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Louis-Vincent Thomas - Quelques Croyances Apaisantes Contre La Mort 1977

Louis-Vincent Thomas - Quelques Croyances Apaisantes Contre La Mort 1977

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Louis-Vincent Thomas (1922-1994), était professeur de sociologie à l'université René-Descartes (Paris-V), est un des membres fondateur de la Société de thanatologie. Il a publié régulièrement dans le bulletin les résultats de ses recherches ainsi que les conférences qu'il est amené à prononcer dans diverses occasions. Nous publions ci-dessous l'une de ces conférences par laquelle Louis-Vincent Thomas démontre que les hommes, de tous temps, ont conçu et élaboré des systèmes de croyances, parfois d'une prodigieuse complexité, pour se préserver des effets dissolvants de la mort. Trois buts semblent plus spécialement visés : rassurer l'Homme, revitaliser le groupe que les décès perturbent et amoindrissent, normaliser les rapports entre les vivants (le monde visible) et les morts (le monde invisible).
Louis-Vincent Thomas (1922-1994), était professeur de sociologie à l'université René-Descartes (Paris-V), est un des membres fondateur de la Société de thanatologie. Il a publié régulièrement dans le bulletin les résultats de ses recherches ainsi que les conférences qu'il est amené à prononcer dans diverses occasions. Nous publions ci-dessous l'une de ces conférences par laquelle Louis-Vincent Thomas démontre que les hommes, de tous temps, ont conçu et élaboré des systèmes de croyances, parfois d'une prodigieuse complexité, pour se préserver des effets dissolvants de la mort. Trois buts semblent plus spécialement visés : rassurer l'Homme, revitaliser le groupe que les décès perturbent et amoindrissent, normaliser les rapports entre les vivants (le monde visible) et les morts (le monde invisible).

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Quelques croyances apaisantes contre la mort par Louis-Vincent Thomas
(Revue Question De. N
o
17. Mars-Avril 1977)
Louis-Vincent Thomas (1922-1994), était professeur de sociologie à l'universitéRené-Descartes (Paris-V), est un des membres fondateur de la Société dethanatologie. Il a publié régulièrement dans le bulletin les résultats de ses recherchesainsi que les conférences qu'il est amené à prononcer dans diverses occasions. Nouspublions ci-dessous l'une de ces conférences par laquelle Louis-Vincent Thomasdémontre que les hommes, de tous temps, ont conçu et élaboré des systèmes decroyances, parfois d'une prodigieuse complexité, pour se préserver des effetsdissolvants de la mort. Trois buts semblent plus spécialement visés : rassurerl'Homme, revitaliser le groupe que les décès perturbent et amoindrissent, normaliserles rapports entre les vivants (le monde visible) et les morts (le monde invisible).La mort ne détruit que l'apparence sensible
L'un des procédés les plus efficaces pour contester les effets annihilants de la mort est d'enfaire une néantisation seulement de l'apparence sensible, c'est-à-dire de l'individu. La mortdevient alors la médiation de l'individu vers le collectif considéré dans ce qu'il a de plussolide, la communauté des ancêtres. On pourrait même, dans une perspective depsychanalyse existentielle, se demander si la communauté des ancêtres ne serait pas laforme transcendée, hypostasiée de la conscience du groupe, une projection dans l'utopie(monde idéal) du désir qu'a le groupe de perdurer sans fin. Encore qu'il faille, à ce niveau,reprendre la distinction entre les ancêtres récents, toujours nommés, susceptibles de seréincarner ou de renaître dans leurs petits-enfants, et les ancêtres lointains, généralementanonymes si l'on excepte les grands fondateurs. Les « morts renaissants » reflètent plusdirectement une dénégation de la mort.Ainsi entendue, la mort se définit comme transition, passage, changement d'état, elle estencore épreuve initiatique (pour le défunt qui, cheminant dans l'au-delà, doit vaincre desdifficultés multiples, et s'efforcer de mériter son statut d'ancêtre) ou si l'on préfèrerenaissance ; enfin, elle devient condition de renouvellement (le vieillard impotent pourrase réincarner dans un enfant) et source de fécondité (mort rituelle de l'animal) à finreligieuse (sacrifice humain, crucifixion du Christ) . Tant il est vrai que nous sommes,comme l'a montré Jung, en présence d'un archétype universel qui structure la penséearchaïque (Malaisie, Polynésie, Amérique indienne, eskimo), hante la conscienceonirique, enrichit la création littéraire ou artistique (thèse de Guiomar) et donne un sensaux pratiques de l'occultisme, du spiritisme et de la liturgie chrétienne d'aujourd'hui.
Dans les sociétés archaïques, la mort individuelle est considérée comme une sanction
La mort, en tant que négation totale de l'être, n'était pas ignorée des populationsarchaïques qui, toutefois, semblaient y voir une sanction, la plus grave de toutes, laquellefrappait soit les individus coupables, par exemple, de sorcellerie, soit les sujets qui avaientsubi une « mauvaise mort », c'est-à-dire non conforme aux exigences de la coutume (mortpar noyade ou par électrocution, mort d'une femme en couches, notamment en Afrique)ou bien les personnes qui n'ayant pas d'enfant pour sacrifier après leur décès ne sont pasparvenues à intégrer le monde des anciens (Afrique, Chine, Insulinde) voire, enfin, les
 
individus des classes inférieures (ancienne Égypte). Il importe toutefois de ne pasconfondre absence de demeure des morts avec mort-annihilation : en effet, si les Kambadu Kenya abandonnent les cadavres, ils n'en croient pas moins que les esprits des défuntss'installent dans les figuiers sauvages, et l'on ne manque pas, le cas échéant, de les yhonorer ; il arrive même qu'on leur construise de minuscules huttes afin qu'ils puissentéchapper aux intempéries.
La sagesse des épicuriens : supprimer la crainte de la mort pour mieux apprécier les joies de la vie
De la mort négation intégrale de l'être à la négation de la mort il n'y avait qu'un pas quecertains penseurs de l'antiquité occidentale ont franchi. Aucune philosophie n'a pousséaussi loin que celle d'Epicure la négation de la mort puisque, pour lui, la mort n'est rien.Réunissant le matérialisme de Démocrite et l'hylozoïsme
1
, Épicure réduit l'univers à unecollection d'atomes indivisibles et éternels mais différents de taille et de poids. L'âmehumaine, qui n'est rien d'autre qu'une rencontre fortuite d'atomes plutôt ronds et siégeantdans la poitrine, ne saurait donc
 — 
tout comme le corps
 — 
prétendre à une quelconqueimmortalité.Second point important, la crainte de la mort est injustifiée : «
Familiarise-toi avec l'idéeque la mort n'est rien pour nous car tout bien et tout mal résident dans la sensation ; or,la mort est la privation consciente de cette dernière. Cette connaissance certaine que lamort n'est rien pour nous a pour conséquence que nous apprécions mieux les joies quenous offre la vie éphémère parce qu'elle n'y ajoute pas une durée illimitée mais nous ôte,au contraire, le désir d'immortalité... Ainsi, celui des maux qui fait le plus frémir n'est rien pour nous, puisque tant que nous existons, la mort n'est pas et que, lorsque la mort est là, nous ne sommes plus. La mort n'a, par conséquent, aucun rapport ni avec lesvivants ni avec les morts étant donné qu'elle n'est rien pour les premiers et que lesderniers ne sont plus
» (lettre à Ménécée). Supprimer la crainte de la mort (quand je suis,elle n'est pas ; quand elle est, je ne suis plus !) afin de mieux apprécier les joies de la vie,telle est la sagesse épicurienne : «
 J'ai prévenu tes coups, ô Destin, et barré toutes les
voies par lesquelles tu pourrais m’atteindre. Nous ne nous laisserons vaincre ni par toi ni
 par aucune autre inconstance fâcheuse. Et lorsque la nécessité nous fera partir, nouscracherons copieusement sur la vie et sur tout ceux qui s'accrochent à elle vainement, enentonnant un beau chant. Oh ! que noblement nous avons vécu
»
2
. Tout, par conséquent,cesse avec la mort, et la crainte de l'au-delà n'est donc qu'une vaine crainte. On a pu dired'Epicure que non seulement il avait atomisé le cosmos, mais encore et surtout qu'il avaitnéantisé la mort : «
la mort est un fantôme, dira plus tard Feuerbach
3
 , une chimère puisqu'elle n'existe que quand elle n'existe pas
»
4
.
1
 
Hylozoïsme : doctrine attribuant une vie propre au monde et à la matière.
 
2
 
Cité par J. Choron :
la Mort et la pensée occidentale
, p. 49 (Payot, 1969).
 
3
 
Ludwig Feuerbach (1804-1872) : ce philosophe allemand contribua beaucoup aurenouvellement de la théologie protestante en raison même de son humanisme athée. Pourlui, l'aliénation religieuse était un stade de l'évolution humaine nécessaire à dépasser. Ilaffirmait que l'anthropologie est « le secret de la théologie »
. Son œuvre centrale,
l'Essence du christianisme
date de 1841.
 
4
 
 Mort et immortalité 
, p. 551.
 
 
 
La position de Socrate et de Sénèque : la mort, cette seconde naissance, n'a rien deredoutable
 Attitude philosophique certes mais qui ne manque pas de se concrétiser dans lecomportement concret, la dédramatisation de la mort fut hautement illustrée dansl'Antiquité. N'est-ce pas la position de Socrate qui préféra mourir en absorbant le poisonpour convaincre ses disciples que la mort n'a rien de redoutable : «
 Je crois aux dieux, Athéniens, comme n'y croit aucun de mes accusateurs. Et puisque Dieu existe, il ne peut arriver rien de mal à l'homme juste ni pendant sa vie, ni après sa mort 
»
1
. N'est-ce pasplus encore le point de vue des stoïciens ? Pour Sénèque, par exemple, l'existence d'ici-basn'est qu'une propédeutique pour l'au-delà. «
Comme le sein maternel qui nous porte neuf mois ne nous forme pas pour l'habiter toujours mais bien pour ce monde, où il nousdépose assez forts déjà pour respirer l'air et souffrir les impressions du dehors, ainsi letemps qui s'écoule de l'enfance à la vieillesse nous mûrit pour une seconde naissance.Une autre origine, un monde nouveau nous attend. La mort, pas plus que la naissance, nedoit nous épouvanter ; elle n'est rien d'autre que la naissance à l'éternité. Abandonne debonne grâce des membres désormais inutiles, dis adieu à ce corps que tu fus si longtempssans habiter... Voici venir le jour où tomberont les voiles, où tu seras tiré de ton immondeet infecte demeure
»
2
.
L'homme échappe à la destruction : c'est l'amortalité
La mort n'étant qu'exceptionnellement destruction totale de l'être, la croyance en laperdurabilité de la personne (ou plutôt de ses constituants privilégiés) semble fortrépandue. Cette amortalité que Frazer
3
appréhende comme «
la prolongation de la vie pour une période indéfinie, mais pas nécessairement éternelle
» n'est généralementconçue par les populations sans machinisme que sur le modèle de la vie présente. Lesmorts, dans l'au-delà, mangent, boivent, éprouvent des sentiments, sont capables depassions et même se reproduisent ! C'est que la mort se définit, nous le rappelons, commeun passage, une transition, «
une sorte de vie, qui prolonge, d'une façon ou d'une autre, lavie individuelle. Elle est, selon cette perspective, non pas une idée, mais une imagecomme dirait Bachelard, une métaphore de la vie, un mythe si l'on veut 
»
4
. Cette croyancese retrouve tout particulièrement en Afrique noire animiste : âmes ou fragments d'âmes,principe vital, doubles, sont susceptibles, en effet, d'amortalité, se conservent selon desmodalités extrêmement diverses et peuvent entretenir avec le vivant des rapports multiplesautant que variés
5
.Toutefois, il semble que nous soyons en présence d'une croyance universelle : Ka desEgyptiens, Eidolon des Grecs, Genius des Romains, Rephaïm des Hébreux, Frevoli desanciens Perses, corps astral des spirites modernes représentent des éléments qui échappentà la destruction.
1
 
Platon:
 Apologie de Socrate
, traduction Croisset, 35d.
 
2
 
In Mases M. Radas :
The Stoic Philosophy of Seneca
102
e
, letter (Doubleday, 1958).
 
3
 
James Frazer :
la Croyance en l'immortalité et le culte des morts
(1913-1920).
 
4
 
E. Morin :
l'Homme et la Mort 
, p. 22 (Le Seuil, 1970).
 
5
 
L. V. Thomas :
Cinq Essais sur la mort africaine
(Dakar, 1968).
 

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