bassin où étaient pliées les deux grandes serviettes de bain.C’est alors qu’il apparut.Je n’avais pas remarqué son approche dans mon demi-sommeil. C’était comme un rêve qui setransformait en cauchemar.Une silhouette massive - ç’aurait pu être Suko si l’homme n’avait pas été habillé - se découpaitdans les nuages de vapeur et son attitude semblait menaçante.Son ombre me recouvrait entièrement. Je voulais crier «Vous êtes fou!» mais, déjà, son pied se posait sur mon crâne et enfonçait ma tête sous l’eau où mes protestations se transformèrent en gargouillis.Les yeux grands ouverts, je ne voyais rien dans les flots verdâtres qui m’entouraient. J’attendisquelques secondes, puis tentait de me dégager afin de remonter à la surface et de reprendre mon souffle.Mon agresseur réagit immédiatement : il me saisit par les cheveux et me tira à moitié hors de l’eau. Boucheouverte, j’emplis avidement mes poumons, alors que l’homme, sans me lâcher, appuyait un objet froidcontre ma gorge : le canon d’une arme.-Si tu bouges, tu es mort!
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Je rêvais! Je dormais! J’avais des hallucinations! Je devenais fou!2
 
 Non, j’étais bel et bien éveillé et mon cauchemar n’était que la triste réalité. À moitié immergédans l’eau chaude, je sentais le canon d’une arme qu’un inconnu enfonçait avec brutalité dans la peautendre de mon cou.Une telle situation n’exigeait qu’une chose : garder son sang-froid!Me forçant au calme, je me contentai de surveiller la respiration saccadée de l’étranger. Sesvêtements étaient imprégnés d’une forte odeur de goudron.Avec mille précautions, j’essayai de tourner la tête; la pression de l’arme s’accentua, meurtrissantma peau.Cette agression était-elle l’effet du hasard? Ou bien étais-je personnellement visé? S’agissait-ild’un plan préétabli? Pour l’instant, je ne savais que répondre.J’étais inquiet : l’homme me faisait l’effet de quelqu’un qui arrive difficilement à maîtriser sesnerfs. Ce type pouvait très bien appuyer sur la détente en me voyant ciller au mauvais moment. Nous n’étions pas seuls; personne, pourtant, ne nous observait. Chacun s’occupait de soi-mêmedans son bassin cloisonné.Je remarquai qu’il s’agissait d’une arme spéciale. À première vue, elle ressemblait à un revolver comme les autres; son canon et son barillet avaient néanmoins une forme singulière.-Pourrais-je savoir ce que...? murmurai-je.-Tu ne sauras assez tôt. Attends que ton ami arrive.-Il s’agit de lui?-Exact!-Qu’est-ce qu’il a fait?-C’est ce qu’on va voir.-Ou pas.-Toi, tu ferais mieux de ne pas la ramener! Je pourrais vous buter tous les deux...-Je veux bien vous croire. Vous êtes assez courageux pour...-Le voilà! me coupa-t-il alors que Suko surgissait dans les bouffées de vapeur.-Ho, par ici!Suko tourna la tête dans notre direction; dans le brouillard qui continuait à monter de l’eau, il ne pouvait pas se rendre compte de ma situation délicate.-John...?-Ton copain est là, à côté de moi. Avance sans faire de bêtise, sinon je ne donne pas cher de sa peau.Mon partenaire se présenta sur le bord du bassin. Il ne portait qu’une serviette autour des reins; ilavait dû être surpris par l’inconnu pendant qu’il se déshabillait dans la cabine.-Bizarres, tes amis, Suko!-Je ne connais pas ce tueur.-Tueur?-Oui, John, sa victime est dans la cabine. Il a abattu un type sous mes yeux. Lâchement. En luitirant dans le dos.Après cette révélation, je n’en menais pas large : le gars était capable de me farcir la tête de plomb.-Je n’ai pas entendu de coup de feu.-Normal. Son flingue envoie des fléchettes d’acier. Une façon drôlement sournoise d’envoyer quelqu’un
ad patres...
-La ferme! grinça le tueur.Il me semblait de plus en plus nerveux. Ça ne m’arrangeait pas du tout. J’envoyai un regardinterrogateur à Suko. Impossible, pourtant, de lire une réponse dans ses yeux avec ces vapeurs continues.Le meurtrier devait cependant avoir une raison sérieuse de ne pas fuir après son acte. Pourquoi avait-ilattendu l’arrivée de Suko?Je m’adressai à lui de la voix la plus calme possible, en choisissant mes mots avec soin :-Écoutez... Que voulez-vous de nous? Vous ne pourriez pas me l’expliquer?-À toi, je ne t’ai rien demandé!-Ça me rassure.-Mais tu me sers de gage. Je sais que vous êtes amis. Ce que je veux, c’est la lettre.Je m’attendais à tout, sauf à cela! Je n’en revenais pas : il réclamait une lettre à un gars tout nu et àun autre qui l’était à moitié!-Ce n’est pas possible! bredouillai-je à l’intention de Suko. J’ai du mal à comprendre...3
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