• Embed Doc
  • Readcast
  • Collections
  • CommentGo Back
Download
 
"On ne peut pas prendre le pouvoir sans lutter"
L'Interview perdue de JohnLennon (1971)
Par Tariq Ali et Robin Blackburn
— 8 décembre 2005
Note de l'éditeur
: Cela fait exactement 25ans aujourd'hui que John Lennon a étéassassiné devant le Dakota Building àCentral Park (New York). La plupart deslecteurs de CounterPunch n'ont probablement pas lu l'interview de JohnLennon qui suit et qui fut mené en 1971 par Tariq Ali et Robin Blackburn, tous deuxcollaborateurs de CounterPunch. C'est beaucoup plus intéressant que l'interminableQuestions/Réponses avec John Lennonréalisé par Jann Werner du magazine
 Rolling Stone
. Tariq et Robin ont laissé parler Lennon et l'ont relancé à chaque fois qu'ilmontrait des signes de fatigue. Lennonraconte comment George Harrison et lui-même se sont opposés à leurs agents et sesont mis à enregistrer contre la guerre duVietnam. Il raconte aussi ses discussionsséduisantes sur la politique de classes et sadéfense de la musique country et du blues.Enfin, il rappelle qu'il a suggéré que lesmeilleures chansons de Dylan proviennentde ballades révolutionnaires irlandaises etécossaises et qu'il a disséqué ses troisversions de "Revolution". Cette interview a paru dans
The Red Mole
, une feuilletrotskiste diffusée par la branche britanniquede la Quatrième Internationale. Commevous le verrez, c'était une autre époque !Cette interview est incluse dans le
Streetfighting Years
de Tariq Ali etrécemment publié chez Verso. AC / JSC
 
Tariq Ali
: Ton dernier enregistrement, ainsi que tes déclarations publiques récentes — surtout les interviews que tu as données pour lemagazine
 Rolling Stone
— laissent penser que tes opinions politiques seradicalisent de plus en plus. Quand cela a-t-il commencé ?
John Lennon
: Tu sais, je me suis toujours soucié de politique et j'aitoujours été contre le statu quo. C'est assez élémentaire lorsque tu as étéélevé, comme moi, à haïr et à avoir peur de la police comme un enneminaturel et de mépriser l'armée comme une chose qui emporte chaque personne et la laisse morte quelque part.Ce que je veux dire, c'est qu'il s'agit d'une chose naturelle dans la classeouvrière, même si cela s'estompe lorsque tu vieillis, que tu fondes unefamille et que tu es avalé par le système.Dans mon cas, bien que la religion ait eu tendance à lui faire de l'ombre, àl'époque où je prenais du LSD — ce devait être dans les années 65-66 —, je n'ai jamais manqué de conscience politique. Et cette religion étaitdirectement le résultat de toute cette merde qui entoure les superstars — lareligion était un exutoire pour mes refoulements. Je pensais : "Il y aforcément quelque chose d'autre que la vie, non ? Ce n'est certainement pas tout !Mais, dans un sens, j'ai toujours été politisé. Dans les deux livres que j'aiécrits (même s'ils ont été écrits dans un charabia à la Joyce), je cogne pasmal sur la religion. Il y a aussi une scène entre un ouvrier et un capitaliste.Je fais la satire du système depuis mon enfance. J'avais l'habitude derédiger des papiers à l'école et de les passer autour de moi.J'étais très conscient de ma classe — certains diraient que j'étais amer —  parce que je savais ce qui m'était arrivé et j'étais au courant de larépression de classe qui nous tombait dessus — c'était une putain deréalité, mais, avec l'ouragan que représentait le monde des Beatles, j'ai étéépargné. Je me suis vraiment éloigné de la réalité pendant un bout detemps.
Tariq Ali
: Selon toi, quelle fut la raison du succès de votre stylemusical ?
John Lennon
: Et bien, à cette époque, on avait l'impression que lestravailleurs avaient réussi à percer, mais rétrospectivement, je réalise quec'est le même contrat de dupe que celui qu'ils ont passé avec les Noirs :c'était juste comme s'ils avaient autorisé les Noirs à courir, à boxer ou àfaire du spectacle. C'est le choix qu'ils vous permettent — à présent, le
 
débouché est de devenir une pop-star et c'est ce que je dis dans mon album'Working Class Hero'. Ainsi que je l'ai déclaré à
 Rolling Stone
, ce sont lesmêmes qui sont au pouvoir et le système de classe n'a pas changé d'uniota.Bien sûr, on voit plein de gens marcher dans la rue avec des cheveux longset des gosses branchés de la classe moyenne dans de jolis vêtements. Maisrien n'a changé, à l'exception du fait que nous nous habillons tous un peumieux, laissant les mêmes salopards tout diriger.
Robin Blackburn
: Evidemment, la condition de classe est quelque choseà laquelle les groupes de rock américains ne se sont pas encore attaqués.
John Lennon
: Parce que ce sont tous des bourgeois ou des membres de laclasse moyenne et qu'ils ne veulent pas le montrer. Ils ont vraiment peur des ouvriers, parce qu'en Amérique, ces derniers se cramponnent à leurs biens et semblent vraiment très à droite. Mais si ces groupes de la classemoyenne réalisaient ce qui se passe (et ce que le système de classes a produit), il ne tiendrait qu'à eux de faire rapatrier les soldats et de sortir detoute cette merde bourgeoise.
Tariq Ali
: Quand as-tu commencé à sortir du rôle que t'imposait le faitd'être l'un des Beatles ?
John Lennon
: Même pendant l'âge d'or des Beatles, j'ai essayé, toutcomme George, de m'y opposer. Nous sommes allés en Amérique plusieurs fois et Epstein essayait toujours de nous baratiner pour que nousne parlions pas du Vietnam. Alors, arriva un moment où George et moiavons dit : 'Ecoute, la prochaine fois qu'ils nous le demanderont, nousdirons que nous n'aimons pas cette guerre et que nous pensons qu'ilsdoivent se retirer'. Et c'est ce que nous avons fait. À ce moment-là, c'étaitune chose plutôt radicale à faire, surtout pour les 'Fab Four'. Ce fut pour moi la première occasion de faire quelques déclarations patriotiques.Mais tu dois garder en mémoire que je m'étais toujours senti refoulé. Nousavions tous une telle pression sur nous qu'il n'y avait pratiquement aucunechance pour que nous puissions nous exprimer. Surtout que noustravaillions à une telle cadence! Continuellement en tournée et toujours protégés dans un cocon fait de mythes et rêves. C'est assez difficile lorsquetu es César et que tout le monde te dit que tu es merveilleux et qu'on te faitdes tas de cadeaux et que tu peux avoir toutes les filles. Il est très difficilede s'en détacher, de dire : 'Bon, je ne veux pas être le roi, je veux être réel'.Donc, d'une certaine façon, la deuxième chose politique que j'ai faite futde dire 'Les Beatles sont plus grands que Jésus'. Cela a vraiment faitscandale ; en Amérique, j'aurais pu me faire descendre pour ça. Ce fut ungrand traumatisme pour tous les gosses qui nous suivaient. Jusqu'à cette
of 00

Leave a Comment

You must be to leave a comment.
Submit
Characters: ...
You must be to leave a comment.
Submit
Characters: ...