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Qu est ce quun concept

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Qu est ce quun concept
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1
Qu’est-ce qu’un concept ?
Benoit Hardy-ValléePosdoctoral FellowDepartment of PhilosophyUniversity of TorontoJackman Humanities Building170 St. George St., 4th Floor,Toronto, ON, M5R 2M8Phone: (416) 978-3316Fax: (416) 978-8703Email: benoithv@gmail.comhttp://www.hardyvallee.net 
Introduction
Son propre visage dans la glace, ses propres mains, le surprenaient chaque fois.-
 
 J. L. Borges,
Funès ou la mémoire
Dans « Funès ou la mémoire » (1983) J.L. Borges raconte l’histoire d‘Irénée Funès, unhomme qui souffre d’une maladie particulcyberière. Suite à un accident de cheval, Funès acquitune mémoire et une perception infaillibles : «…d'un coup d'œil, nous percevons trois verres sur une table; Funès, lui, percevait tous les rejets, les grappes et les fruits qui composent une treille. »Plus rien ne lui échappe : « ...non seulement Funès se rappelait chaque feuille de chaque arbre dechaque bois, mais chacune des fois qu'il l'avait vue et imaginée ». Il peut se remémorer tous sesrêves ou reconstituer une journée entière.Il y a cependant un inconvénient à posséder des facultés mnémoniques et perceptives parfaites : Funès est incapable d’idées générales, abstraites. Ainsi,non seulement il lui était difficile de comprendre que le symbolegénérique "chien" embrassât tant d'individus dissemblables et de formesdiverses; cela le gênait que le chien de trois heures quatorze (vu de profil)eût le même nom que le chien de trois heures un quart (vu de face).Chaque perception est une expérience nouvelle d’une chose nouvelle. Funès est, pour ainsi dire, enchaîné à la vivacité de ses perceptions. « Je soupçonne cependant, dit le narrateur del’histoire, qu'il n'était pas capable de penser ». Penser, dit-il, « c'est oublier des différences,généraliser, abstraire. Dans le monde surchargé de Funès, il n'y avait que des détails, presqueimmédiats. »Funès est un personnage de fiction. On lui connaît au moins un analogue réel. Dans
L'homme dont le monde volait en éclats
,
le psychologue russe Alexandre Luria (1995) documente lecas de S., un homme atteint d’hypermnésie. Comme Funès, S., est incapable d’oublier, ce qui lui
 
 
2
cause plusieurs problèmes : il peut mémoriser des tableaux de chiffres, des suites de lettres, desévénements et les reconstituer à la perfection. Sa mémoire semble virtuellement sans limites. En plus d’être hypermnésique, ce Funès russe est aussi synesthète, c’est à dire que chaque mot ouchaque son déclenche en lui une symphonie multimédia de sensations : les mots ont un goût, unecouleur, voire une texture. Luria lui présentait des sons de différente tonalité et chaque tonalitédéterminait dans son esprit des sensations de couleurs différentes.Dans le monde de S., comme dans celui de Funès, « il n'y avait que des détails, presqueimmédiats. » Sa mémoire des visages, par exemple, était tellement parfaite qu’elle était inutile :il mémorisait dans le détail le visage d’une personne, mais comme des détails des visages peuvent changer avec l’humeur, la vieillesse, la barbe, etc., il n’arrivait pas à les reconnaîtred’une fois à l’autre. Il peut comprendre une idée tant qu’elle est visualisable, mais si elle est tropabstraite, cela lui est impossible. Lire de la poésie était impossible : chaque mot déclenchait en luiun tonnerre de sensations et dans ce chaos aucune compréhension n’était possible. « Vous avez lavoix jaune et friable, dit-il au linguiste Lev Vygotski, la même que Samuel Eisenstein, c'estcomme si une flamme avec des nervures avançait vers moi (...) Je commence à m'intéresser àcette voix et voici que je ne comprends plus ce qu'elle dit » (
 Ibid 
.).Funès et S. peuvent percevoir, se souvenir ou imaginer, mais leur monde est une suite desensations ou d’images. Une telle expérience du monde est l’opposé de la nôtre : nous savons queGérard Depardieu est encore Gérard Depardieu même s’il porte une barbe, nous savons qu’unchien vu de profil à trois heures quatorze est le même que celui vu de face à trois heures un quart,etc., parce que nous pouvons « oublier des différences, généraliser, abstraire ». Quelque chosede fondamental leur fait défaut: des idées abstraites et générales qui leur permettrait de penser l’unité d’une diversité de phénomènes. Plus précisément, Funès et S. sont dépourvus de ce queles philosophes appellent des
concepts
, une connaissance générale qui transcende la particularitédes perceptions tout en permettant de donner sens à ces dernières.Commençons par quelques précisions sur des termes philosophiques qui seront utilisés ici.Un
concept 
, règle générale, est un
 particulier 
, comme une table et une chaise, à la différencequ’il est
mental 
. Il revient à chaque théoricien de spécifier ce qu’il entend par 
mental 
: pour  plusieurs, les objets mentaux, à la différence des autres objets, sont des objets intentionnels oureprésentationnels : ils sont
à propos de
quelque chose d’autre. Si Tom pense que la lune est belle, sa pensée est à propos de la lune, son concept de LUNE
1
réfère à la lune, mais la lune, elle,n’est pas
à propos de
quelque chose.Un concept représente une catégorie d’objets, d’événements ou de situations et peut êtreexprimé par un ou des mots. Pour certains cette représentation est mentale, pour d’autres elle estlinguistique et publique. Le concept est l’unité première de la pensée et de la connaissance : on ne pense et on ne connaît pas tant qu’on ne manipule pas des concepts. Notons ici qu’on peut parler de
concepts
en au moins deux sens : il y a un concept de CHIEN que je possède, un conceptrelativement simple comparé au concept de CHIEN de la zoologie actuelle.Le premier concept est, à n’en pas douter, « dans ma tête » : il fait partie de mes processuscognitifs. L’autre concept de CHIEN, lui, n’est pas dans ma tête et peut-être que, dans sonentièreté, il n’est dans la tête de personne : toute la connaissance encyclopédique accumulée sur les chiens n’est pas réunie, règle générale, dans un seul cerveau. Beaucoup de concepts
1
Conformément à l’usage aujourd’hui, nous utiliserons des mots en majuscules pour parler du concept d’une chose et non de lachose elle-même
 
 
3
scientifiques (qui sont finalement des
théories
) ne sont plus strictement mentaux mais sontrépartis entre plusieurs personnes ou plusieurs supports matériels (livres ou autres). Pour parler de tels concepts, nous utiliserons le terme de « notion » et réserverons le terme « concept » pour  parler des particuliers mentaux que chaque individu manipule et ce, sans égard à leur rigueur scientifique : convenons dès maintenant qu’un sujet peut posséder un concept sans pour autantavoir le concept exact. Le concept d’HOMME de certains de nos ancêtres leur permettaitd’inférer que l’origine de l’espèce humaine était qualitativement différente de celle des autresformes de vie. Or, c’est aujourd’hui considéré comme faux; ils possédaient donc un conceptd’HOMME erroné, mais un concept d’HOMME quand même. Une automobile défectueuse estencore une automobile. Pour différencier le concept, la notion, le mot, l’objet et la catégorie, nousindiquerons le concept par des majuscules (CHIEN), la notion par des italiques (
chien
), le mot par des guillemets (« chien »); quant à la catégorie ou à l’objet, nous écrirons tout simplement :des chiens, le chien – en tant qu’espèce – ou un chien.Les concepts sont au cœur de l’activité cognitive :
l'apprentissage
est une acquisition deconcepts, la
croyance
est une attitude cognitive à l’égard d’une proposition (où deux conceptssont articulés) dans laquelle le sujet adhère au contenu de la proposition,
l’inférence
est uneapplication de concepts (à des objets, des perceptions), alors que le
raisonnement 
est une mise enrelation d’inférences. Les concepts interviennent aussi dans la connaissance : lorsqu’unecroyance est vraie et justifiée, on peut la considérer comme une
connaissance
2
. Les concepts etles connaissances sont organisés habituellement en taxonomies plus complexes, des
théories
.Cette organisation permet de systématiser des raisonnements : si vous savez 1) qu’uneautomobile est un véhicule et 2) qu’il y a une automobile garée chez vous, alors vous savez 3)qu’il y a un véhicule garé chez vous. Voilà pour les précisions linguistiques.Les philosophes ont été les premiers à développer la notion de
concept 
et, depuis la GrèceAntique, ont affirmé beaucoup de choses à ce sujet. Nous ne prétendons pas ici présenter un panorama complet des théories du concept; une telle entreprise dépasserait l’espace qui nous estalloué ici. Plutôt, ce sont des aspects saillants des théories les plus influentes que nous étudierons.Cette liste de caractéristiques ne constitue pas une méta-théorie des concepts qui définirait cequ’est un concept chez tous les philosophes; il s’agit plus simplement d’un étalon de mesure qui permet de comparer les théories du concept sous plusieurs dimensions importantes
3
. Cela permetaussi de s’assurer qu’une théorie contemporaine parle bien des concepts, c’est-à-dire que si unenouvelle théorie se veut une théorie des concepts elle doit traiter d’un des aspects que nous présenterons ou, si elle préfère le négliger, elle nous doit une explication.Pour chaque dimension, nous présenterons les différents points de vue philosophiques,afin d’avoir une vue d’ensemble sur les théories du concept, ce qui nous permettra une synthèsedu modèle intellectualiste et cartésien des concepts, celui de la psychologie des facultés.Chaque aspect sera étudié dans une section:
 
 L’invariant 
(
1.1
). Le concept est un universel qui représente des particuliers : pour représenter la catégorie des chiens, le concept doit indiquer certaines
2
Cette définition, bien que standard, n’est pas sans problème: cf. Gettier 1963.
3
Il n’est pas impossible d’utiliser cette mesure pour comparer d’autres choses, mais cela est étranger à notre propos.

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