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Tarnac : le témoin à charge contre Coupat serait un mytho-mane
Par Fabrice Arfi Fabrice Lhomme
L’information est à l’évidence embarrassante pour la justice et lapolice antiterroristes. Alors que de plus en plus de voix s’élèventpour souligner les points faibles de l’enquête visant «le groupe deTarnac», ces jeunes gens soupçonnés d’avoir commis des actesde sabotage visant des TGV, Mediapart est en mesure de révélerque l’homme qui a témoigné à charge, sous couvert d’anonymat,serait en fait un... mythomane.Cet homme, que Mediapart a rencontré chez lui mais dont nousne révélerons pas l’identité, pour des raisons déontologiqueset légales (lire notre «Boîte noire» ci-dessous), a formellementcontesté être le fameux témoin sous X qui risque désormais denourrir une controverse.
«Non, non, je ne suis pas celui qui a fait de la délation. Ce que vous me dites là me fout des frissons»
, a as-suré cette personne samedi 17 janvier, avant de mettre rapidementun terme à la conversation.Pourtant, plusieurs sources policières et judiciaires confirmentqu’il s’agit bien du témoin sous X mis en avant, fin 2008, dansun rapport de synthèse de la police anti-terroriste selon lequel Ju-lien Coupat, principal mis en examen dans cette affaire,
«avait évoqué la possibilité d’avoir à tuer»,
d’après cet informateur.Petit retour en arrière. Le 11 novembre dernier, des dizaines depoliciersmènent,danslecadred’uneenquêtepréliminaireantiter-roriste, une action spectaculaire dans la mouvance dite «anarcho-autonome», et plus particulièrement dans le petit village de Tar-nac, en Corrèze. Leur cible : un groupe de jeunes gens, fédérésautour de Julien Coupat, et suspectés d’avoir posé des fers à bé-ton sur des caténaires afin de paralyser le trafic des TGV. De trèsgrande ampleur, l’opération est immédiatement? et fortement?médiatisée.L’information parvient donc naturellement aux oreilles d’unhomme qui, de par ses activités, a été à plusieurs reprises encontact avec Julien Coupat ces dernières années. Spontanément,alors qu’une dizaine de personnes ont été placées en garde à vueà Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), cet homme décide de se pré-senter dans les locaux d’une brigade de gendarmerie du centre dela France, proche de l’endroit où il réside.Un vrai témoin-miracleDevant les gendarmes, le mystérieux informateur dit avoir d’im-portantes révélations à faire sur Julien Coupat et ses proches, maisexige de témoigner anonymement. Les gendarmes, après en avoirréféré au parquet antiterroriste, acceptent et lui proposent le té-moignage « sous X », institué en 2002 par la loi Perben.Selon l’article 706-58 du code de procédure pénale, «
en casde procédure portant sur un crime ou sur un délit puni d’aumoins trois ans d’emprisonnement, lorsque l’audition d’une per-sonne visée à l’article 706-57 est susceptible de mettre grave-ment en danger la vie ou l’intégrité physique de cette personne,des membres de sa famille ou de ses proches, le juge des libertéset de la détention, saisi par requête motivée du procureur de la République ou du juge d’instruction, peut, par décision motivée,autoriser que les déclarations de cette personne soient recueilliessans que son identité apparaisse dans le dossier de la procédure
(...)
L’identité et l’adresse de la personne sont inscrites dans unautre procès-verbal signé par l’intéressé, qui est versé dans undossier distinct du dossier de la procédure
(...)».Alors que la garde à vue des suspects est toujours en cours (elle vas’étendresurquatrejours,du11au15novembre,conformémentàla législation antiterroriste), le procès-verbal du témoin sous X esttransmis aux policiers de la sous-direction antiterroriste (SDAT),en charge de l’enquête.Ces derniers vont prendre très au sérieux les «révélations» de cetémoin-miracle, comme l’atteste la conclusion de leur rapport desynthèse, rédigé le 15 novembre 2008, et sur la base duquel leparquet de Paris allait ouvrir une information judiciaire pour «
as-sociation de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste
».«Coupat avait évoqué la possibilité d’avoir à tuer»Une décision qui entraîna la désignation d’un juge d’instruction(Thierry Fragnoli en l’occurrence) puis la mise en examen et leplacement en détention provisoire de neuf personnes, suspectéesd’être membres d’une
«cellule invisible»
ayant pour projet la luttearmée.Voici comment se concluait ce fameux rapport, que Mediapart apublié en exclusivité le 22 novembre 2008 : «
L’ensemble des in-vestigations menées depuis le 16 avril 2007 sur le nommé JulienCoupat ont donc permis de mettre au jour les agissements d’ungroupe d’activistes reliés à la mouvance anarcho- autonome et désirant se livrer par différentes formes d’actions violentes à ladéstabilisation de l’Etat. Ces conclusions sont largement confir-mées par les déclarations formées par un témoin désigné sous lenuméro
(...)
qui, entendu sous X... durant le temps de la garde àvue, confirmait l’existence d’un groupe formé à partir de 2002autour d’un leader charismatique, le nommé Julien Coupat avec pour principale implantation la ferme “Le Goutaillou” et ayant pris la dénomination de “Comité invisible, sous-section du partiimaginaire”. Ce groupe se présentant comme “le plus apte à dé-
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