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Esprit - 8 - 6 - Daniel-Rops - Francisco Sacrum

Esprit - 8 - 6 - Daniel-Rops - Francisco Sacrum

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12/04/2012

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ESPRIT - Mai 1933 - Page 1 sur 7
FRANCISCO SACRUM
par
DANIEL-ROPS
D'UN CARNET
DE
ROUTE EN OMBRIE,AOUT
1932.
Nous
pensons habiter
un
monde baigné
de l'air
chrétien.
Le
bon fidèle croit vivre, dans la paresseuse
stupeur de
sonâme, l'expérience qu'enseigna la voix
du
Maître,
aux
rives
du
jourdain
;
et
celui-même qui, désamarré des dogmes,garde encore à cette leçon
une
confuse et négligente fidélité,admet que l'Évangile a si bien imprégné nos coutumes, nosmœurs, que, même
en
trahissant la lettre, on en sauve
pour-
tant
l'Esprit. Il faut venir ici heurter
du
front contre cetteexpérience surhumaine
de l'homme qui
a
tout
donné,
tout
perdu,
pour
que, soudain, apparaisse, dans la lumière
crue
et
l'horreur
de l'évidence, notre universelle trahison. Il nes'agit plus alors
d'être
indulgent à l'affadissement
de
lafoi,
à
cette
torpeur
habituée,
à
cette lente
et
patiente maréede nos coutumes, accumulant
sur
le
dur
rocher chrétienles boues
et
les détritus ;
tout
est
en
jeu. Ici, dans l'air sanscesse nouveau et les perspectives profondes, il
me
sembleque j'aperçois cette grande, cette terrible menace, l'épéede feu
qui
demain frappera nos mondes oublieux :
un
im-
mense soulèvement,
un
bouleversement gigantesque secouantdans l'abîme ces crasses parasites,
et
dénudant,
enfin, nosâmes habillées,
 
ESPRIT - Mai 1933 - Page 2 sur 7
182
ŒUVRES
Le chrétien es! devenu
un
homme
qui
veut être rassuré.
Trop
de bonnes personnes y
ont
pris peine.
Il
ne fut pasbesoin de connaître les méthodes de la science historique
pour
savoir comment on édulcore, on amenuise
un
texte,comment le feu se fait caresse,
et
le sacrifice, thème
à
sermon.
La
folie
triomphante
dont
nous parlait Bossuet, masquée sagesse, cette application
à
rendre inoffensive la violence,
à
vouloir le renoncement compatible
au
confort,quel mal
tout
cela a fait! Je trouve ici,
sur
cette terre
d'Om~
brie,
à
chaque détour marqué
du
sceau de Saint-François,la protestation la plus bouleversante, celle peut-être qui,dans nos temps de misère, pourrait, le plus efficace, jeterson mot
à
nos échos.
C'est
une
expérience décisive. Regardons ces hommes, qui,
en
maints siècles,
en
maints pays,
ont
surgi, voués
à
cette tâche si simple
et
pourtant
si ardue,de retrouver
jusqu'au
plus secret le sens de l'Évangile, lesens total, le sens nu,
et
comparons.
Que
leur
seul regard,
leur
seul silence condamne, n'est-ce pas assez
?
Mais ily a aussi
l'autre
silence, cette chape de silence
sur
le mondesans cesse appesantie,
et
cette complicité dans l'oubli,
à
laquelle chacun de nous participe.
Je
redescends,
à
pied, des Carceri.
La
route caillouteuseaux flancs
du
Subasio, dans les genêts
et
les chardonsbleus,
ou
parmi
l'herbe
brûlée, serpente,
et
chaque
détour
ouvre,
sur
la plaine
où
flotte encore la
brume
ténue desmatins ombriens, des perspectives renouvelées.
Au
loinPérouse,
en
haut
de sa colline, vers le
nord
transparent ;
à
ma gauche Spello, Foligno, peut-être Spolète,
et
ce balconde l'Ombrie, Montefalco.
Dans
la vallée, où luit
une
eaurare, la basilique, hélas, qui déshonore la Portioncule, maisaussi, plus loin, dans des bouquets
d'arbres,
ces vieilleschapelles oubliées (les paysans y rangent leurs" 'oignons),
et
l'église
de
la léproserie.Plus bas encore. Voici les olivettes, des jardins,
une
fontaine où
l'eau
est bleue.
Un
coude,
et
la cité d'Assise secompose sous mes yeux.
Une
lumière rose la baigne,
d'où
surgissent les campaniles.
De
vieux dômes, des remparts
iothiques,et
cette noblesse indéfinissable
du
site, pa1toutadmirable
en
toutes les villes de
Toscane
et
d'Ombrie,
por~
 
ESPRIT - Mai 1933 - Page 3 sur 7
FRANCISCO SACRUM
183
tée ici
à
son point suprême d'accomplissement. Cette
dou~
ceur
fera~t~elle
illusion
?
La
délicatesse
et
la beauté des paysages, la poésie infusedans la légende
du
Poverello, les fresques même
de
Giotto,ici
et
à
l'Arena de Padoue,
ont induit
en
erreur
plus
d'un. Le
sermon aux oiseaux, oui, mais aussi la sereine violence,
tournée
contre soi, pliant
l'être
à
la plus
rude
discipline.Alouette de Dieu, père seraphique, mais qui a, selon sontexte, haï les biens qu'il aimait
par
la chair,
et
voulu amères
et
insupportables les choses qui lui étaient agréables
et
douces.Leçon proprement incommunicable, supérieure
à
lanature humaine,
et
que l'incroyant même contemple dans
le
respect
et
la stupeur. Incommunicable
et
si vite oubliée
par
les siens même (comme elle est triste l'histoire
de
sesfrères,
à
leurs débuts ...
!)
Il me semble
qu'entre
les saints
et
ceux qui ne le sont pas, qui
n'entreront
jamais, si peuque ce soit, dans l'ordre, dans les perspectives de la
sain~
teté, il y a une incommunicabilité essentielle. Comme
un
voile que rien
ne
déchirera,
et
à
travers
tout
se déprécie
et
s'affadit. J'ai lu, sur le petit Pauvre,
une
bibliothèque.Il est de bons livres,
de
serieuses études.
Nul
ne dépasse
un
point, une ligne
d'arrêt
que
je
discerne,
que
je
ne
fran~
chi rai pas plus
qu'un
autre,
dussè~je
m'appliquer dix ans
à
l'effort, ce point où l'intelligence ne suffit pas, où le géniemême ne suffirait pas, le point
où
tout
s'engage.
Une
expé~
rience
d'homme
ne coïncidera jamais
à
cette expérience,qui
n'est
pas humaine, ou plutôt qui plonge ses racines dansl'humain, mais s'élève
au~dessus,
monte vers
un
air
inacces~
sible
et
s'y épanouit, hors d'atteinte. Ainsi François
nour~
rissant le lépreux, humainement concevable,
n'est
accompli
que sur
un
autre plan,
le lépreux devient symbole,
et
où l'effort
pour
vaincre la répugnance
et
l'horreur n'est
plus
qu'une
des apparences de l'immense attraction vers Dieu.
La
violence
du
Pauvre de
Dieu
.. Voilà ce
que
je voudraisécrire.
On
a
trop
parlé
de
sa douceur. Elle
n'est
que parcequ'elle est
l'autre
pôle,
et
seule ne vaudrait que peu.
Un
jour François vit
un
de ses frères ramasser
une
bourse
pleine d'a1gent. Il lui en
fit
honte, au nom de la très sainte

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