Cependant Jimmie était bien le type du jeune Américain honnête, droit, mais quelque peuinsouciant, quoique préparant soigneusement son avenir, anxieux de parvenir tout aussi bien dansses études que dans les sports et admirateur des athlètes en renom de l'université qu'il fréquentait.Il s'était cependant engagé dans l'étude de la médecine, partiellement engagé devrions-nous dire,et il était vraiment profondément intéressé par cette profession bien que ses connaissances en lamatière n'aient pas encore été très étendues. Il s'était quelque peu pénétré de l'esprit scientifiquedes professeurs dont il avait suivi les cours, ce qui l'avait rendu légèrement sceptique, et celaattristait un peu sa mère. Celle-ci savait, toutefois, que l'éducation première qu'elle lui avaitdonnée était profondément ancrée en lui et que le scepticisme scientifique de son entourage nepouvait qu'effleurer les sentiments de sa prime jeunesse.Jimmie avait une âme qui scrutait les choses et s'il réfutait aisément les erreurs entendues du hautde la chaire, au temple, il jugeait bien faibles aussi dans leur raisonnement et manquant de force,les objections avancées par les étudiants et docteurs, ses camarades. Il savait se tenir entre cesdeux influences, libre, et ne se soumettant ni à l'une, ni à l'autre, bien qu'au fond de son coeur, ilsoit demeuré très religieux, comme le sont de très nombreuses personnes qui ont cette chance.La guerre de 1914-1918 éclata avant les examens de sa première année d'études, et lorsqu'il revintchez ses parents, tout le pays était en effervescence. Les gens perspicaces prévoyaient que lesEtats-Unis seraient entraînés dans la guerre. Jimmie commença à réfléchir et à approfondir lasituation actuelle du monde, et lorsqu'il reprit ses études à l'automne, ce fut avec la fermeconviction qu'un jour ou l'autre, les Etats-Unis prendraient part à la guerre, et qu'il y participeraitnécessairement. A ce moment, personne ne prévoyait le nombre insuffisant de docteurs enmédecine, et Jimmie, ayant la conviction que cette guerre était une guerre loyale et que sondevoir était d'y prendre part, même si son pays hésitait, s'engagea la deuxième année chez lesCanadiens. Il rendit à ses parents une courte visite, durant laquelle lui échut la tâche la plus durequ'il eût jamais entreprise, celle de les convaincre. Il y parvint.C'est pendant le court séjour qu'il fit à cette occasion auprès des siens qu'il apprit la mort d'une jeune fille, une amie d'enfance. Il avait grandi en sa compagnie et sa disparition effaçait un rêvequ'il avait formé dans son esprit, et à la réalisation duquel il avait inconsciemment travaillé.Il s'enrôla donc et fut bientôt pris dans le tourbillon intense de la guerre.Lorsque les Etats-Unis arrivèrent à la rescousse, il était reconnu vétéran et, en dépit de son jeuneâge, son expérience était grande; aussi obtint-il son transfert des troupes canadiennes dans cellesde son propre pays où il fut accueilli avec enthousiasme. Lors de l'explosion dans la tranchée, ilétait sous-lieutenant, avec de grandes chances d'avancement.Jimmie n'avait pas entendu venir l'obus et ne savait pas qu'il avait éclaté, aussi se trouva-t-il plusque surpris de se retrouver dans un endroit du pays qu'il ne connaissait pas. C'était une vasteétendue de prairie légèrement vallonnée, et il s'y promenait tout à son aise, comme s'il avait toutle temps voulu à sa disposition. Tout en se promenant il se posait tout de même quelquesquestions car il savait qu'à l'heure même, il aurait dû se tenir à son poste dans la tranchée. Leschoses lui paraissaient si différentes mais, de toute manière, il ne comprenait plus rien.Il lui semblait se mouvoir très aisément, beaucoup plus qu'à l'habitude, car la boue des tranchéesadhérait terriblement aux bottes et rendait parfois bien difficile le simple fait de poser un pieddevant l'autre. A présent, il se déplaçait sans effort, mais ne savait pas d'où il venait et où il allait.
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